Nous, les médecins du Kamouraska, souhaitons exprimer publiquement notre profond désaccord et nos inquiétudes envers la loi 2 adoptée récemment sous bâillon.
D’entrée de jeu, mentionnons que nous sommes tout à fait sensibles au manque d’accessibilité aux soins de santé auxquels ont droit les gens du Kamouraska. Toutefois, nous n’adhérons aucunement à ce qui est proposé par le gouvernement actuel.
Dans un premier temps, il est important de préciser que cette loi n’apporte aucune solution concrète au manque d’accessibilité. Le fait, par exemple, d’affilier l’ensemble des Québécois à un milieu de soins ne signifie aucunement une meilleure disponibilité des services ni une meilleure prise en charge.
Plutôt que de chercher à optimiser son réseau de santé, le gouvernement cherche à en imputer la déficience aux médecins. Cette loi propose des indicateurs de performance, axés sur le volume, sur lesquels les médecins n’ont pratiquement aucun contrôle, et ceci, au détriment de la qualité des soins. D’ailleurs, rappelons que cette loi a été dénoncée par de multiples instances et experts, dont le Conseil pour la protection des malades et le Collège des médecins du Québec, dont la mission première est la protection du public.
Cette loi ne reconnaît pas non plus la particularité des régions comme la nôtre, où la médecine est beaucoup plus complexe et diversifiée. Au Kamouraska, nous sommes déjà en sous-effectif de médecins de famille pour couvrir l’ensemble de la prise en charge de la population, en plus de l’urgence, l’hospitalisation, l’obstétrique, le CHSLD, les soins à domicile, l’oncologie, la santé publique, la recherche et l’enseignement aux futurs médecins. Nous pouvons compter sur trois internistes et deux chirurgiens généraux qui ont des champs de pratique eux aussi très vastes compte tenu de l’absence d’autres spécialistes, ainsi que sur deux anesthésistes qui participent au traitement de la gestion de la douleur. Ces trois spécialités doivent également assurer une garde 24 h/24 tout au long de l’année pour préserver les services essentiels de notre centre hospitalier.
L’amélioration de l’accès aux soins doit donc absolument passer par une meilleure fluidité dans l’organisation des services et une diminution de la paperasse. Surtout, il faut un meilleur accès aux autres professionnels de la santé, ce qui permettra de dégager beaucoup de rendez-vous médicaux en plus d’optimiser les plateaux techniques comme les salles d’opération et l’imagerie médicale. Or, dans les dernières années, nous avons assisté à des coupures de postes dans le personnel soignant, des congés de maternité ou des absences prolongées qui ne sont pas remplacés, des systèmes de référence et de prise de rendez-vous qui comportent des ratés, et une communication entre soignants qui est limitée par des systèmes informatiques dépassés. Pendant ce temps, plutôt que d’investir dans des services qui iraient directement aux patients, nous avons plutôt vu le nombre de cadres et de gestionnaires augmenter considérablement, et les instances décisionnelles s’alourdir.
Ainsi, les solutions pour améliorer réellement l’accessibilité aux soins de santé sans en compromettre la qualité existent, mais elles nécessitent une vision à long terme, ainsi que la collaboration des différents partenaires du réseau. Ce processus doit se faire en dehors de tout agenda politique.
La situation que nous vivons actuellement engendre un sentiment généralisé de démobilisation. Des départs ont été annoncés un peu partout au Québec, incluant dans notre région. Le réseau ne pourra qu’en sortir davantage fragilisé, d’autant plus que le recrutement s’annonce tragiquement nul au Kamouraska pour une deuxième année consécutive.
La santé des Québécois ne doit en aucun cas être un outil purement électoral, et c’est pour cette raison que nous demandons au gouvernement de la CAQ de suspendre sa loi. Nous sollicitons également l’appui du député de Côte-du-Sud, Monsieur Mathieu Rivest, afin de prendre des actions concrètes pour défendre les intérêts de sa population, devant ceux de son parti politique.
Les médecins du Réseau Local de Service de Kamouraska : Dre Alexandra Thibault, médecin de famille ; Dr Alexis Brien-Racicot, médecin de famille ; Dre Alice Famelart, médecin de famille ; Dre Andrée-Anne Paradis, médecin de famille ; Dre Ann-Crystine Thibault, médecin de famille ; Dre Catherine Gagnon, médecin de famille ; Dre Catherine Gélinas, médecin de famille ; Dre Claude Thériault, médecin de famille ; Dre Claudine Ouellet, médecin de famille ; Dre Claudine Rancourt, médecin de famille ; Dr Denis Pelletier, médecin de famille ; Dre Dominique Lepage, médecin de famille ; Dr Gabriel Foucault, médecin de famille ; Dr Gaétan Lévesque, médecin de famille ; Dr Guillaume Lavoie, médecin de famille ; Dre Isabelle Guité, interniste ; Dre Isabelle Pelletier, médecin de famille ; Dr Jean-Félix Laforest, médecin de famille ; Dre Josée Rousseau, médecin de famille ; Dre Léa Goulet-McCarthy, médecin de famille ; Dre Marie-Claude Racine, interniste ; Dre Marie-Ève O’Reilly-Fromentin, médecin de famille ; Dre Marie-Pier Girard, interniste ; Dr Mario Lebel, médecin de famille ; Dr Maxime Ouellet, médecin de famille ; Dre Patricia Smyth, médecin de famille Dr Patrick Nadeau, chirurgien général ; Dr Philippe Nobert, médecin de famille ; Dre Pia St-Louis, médecin de famille ; Dr Pierre La Rochelle, médecin de famille ; Dr Rami Abu-Alhayja’a, anesthésiste ; Dr Robert-Hugo Gendron, chirurgien général

