Il y a belle lurette que le gouvernement québécois dit s’être engagé dans la lutte à la pauvreté.
En 2002, le gouvernement péquiste de Bernard Landry adoptait la Loi visant à lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale. Pourtant, depuis, les inégalités sociales et la concentration de la richesse n’ont cessé de croître. Si bien qu’aujourd’hui, le nombre de Québécois ayant recours aux services des banques alimentaires n’a jamais été aussi élevé.
C’est dans ce contexte d’échec généralisé de lutte à la pauvreté que le gouvernement actuel a choisi d’adopter, le 11 novembre dernier, la Loi 70 qui permettra de réduire l’aide de dernier recours à 399 $ par mois pour un prestataire qui en est à sa première demande et qui « refuse » de s’engager dans une démarche d’employabilité.
Il est vrai que ceux qui s’engageront dans le programme « Objectif Emploi » verront leur prestation haussée de 250 $ par mois. Une mesure qui se chiffre à 5 M$ par année. Mais il ne faut pas perdre de vue que le gouvernement estime pouvoir économiser 47 M$ grâce aux mesures prévues dans la Loi 70. C’est un maigre 10 % des coupes qui seront injectées dans le nouveau programme d’employabilité.
Avant toute chose, il faut se rappeler le contexte dans lequel une personne peut demander l’aide de dernier recours. Elle doit avoir épuisé toutes ses ressources financières pour être éligible. C’est souvent une personne aux abois, en situation de crise et de désarroi, qui se présente pour obtenir de l’aide, justement nommée de « dernier recours ».
Qui déterminera si cette personne est apte à intégrer immédiatement un programme d’employabilité? Quelles mesures seront prises pour l’accompagner dans son parcours? Comment adaptera-t-on le programme à sa condition souvent difficile? Sur ces aspects, la Loi demeure muette…
Ce que le gouvernement omet de nous dire, pendant qu’il en appelle aux pires clichés sur les personnes en situation de pauvreté, c’est que, depuis 1995, le taux d’assistance sociale a baissé de presque la moitié, passant de 802 000 personnes à 436 000 en 2015. Que, dans la dernière année, près 116 000 adultes assistés sociaux ont participé volontairement à des mesures d’emploi, soit un adulte sur trois. Qu’il dispose déjà d’une multitude d’outils, dont des pouvoirs d’enquête dignes des meilleurs corps policiers, pour attraper ce méchant fraudeur qu’on aime tant nous invoquer. Enfin, que l’évasion fiscale représente des pertes de 3,5 milliards $ par année pour le trésor québécois et que rien n’est fait pour la contrer.
C’est pourquoi nous demandons au gouvernement libéral du Québec d’être cohérent avec sa commission politique et la position adoptée par ses militants lors du dernier conseil général, tenu à Laval les 12 et 13 novembre derniers, soit de s’engager résolument dans la lutte aux inégalités sociales. Et pour ce faire, il doit investir de manière importante pour soutenir les plus démunis de notre société. Ce ne sont certes pas les mesures coercitives et la réduction de l’aide de dernier recours de 623 $ à 399 $ par mois qui permettront d’atteindre cet objectif.
La Corporation de développement communautaire du KRTB
