Lors de son dernier budget, le gouvernement fédéral a retiré toute aide financière au programme Katimavik. Ce programme qui fête ses 35 ans de fondation en 2012 offre l’opportunité à des jeunes canadiens âgés de 17 à 21 ans d’acquérir une expérience d’engagement communautaire, de s’impliquer bénévolement à temps plein dans différentes communautés d’accueil de notre pays et de vivre, durant 6 mois, en compagnie de 10 autres jeunes du même âge en provenance eux aussi des quatre coins du Canada.
J’ai eu la chance de participer à ce programme. À cette époque, le programme Katimavik durait 9 mois et permettait aux participants de découvrir trois provinces canadiennes. Cela a été, sans contredit, l’une des plus belles expériences de ma vie.
Lorsque j’ai reçu la nouvelle de l’abolition du programme, j’ai été très déçue par cette décision du gouvernement conservateur. Quelques jours plus tard, je tombais sur un livre Katima… Quoi? écrit par l’honorable feu Jacques Hébert, fondateur des programmes Katimavik et Jeunesse Canada Monde. Je souhaite vous partager un extrait de ce livre paru en 2001*.
« Alors que, sans hésiter, nos gouvernements engloutissent des milliards pour combattre le chômage, le décrochage scolaire, la drogue, l’alcool, la délinquance, ils deviennent carrément avares de leurs millions quand il s’agit de les investir dans les rares programmes capables de donner de l’espoir aux jeunes et d’en faire des citoyens plus dynamiques, autonomes, ouverts, fraternels, sans préjugés, en mesure à leur tour de changer notre société en profondeur.
[…] Si après plus de [trente-cinq ans] d’effort, on n’a pas encore convaincu les gouvernements que Katimavik est l’aubaine du siècle et que tous les jeunes Canadiens qui le souhaitent devraient y avoir accès, […] c’est sans doute qu’on n’a pas utilisé les bons arguments […].
Jusqu’à maintenant, les gouvernements invoquaient les difficultés financières et les déficits pour réduire au minimum leurs investissements dans les plus nobles causes, par exemple la jeunesse.
[…] Katimavik a tout de même fait ses preuves après [plus de] deux décennies de réussites concluantes comme en témoignent les 21 000 anciens participants, leur famille, leurs amis, Katimavik qui jouit d’une réputation internationale, qui a reçu une distinction des Nations Unies, qui a directement inspiré des programmes semblables en Australie, en Californie, à New York, etc.,
Katimavik qui a laissé sa marque dans quelque 1 780 communautés du Canada, non seulement sous forme tangible (construction de bâtiments, de parcs, de sentiers écologiques; travaux divers pour améliorer l’environnement et la qualité de vie), mais aussi sur le plan des relations humaines en mettant ces communautés en contact avec des jeunes de toutes les régions du pays et vice et versa.
Alors, comment expliquer que les gouvernements ne viennent pas supplier Katimavik d’offrir son programme non plus à 957 jeunes [statistiques de 2001] par année, mais à 5 000, 10 000, 20 000?
[… ] C’est un profond mystère. » Que dire de plus!
Stéfany Briand
Kamouraska
Participante de Katimavik en 1997-1998
Charlottetown (Î.-P.-E.), Hearst (Ont.), Île Perrot (Qué.)
* Hébert, Jacques, Katima… Quoi?, éditions Cosmopolite (2001)
