Un ancien responsable de la station de séismologie de La Pocatière remet les pendules à l’heure concernant les risques avancés d’un tremblement de terre causant des dommages importants dans la région, tel que suggéré dans un article de La Presse du 26 juillet dernier.
C’est en travaillant à la Station de séismologie « POC », de 1972 à 1981, que M. Claude Leblond contribua à un projet de recherches du Ministère Énergies, Mines et Ressources, division de la physique du globe, portant sur les tremblements de terre dans la région. Depuis 1976, il tient des conférences sur la mécanique à l’origine des tremblements de terre partout sur la Côte-du-Sud. Pour lui, il n’y a rien de nouveau au fait que notre région et celle de Charlevoix seraient plus à risque aux séismes que n’importe quelle autre région du Québec. « La rive sud du Saint-Laurent et une bonne partie de la Nouvelle-Angleterre sont le résultat d’une plaque qui a émergé quelques 100 millions d’années après le reste du continent. La ligne de jonction entre ces deux plaques se nomme la faille Logan et cela constitue une bonne partie du Saint-Laurent », précise-t-il.
C’est sans oublier un autre événement plus connu, survenu il y a 350 millions d’années, qui a contribué à fragiliser la croûte terrestre sur la Rive-Nord. « Un météorite a frappé la région de Charlevoix, à peu près à cheval sur la faille Logan. L’axe circulaire du météorite définit notamment la Grande-Anse devant La Pocatière », d’ajouter M. Leblond.
Des risques surestimés?
Dans l’ensemble, si Claude Leblond relève quelques erreurs de magnitudes pour les séismes donnés en exemples dans l’article de La Presse, il avoue trouver le résumé de la situation assez bon. Où il est en désaccord, c’est dans l’évaluation des véritables dangers avancés par les scientifiques consultés. « L’Amérique du Nord se déplace par-dessus le fond de l’océan Pacifique. Tous les gros tremblements de terre sont situés sur les lignes de jonction des plaques tectoniques (NDLR : Lignes rouges – voir carte). »
Suivant cette logique, Victoria, la capitale de la Colombie-Britannique serait plus à risque de connaître un séisme majeur que Rivière-du-Loup, pourtant désignée par les scientifiques comme étant la ville la plus susceptible de tout le Canada d’être frappée par un tremblement de terre qui provoquerait des dommages structuraux importants. « Je ne comprends pas. Oui, il est normal qu’ils se produisent des tremblements de terre dans la région, mais les caractéristiques sismiques de ces événements nous indiquent une profondeur relativement peu élevée et une durée variant entre dix et vingt secondes. Dans les régions à risques élevés identifiés sur la carte, la durée des secousses peut atteindre une minute et la profondeur est très élevée », de mentionner M. Leblond.
Structures et bâtiments
Alerte face aux actions qui peuvent découler de ce genre de peur, il déplore depuis quelques années l’argent public dépensé dans les structures de bâtiments neufs ou existants, en invoquant les risques sismiques. Il rappelle que le Canada est doté d’un code du bâtiment très exigeant, dans lequel les toitures doivent résister au poids de la neige en hiver et que nos structures de bois ou d’éléments métalliques comportent une capacité de flexibilité qui a pour conséquence d’absorber les vibrations et les ondulations presque sans dommage. « Je suis d’accord pour rendre certains bâtiments sécuritaires en éliminant des éléments à risque. Mais la fragilité, elle est surtout du côté du béton et de la brique, car ces matériaux sont non flexibles », résumera-t-il.
C’est pourquoi il aimerait présenter sa conférence aux maires et autres dirigeants municipaux de la région, afin qu’ils aient une meilleure idée de la mécanique entourant les tremblements de terre. « Ils pourraient mieux évaluer la dangerosité véhiculée par certaines personnes avant la réalisation de différents projets municipaux. Parce que cette peur entretenue peut occasionner des coûts élevés qui ne sont pas vraiment nécessaires », concluait-il.
