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Claude Béchard… et après

Il était un homme d’exception. Travailleur enragé, batailleur acharné, brave et intègre, fidèle à son chef.  Un peu baveux, m’as-tu-vu, arrogant, mais doté de sens innés de la répartie et de l’humour qui le rendaient tolérable pour les uns, brillant et charmant pour les autres.  Un homme d’une telle capacité manquera à la politique québécoise. En lui le changement était possible, le statu quo impensable.

En tant que ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, il était sur le point de dévoiler la nouvelle politique agricole du Québec, découlant en grande partie des rapports Pronovost et St-Pierre.  Il voulait pour les vingt-cinq prochaines années amener l’agriculture vers une plus grande diversification, performance, éco-sensibilité, pluralité, de proximité et d’appellation, une vision qui est en quasi contradiction avec celle des vingt-cinq dernières.

Au départ Laurent Lessard a fait la fondation de la réforme, par la suite Claude Béchard en a bâti les structures. De retour comme ministre de l’Agriculture, c’est à Laurent Lessard de faire la finition intérieure et extérieure, de compléter le travail.

En bon gestionnaire des fonds publics, et dans un budget fixe, le MAPAQ devra entre autres établir des mesures incitatives à l’efficacité, des programmes de transition dans plusieurs productions, un accompagnement technique rigoureux et de l’aide financière bien placée pour favoriser la protection de l’environnement.
 
Pour nous, le Collectif de sauvegarde des fermes familiales à dimension humaine, cette reforme devra aussi absolument contenir les bases d’une ouverture vers une liberté d’association au syndicat de son choix, et donc mettre légalement en place une ou des alternatives à l’UPA. Aucune réforme sérieuse et viable ne peut se faire dans une situation de monopole.

Spécialiste de l’immobilisme, du discours unique, du contrôle, mais voyant tranquillement le tapis lui glisser sous les pieds depuis le dépôt du rapport Pronovost, l’UPA est très certainement prête à faire bien des bassesses et des compromissions pour maintenir en place ses office$ de commercialisation des produits agricoles, son monopole. 

C’est toute cette sauce à la UPA que des milliers d’agriculteurs du Québec ne sont plus capables d’« envaler ». Pour mettre fin à cette situation, cela prendra le temps qu’il faudra, mais que cela se fasse dans un débat sain, ouvert, démocratique et constructif, sans aucunement mettre l’agriculture sens dessus dessous.

Parce que le changement fait partie de la vie démocratique d’une société en évolution.

Pour l’heure, à Laurent Lessard ministre, souhaitons-lui bon courage pour l’achèvement du travail et le dévoilement de la nouvelle politique agricole.  Étant lui aussi un homme de caractère, têtu et d’une bonne logique, tout nous porte à croire que la barre du navire est entre de solides mains…

C’est avec respect que nous disons merci à Claude Béchard, merci à cet homme de valeur, de convictions et de coeur. Il voulait, à sa façon, un peu changer le monde. Et, si dans une autre dimension, l’âme, l’énergie de ce que fut Claude Béchard survit, où il est maintenant, plus besoin de vouloir changer le monde… C’est déjà fait.

François Filion
Pour Le Collectif de sauvegarde des fermes à dimension humaine
Producteurs agricoles du Bas St-Laurent
Cacouna, L’Isle-verte, Saint-Arsène