Si novembre est le mois des morts dit-on, il est celui des naufrages sur la Côte-du-Sud au XIXe siècle. Depuis le Régime français, il faut le dire, les îles de Kamouraska représentent un danger pour les navires.
L’un des premiers à s’échouer près de Grande Île est L’Imprévu en novembre 1740. L’Intendant Hocquart demande au capitaine Bernard Paris de rester à bord avec son équipage pour protéger la cargaison. En avril 1741, le capitaine et son équipage fulminent au grand désespoir de l’intendant et certains désertent le navire malgré une ordonnance ferme de rester à bord. Au mois de novembre suivant, l’un des navires de Robert Dugard doit se rendre à Kamouraska en raison aussi du mauvais temps.
Dans ses voyages au Canada, le Britannique John Lambert ne manque pas de souligner qu’au début décembre certains navires sont obligés d’hiverner à Kamouraska en raison des tempêtes hivernales. Avec les années, les naufrages et les bris se multiplient. En novembre 1808, quatre navires, la Jane, la Margaret, la Neva et la Harriet s’échouent devant Kamouraska. L’année la plus sombre est celle de 1845, on ne dénombre pas moins de quatre naufrages de navires britanniques. On recense entre autres les navires Crusader, Sir Robert Peel et le schooner Industry.
Afin de prévenir les naufrages, une enquête sera effectuée et le député de Rimouski Joseph-Charles Taché recommande en 1859 de construire des phares sur le Saint-Laurent. Le phare de la Grande Île est construit trois années plus tard. Il fait partie des cinq phares du Saint-Laurent érigés par l’entrepreneur Louis Déry de Québec. Sa hauteur est de 162 pieds par rapport au niveau de l’eau du fleuve. Le polygraphe James MacPherson rappellera d’ailleurs le rôle important de ce phare dans son Album du touriste en 1872.
Par Yves Hébert.
