SAINT-PHILIPPE – La relève agricole se fait de plus en plus rare chez nous, pour de nombreuses raisons : explosion du coût d’achat des fermes, profession peu mise en valeur, isolement des agriculteurs, etc. Selon une étude du MAPAQ, en 2007, au Bas-Saint-Laurent, parmi les 364 exploitations dont la vente ou le transfert était prévu dans un délai de cinq ans, 79 n’avaient pas de relève désignée (21,7 %). Malgré ces pronostics, Pascal Bourgault, jeune homme de Saint-Philippe-de-Néri, est devenu copropriétaire de la ferme laitière de ses parents, il y a un an.
Chez les Bourgault, les enfants étaient impliqués dans la ferme. « Papa a commencé à déléguer quand on était jeunes, il nous donnait des tâches diverses », confie M. Bourgault. Son père, Réjean, ajoute : «Pascal a fait son premier choix de taureau à l’âge de 12 ans. Un jour, il avait économisé de l’argent pour une cassette Nintendo… Mais finalement, il s’est retrouvé avec deux moutonnes. J’ai réussi à le convaincre que c’était un achat plus intéressant. »
Un père passionné, donc. Et un fils enthousiaste. Car si Réjean Bourgault a encouragé ses quatre enfants sur la voie de l’agriculture, seul Pascal l’a suivie. Être enfant de paysan ne fait donc pas tout : « Tous les quatre, plus jeunes, on voulait tous reprendre l’entreprise familiale. Quand on a été élevé dans une ferme, on ne connaît que ça. C’est important de découvrir d’autres choses, aller voir ce qui existe ailleurs. Mais mon goût à moi n’a pas changé. »
La génération Y aux champs
Après avoir terminé ses études en gestion d’entreprise agricole à l’Institut de technologie agroalimentaire en 2005, M. Bourgault a travaillé chez Valacta, un centre d’expertise en production laitière. « J’en ai appris beaucoup avec les autres agriculteurs, indique-t-il. Je me suis aussi créé un réseau de contacts, c’est très précieux. »
Qu’on ne s’y trompe pas, cependant : lors de sa transition entre le secondaire et le cégep, le jeune homme a hésité entre l’agriculture et… le théâtre. Impliqué, Pascal siège sur le club Ayshire de l’Est-du-Québec, est directeur de la société d’agriculture du Kamouraska, membre du conseil de la Fabrique de Saint-Philippe… Et de la troupe de théâtre du village. « Le théâtre, ça me permet de déconnecter de la ferme, raconte le jeune homme. On est en gang, on discute. Il faut savoir décrocher. »
Pas étonnant, à entendre Pascal Bourgault, que son objectif soit : « la ferme est là pour me faire vivre, je ne suis pas là pour faire vivre la ferme». Dans ses choix de gestion, le jeune agriculteur mise sur la performance des vaches plutôt que sur la quantité.
Confiance et communication
Entouré, M. Bourgault a trouvé chez ses parents les conditions gagnantes à une bonne relève : « les principes de base, c’est la communication, une entreprise en bonne santé financière et la confiance en l’autre. En me promenant avec Valacta, j’ai vu des fermes où le père ne faisait pas confiance à son fils. Les conséquences sont désastreuses : le père se brûle et le fils n’acquiert pas de confiance en lui. »
Réjean Bourgault, lui, n’a pas eu peur de faire de la place à son fils : « Mon objectif, lorsque j’ai repris la ferme du père de ma femme (Ginette), c’était de rendre la ferme transférable. L’objectif est atteint. Maintenant, ce sont les objectifs de Pascal qu’on suit. Ça a été pareil avec mon beau-père. Mon expérience, il ne l’a pas, alors elle peut être utile. Mais pour ce qui est de foncer, c’est son rôle. »