M. Morin, êtes-vous d’accord avec le ministre de l’Éducation Yves Bolduc quand il conclut que la majorité des Québécois bénissent le programme d’anglais exclusif en 6e année si cher à Jean Charest, simplement parce qu’en campagne électorale, quand il demandait à son public partisan si « quelqu’un dans la salle voulait que son enfant ne parle pas anglais », personne ne s’y opposait publiquement? Vous pourrez dire à votre ministre que ce type de raisonnement s’appelle un sophisme. Procédé fallacieux par excellence, il vise à tromper par un raisonnement faux, logique seulement en apparence. J’oubliais : pour l’aider à comprendre, vous pourrez lui expliquer qu’en anglais, on dit « sophism »… Le tout-à-l’anglais fait-il partie des « vraies affaires » que le slogan libéral annonçait? D’ailleurs, j’ai failli vous écrire cette lettre dans la langue des vraies affaires, croyant que cela aurait vraiment plu à votre ministre.
Sophisme, donc, parce que tout le monde est pour la vertu! Qui oserait affirmer que parler une autre langue n’est pas utile? De là à réduire la place de la langue maternelle en 6e année pour la vouer entièrement à la langue seconde, il y a un fossé abyssal.
Autre surprise : votre ministre affirmait vouloir rendre disponible ce programme. Sa prédécesseure libérale, Line Beauchamp, parlait pourtant de le rendre obligatoire, de l’imposer à tous, ce qui est très différent. En tant que Québécois refusant d’être obligé de contribuer à l’anglicisation de sa descendance, j’aimerais que votre ministre révèle ses vraies intentions sur cet aspect majeur du programme.
La prochaine fois que votre ministre prendra la parole en public, j’aimerais que vous lui suggériez deux autres questions, qui l’aideront à méditer avant de prendre des décisions précipitées. Il pourra demander : « Croyez-vous utile d’ajouter 400 heures de plus aux 1000 heures obligatoires (oui : mille!) que notre système d’éducation impose déjà à tous les élèves québécois? » Ou encore : « Croyez-vous, alors que nulle part ailleurs au Canada, y compris au Québec, les anglophones n’ont l’obligation de suivre des programmes équivalents de français intensif, le gouvernement du Québec devrait rendre obligatoire le programme d’anglais exclusif en 6e année pour les petits Québécois? » Devant ce deux poids, deux mesures, attendez-vous à de nombreux « non » catégoriques.
Mais je doute que votre ministre, votre chef et vous désiriez consulter démocratiquement vos électeurs sur ce sujet : vous nous avez assez répété en campagne que vous détestiez les référendums…
And you, mister Morin, are you hearing? What’s your opinion?
Yours, truly
Jean-François Vallée
Saint-Philippe-de-Néri

