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Agences SAQ en milieu rural : David contre Goliath

Agence SAQ depuis 2013, l’Épicerie Chez Daniel de Mont-Carmel dénonçait récemment, dans une lettre ouverte envoyée au quotidien Le Devoir, les conditions de partenariats imposées par la société d’État.

Copropriétaire de l’Épicerie Chez Daniel à Mont-Carmel avec Karine Habel, Kathleen St-Jean se rappelle encore du bonheur qu’elle a éprouvé lorsqu’elle a été contactée par la SAQ qui lui proposait d’ouvrir une agence dans son épicerie. « À ce moment-là, la SAQ avait décidé d’ouvrir 40 nouvelles agences. Les villages ciblés avaient été étudiés et la société d’État jugeait qu’il y avait un potentiel de marché intéressant. On aurait pu refuser l’agence à ce moment, mais nous on y voyait une belle opportunité pour élargir notre clientèle », d’expliquer Mme St-Jean.

Dans les années précédentes, l’Épicerie Chez Daniel de Mont-Carmel avait vécu un grand processus de transformation, passant d’une épicerie-dépanneur de village à une épicerie du terroir. En ouvrant ses portes à une agence SAQ, Kathleen St-Jean croyait pouvoir poursuivre dans ce créneau en offrant des vins du terroir, ou du moins, des produits réclamés par sa clientèle. Ce ne fut pas le cas. « Chaque agence est rattachée à une succursale. Nous, c’est celle de Saint-Pascal et on peut seulement offrir sur nos tablettes les produits qui sont vendus par cette succursale. Donc on ne peut pas développer de nouveaux marchés, ou augmenter la variété de produits dans la région », une situation que déplorent les copropriétaires de l’épicerie.

Promotions « non inspirantes »

Autre irritant, les promotions récurrentes réalisées dans les succursales de la SAQ et que les agences ne peuvent appliquer chez elles. « Des promotions, il y en a pratiquement toutes les fins de semaine dans les succursales. Les gens viennent nous voir en agence et nous demandent le 10 %, mais on ne l’offre pas, ce n’est pas possible pour nous. Au final, la SAQ se retrouve en compétition avec… la SAQ », de déclarer Kathleen St-Jean.

De plus, la mise en place du programme de fidélisation Inspire, qui s’applique que dans les succursales, nuirait également aux agences. Lancé il y a un an, la SAQ refuse toujours de le rendre disponible dans les 440 agences réparties partout au Québec. À terme, Kathleen St-Jean craint que cette situation affecte la rentabilité de leur agence. « Nous, on a un bail de cinq ans renouvelable avec la SAQ et elle nous demande de vendre pour 200 000 $/année. C’était facile à atteindre les premières années, mais depuis que la carte Inspire est arrivée, c’est plus difficile. Des clients qui s’approvisionnaient chez nous ne le font plus et se rendent directement dans les succursales. Si on n’atteint plus notre objectif annuel, la SAQ va-t-elle renouveler notre bail quand même », questionnait-elle.

La goutte de trop

En plus de toutes ces contraintes, les propriétaires d’agences SAQ doivent s’approvisionner directement à la succursale où elles sont rattachées. Au final, elles assument donc tous les frais de transport et de main-d’œuvre que cela représente. Mais voilà que tout récemment, la SAQ annonçait qu’il serait désormais impossible pour les propriétaires d’agences de payer le contenu de leurs achats en succursale avec leur carte de crédit. Seuls l’argent comptant et les chèques seront acceptés. « Grâce aux programmes de remises en argent qui existent avec certaines cartes de crédit, on pouvait souvent repayer nos frais de transport annuel avec cela. Maintenant, en procédant de la sorte, on devra payer tout ce qu’on achète, avant même de l’avoir vendu », d’expliquer Kathleen St-Jean.

C’est ce qui fait dire aux deux copropriétaires de l’Épicerie Chez Daniel de Mont-Carmel qu’elles ne sont pas vues comme des partenaires de la société d’État. « On nous offre même pas de formation, mais on nous fait sentir que c’est un privilège d’avoir une agence SAQ dans notre épicerie. C’est nous qui leur faisons une fleur, car ils n’ont pas à payer les employés, les locaux, ou les coûts d’électricité. »

Conscientes que leurs sorties dans les médias ne sont sûrement pas bien perçues auprès des dirigeants de la société d’État, Kathleen St-Jean et Karine Habel espèrent, malgré tout, faire avancer les choses pour les exploitants d’agence SAQ au Québec. « Nous, on a l’intention d’utiliser toutes les tribunes qui sont à notre disposition pour se faire entendre et ainsi influencer positivement nos discussions avec la SAQ pour qu’on devienne réellement des partenaires de la société d’État », concluaient-elles.