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À la chasse de père… en fille

Quand les feuilles se font rouges, que le temps devient plus humide et que les odeurs de l’automne envahissent nos forêts, Éric Dumais sait que son moment préféré de l’année est arrivé : la saison de la chasse. Initié très jeune par son père Richard Dumais, il poursuit aujourd’hui sa passion avec sa fille de 13 ans, Claudiane.

Quand Éric montre le panache du premier buck (orignal mâle) qu’il a tué en 2004, accroché sur le mur du salon, on comprend rapidement que nous sommes en présence de véritables passionnés. Mais cette passion, elle ne réside pas tant dans les quelques trophées de chasse accrochés sur les murs, ou dans la subtile horloge où on peut voir un original caché derrière les aiguilles. Cette passion, on la saisit surtout à travers les souvenirs qu’ils nous partagent, souvent accompagnés de dates précises, comme ces maniaques de hockey capables de nous défiler une série de statistiques sur un joueur ou une équipe. « Je devais avoir 12 ans quand j’ai commencé à faire du colletage de lièvres. Je suis passé au gros gibier en 1990 », de raconter Éric Dumais. Il tuera son premier chevreuil cette année-là, le jour de l’Halloween.

Chasser avec sa fille

Plusieurs années plus tard, il commencera à s’intéresser à la chasse à l’orignal, pratiquement au même moment où sa fille Claudiane viendra au monde. C’est lorsqu’elle atteindra l’âge de six ans qu’il lui fera découvrir cet univers. « Le but n’était pas nécessairement de perpétuer une tradition familiale. Je ne voulais pas la forcer non plus. Je lui ai montré et si elle n’avait pas aimé ça, elle aurait pu s’arrêter quand elle veut », de déclarer le père.Finalement, ces sorties ont intéressé suffisamment Claudiane pour que l’accompagnement laisse sa place à la passion. L’an dernier, elle s’est inscrite à des cours de tirs à la carabine et à l’arbalète. Cette année, c’était la première fois qu’elle pouvait chasser. À sa première sortie, elle a tué son premier orignal. « Je n’étais pas sûre de mon tir. J’ai été soulagée de voir que je l’avais atteint correctement », déclarait-elle. « Le pire cauchemar d’un chasseur, c’est de blesser sa proie et de ne pas la retrouver après. Il faut avoir le respect des bêtes », de compléter Éric.

La perception des autres

À l’ère où le public se préoccupe beaucoup du sort des animaux, les chasseurs n’ont pas toujours la cote. Éric Dumais en est bien conscient. De plus, il avouera qu’initier ses enfants à la chasse n’est pas toujours bien perçu non plus aux yeux de la société. « Ceux qui chassent, ils comprennent mieux. Sur le territoire de la Zec Chapais, par exemple, on n’est pas la seule famille qui va chasser avec ses enfants. Il y en a plusieurs », précisait-il.
La mère de Claudiane, Mélissa Hudon, est en accord avec cela, même si elle ne prend pas part aux parties de chasse. « Elle a suivi tous les cours qu’il faut, et en plus, elle est avec mon conjoint. Je sais que c’est sécuritaire. »

À l’école, Claudiane parle plutôt d’incompréhension de la part de certains jeunes concernant sa passion. « Je crois qu’il faut le vivre pour bien comprendre l’adrénaline qu’on peut ressentir quand voit sortir une bête devant nous », expliquait-elle.

Prendre contact avec la nature

D’ici la fin de la saison, Éric ne manquera aucune occasion de sortir chasser avec sa fille Claudiane et son père Richard. « Nous sommes toujours les trois ensemble. On s’entraide lorsqu’on abat une bête, ou pour construire nos caches », confiait-il. Mais au-delà de ces moments passés en famille, de l’adrénaline ressentie, ou même de leur amour pour la viande de bois, c’est aussi l’appel de la nature qui les amène chaque année en forêt. Une nature complexe, vivante et passionnante, qui ne les quitte jamais, qui les habite longtemps et qui se laisse désirer toute l’année durant, jusqu’à ce qu’une prochaine saison leur offre la chance de renouer avec elle.