Cégep de La Pocatière : Les enseignants veulent que la loi 101 soit étendue au collégial

Cégep de La Pocatière. Photo : Archives Le Placoteux.

Dans une forte proportion, les enseignants du Cégep de La Pocatière ont voté en assemblée pour que la loi 101 s’applique au réseau collégial. Leurs voix s’ajoutent à celles de centaines d’enseignants de partout au Québec qui se sont prononcés sur le même enjeu ces derniers jours.

La proposition sur laquelle le vote s’est basé a été rédigée par Jean-François Vallée, enseignant en français au sein de l’établissement et porte-parole du Mouvement Québec français au Bas-Saint-Laurent. Elle a été appuyée par les enseignants dans une proportion de 94 %.

Essentiellement, elle demande au gouvernement de reconsidérer le financement accordé aux cégeps publics anglophones pour le rediriger vers les cégeps francophones. Ainsi, les allophones et francophones qui choisiraient de poursuivre leurs études collégiales en anglais le feraient au sein d’établissements privés non subventionnés.

« Il y a actuellement une disproportion qui existe dans le financement. Il y a moins d’étudiants anglophones, mais on investit beaucoup d’argent dans le réseau des cégeps anglophones parce que le financement va en fonction du nombre d’étudiants et que ces établissements sont en croissance parce qu’ils attirent majoritairement des étudiants francophones. Tout cela se fait au détriment des cégeps francophones, dont ceux en région qui souffrent de sous-financement », a mentionné David Boutin, président du Syndicat des enseignantes et des enseignants des campus de La Pocatière et de Montmagny (SEECLPM).

Ces prises de position qui se multiplient un peu partout au Québec dans le réseau collégial surviennent alors que le ministre de la Justice et ministre responsable de la Langue française Simon Jolin-Barrette promet le dépôt de sa réforme de la loi 101 au cours de l’actuelle session parlementaire. Dans la foulée, les militants péquistes réunis en conseil national sont les premiers à avoir donné le coup d’envoi au mouvement en votant dans une proportion de 94 % en faveur de l’application de la loi 101 au Cégep, le 18 avril dernier.

Le lendemain, Le Devoir publiait une lettre ouverte du Regroupement pour le cégep français rassemblant des enseignants du Collège de Bois-de-Boulogne et du Collège de Maisonneuve à Montréal, ainsi que du Cégep de Rimouski, où une préoccupation similaire était partagée. Le lendemain, c’était au tour du Soleil de publier l’opinion de 202 enseignants du Cégep de Sainte-Foy réclamant au gouvernement du Québec de faire marche arrière dans l’agrandissement estimé à 100 M$ du Collège Dawson à Montréal et de réinvestir cette somme dans le réseau francophone.

Fédération des Cégeps

À la Fédération des Cégeps, qui rassemble les établissements anglophones et francophones du réseau, le président-directeur général Bernard Tremblay s’est prononcé contre l’application de la loi 101 au Cégep dans une lettre ouverte publiée dans La Presse du 22 avril. Il a qualifié cette solution dans son titre et son texte de « fausse bonne idée » et de solution « simple » à un problème « complexe ».

« Cela reviendrait à dire que les cégeps font partie du problème. Or, ce n’est pas le cas. En revanche, ils font partie de la solution », peut-on lire.

Des propos qui ont été repris par la directrice générale du Cégep de La Pocatière Marie-Claude Deschênes après avoir pris connaissance de la résolution adoptée par le SEECLPM. Selon elle, les cégeps font effectivement partie de la solution dans la mesure qu’ils sont déjà des lieux d’apprentissage et de diffusion de la culture québécoise francophone.

« Un investissement approprié dans les cégeps comme le nôtre afin de mettre en œuvre des activités éducatives et culturelles faisant la promotion du français aurait certainement un impact positif sur la valorisation de notre langue… sans pour autant empêcher d’élargir la culture langagière chez nos jeunes par l’apprentissage de langues étrangères comme nous le faisons déjà par nos cours d’anglais notamment. »

Marie-Claude Deschênes a indiqué respecter la position des enseignants de son établissement. Tout comme la Fédération des cégeps, elle se questionne simplement à savoir si le fait de limiter l’accès ou le mandat des cégeps anglophones aura un réel impact sur la vitalité du français, à redonner le goût aux jeunes adultes de bien maîtriser et utiliser cette langue ou même à contribuer à développer la fierté de la culture francophone.

Précisons que depuis la prise de position publique du pdg de la Fédération des cégeps, le Mouvement Québec français et des enseignants du collégial ont appelé à ce que les cégeps francophones se dissocient de la Fédération et créent leur propre mouvement, jugeant que celui-ci ne défend pas adéquatement les intérêts des cégeps francophones.