Voulant profiter des plus beaux jours de l’année à travers les paysages de ma campagne natale, c’est avec beaucoup d’enthousiasme que j’ai délaissé l’instant de quelques jours mon quartier montréalais pour venir me réfugier dans notre belle région. Une région où nous sommes nombreux à rêver de revenir s’y installer d’ici quelques années.
Le grand défi ne sera pas de délaisser les opportunités et avantages que permettent les grandes villes, mais plutôt de trouver un emploi en lien avec nos intérêts et nos compétences. C’est un choix que nous voudrions faire; la qualité de vie qu’offrent les régions, et particulièrement la nôtre, n’a pas d’égal en ville. Encore faut-il avoir la possibilité d’y gagner sa vie.
Passons du coq à l’âne. C’est avec beaucoup de stupéfaction que j’ai appris des journaux locaux qu’un Wal-Mart ouvrira prochainement ses portes à La Pocatière. À première vue, ça semble banal, remplacer un Zellers pour un Wal-Mart, pourquoi pas. Et là bas on trouve de tout! Êtes-vous déjà entré dans un de ces établissements? On y trouve effectivement de tout.
Bien sûr, plusieurs critiques sont faites à l’égard du géant : emblème de la surconsommation, plusieurs fois accusé de transgresser les droits de l’homme et des enfants, d’avoir fait fermer des milliers d’industries du continent en déménageant la production en Asie et j’en passe. Ils sont aussi connus pour leurs très bas salaires et pour leur refus catégorique de permettre à leurs employés de réclamer leurs droits via un syndicat.
Enfin, je ne vous écris pas afin de faire le procès de Wal-Mart, mais plutôt de vous poser des questions qui me préoccupent sur l’avenir de la région : Quel développement voulez-vous pour la région? ou plutôt Comment voyez-vous votre région dans 20 ans?
Pour moi, les points déterminants d’une région qui restera vitalisée dans les prochaines années sont la diversité culturelle et entrepreneuriale. En ce sens, Wal-Mart c’est tout un pas à reculons. Certes la venue de Wal-Mart ne décidera pas à elle seule l’avenir de la région, mais elle aura certainement un impact majeur sur pas mal d’entreprises, pas mal de personnes.
(…) On dit que Wal-Mart tue la concurrence locale. On dit que pour chaque employé engagé par la compagnie, trois emplois sont perdus quelque part dans la communauté. On l’accuse d’entraîner l’ensemble du marché vers une logique purement économique, aux dépens des enjeux sociaux et de bien-être commun. Des études prétendent même qu’après 10 ans, les petites communautés comme la nôtre perdent jusqu’à 47 % de leurs ventes au détail aux mains de Wal-Mart (Stone, 1997). (…).
Ça va attirer du monde? Certes. Mais si l’on veut stimuler l’économie locale, est-ce qu’avoir un Wal-Mart est vraiment notre meilleure solution? (…)
Si ce n’était que de moi, vous aurez deviné, je ne risquerais pas la venue d’un géant comme Wal-Mart dans ma cour. Nous pouvons faire sans, et nous pouvons faire mieux. Chez moi, nous avons un vrai projet pour revitaliser la région, pour qu’il fasse bon y vivre. Chez moi, il y a une belle diversité d’entreprises, où je connais les propriétaires et où il me fait plaisir d’y faire mes achats. Chez moi, il y a de la place pour que les jeunes viennent s’y établir. Chez moi, il y a une volonté d’agir par la communauté, pour la communauté. Nous avons pris les bonnes décisions aux bons moments, car nous sommes maîtres chez nous.
Mais ce n’est pas encore chez moi. Pour l’instant, c’est chez vous.
Kaven St-Pierre
Originaire de Saint-Jean-Port-Joli
Étudiant à la maîtrise en gestion de projet de l’ESG – UQAM

