SAINT-PACÔME – Dans le bureau où on évalue les personnes venues demander de l’aide, Réjeanne Hudon parle avec Marcel, doucement, sans le juger. Dans la soixantaine, l’homme a l’air bien. Pourtant, deux semaines plus tôt, au lendemain d’une cuite, il s’est réveillé à l’hôpital de Montmagny. Déterminé à régler son problème d’alcool, il suit depuis une thérapie au centre La Montée de Saint-Pacôme.
« Je me suis dit que ça ne pouvait plus continuer », lance Marcel. Conscient du tort que sa dépendance à l’alcool a causé à sa famille, il ajoute : « j’ai été chanceux de ne pas retrouver ma valise sur la galerie. » Sa dépendance avait conduit son couple à l’isolement. « On ne sortait plus, on avait plus de vie de couple », dit l’homme.
Marcel raconte que lorsqu’il « partait sur une brosse », cela pouvait durer une semaine. Sa dépendance l’a aussi amené à l’absentéisme au travail. Il lui arrivait de consommer jusqu’à l’inconscience. Dans les trois ou quatre derniers mois, il s’est retrouvé quelques fois à l’hôpital après avoir trop bu. Marcel ne veut plus revivre ce genre de choses. « Je suis à un tournant de ma vie », lance-t-il.
Ultime recours
Réjeanne Hudon est directrice générale de La Montée. Elle explique que la thérapie fermée de 20 jours est l’ultime recours des personnes qui ont développé une dépendance. En plus de l’alcool, elle peut être à la drogue, au jeu ou au médicament.
On parle de dépendance lorsqu’il y a une perte de contrôle et des conséquences dans la vie de la personne. D’ailleurs, note Mme Hudon, « c’est souvent un élément déclencheur qui amène la personne au centre”. Une perte d’emploi. Une rupture de couple.
Le Centre de traitement existe depuis 1991. La Montée propose une approche biopsychosociale. Les interventions touchent les dimensions physique, psychologique et sociale de l’individu. Les intervenants travaillent à identifier le problème à l’origine de la dépendance. « La toxicomanie est un symptôme en réaction à un problème de la vie », dit-elle. Elle ajoute que 40 % des hommes et 80 % des femmes qui ont développé un problème de dépendance ont été victime de sévices sexuels.
Trois blocs quotidiens
La personne qui séjourne à La Montée participe à trois blocs quotidiens de thérapie. Lorsqu’elle arrive au centre, elle ne doit pas avoir consommé depuis quatre jours. La Montée ne loge jamais plus de six clients à la fois. Les admissions ont lieu les dimanches. L’équipe se compose d’une douzaine de personnes de différente formation, plus un médecin et une infirmière.
Selon Mme Hudon, la moyenne d’âge est fin trentaine – quarantaine. On compte 25 % de femmes pour 75 % d’hommes. Pour l’année 2009-2010, l’alcool représente la principale dépendance avec 64 % des cas. Suivent : les amphétamines (38 %), le jeu (32 %), le cannabis et la cocaïne (30 % chacun) et les médicaments (2 %).
La Montée est le seul centre offrant ce genre de services de bout de ligne entre Québec et Rimouski. Sa clientèle provient principalement du Bas-Saint-Laurent et de Chaudière-Appalaches. Pour plus d’information, on peut visiter le site : www.centrelamontee.com.

Mme Réjeanne Hudon
Photo: Maurice Gagnon
Non au tabac
Le centre offre aussi des séjours pour des personnes qui veulent arrêter de fumer. Trois fumeurs participent à cette thérapie depuis le 9 janvier. « La Montée veut offrir deux séjours par année pour le tabac », dit Réjeanne Hudon.
Marcel terminera sa thérapie le 28 janvier. « Je ne veux plus toucher à l’alcool », dit-il, déterminé. Il apprécie sa thérapie à La Montée. « On est bien entouré. De bons intervenants. De la bonne nourriture », dit-il. Pour lui, les gens ne devraient pas attendre avant de demander de l’aide.
Nouvelle vie
Lorsqu’il retournera chez lui, Marcel veut profiter davantage de la vie. « On va sortir plus, on va se faire de nouveaux amis et avoir une vie sociale », dit-il. Marcel sourit en parlant de son épouse, de son fils, de ses petits-enfants.
Marcel pose son regard sur Réjeanne Hudon. « Lorsque je sortirai, il y a une chose que je veux demander à ma petite-fille… », dit-il. (Marcel fait référence à sa petite-fille de 9 ans qui l’a vu alors qu’il était en état d’ébriété.)
« Est-ce trop indiscret de vous demander ce que vous voulez lui demander? », ajoute la directrice générale.
La réponse met un peu de temps à sortir. « Je veux lui demander si elle va être capable de me pardonner. »
