Il y a 30 ans : Mission Grosse-Îlerichard_lavoie20140702

À peu près tout le monde de la région connaît la Grosse-Île. Mais qui sait si l’histoire de ce lieu aurait été rendue publique et mise en valeur si, un jour, quelques personnes n’avaient pas eu l’idée de fonder une association, afin que « l’île de la quarantaine » devienne un lieu historique national relatant plusieurs pages importantes l’histoire de l’immigration canadienne et, plus particulièrement, celle des Irlandais. « Mission Grosse-Île » jeta les bases de la Corporation pour la mise en valeur de Grosse-Île, qui a eu 30 ans en février.

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‘Héritage Grosse-Île’ va de l’avant

En janvier 1984, arrive « Mission Grosse-Île », un projet parrainé par le Conseil économique de Montmagny et financé par Canada au travail. C’est le début de la mobilisation du milieu pour faire de Grosse-Île un parc national.

Sous la direction de Mme Laurette Normand, l’équipe qui compte deux autres employés*, allait mettre la table pour que, le 22 février 1984, naisse le comité provisoire de l’Association Grosse-Île, à l’hôtel le Germoir. L’on avait alors réuni une soixantaine de personnes des milieux touristique, économique, municipaux, culturel, écologique et un représentant d’Environnement Canada (Parcs), à l’invitation du Conseil économique, que présidait M. Yvan Ménard.

 

Ensuite, la Corporation pour la mise en valeur de Grosse-Île (CGÎ) fut constituée, le 12 avril 1984, sous la présidence de Dr Jean-Marie Dionne, l’idéateur du projet de parc national historique commémoratif, selon certains. Il occupera ce poste jusqu’à l’automne 1998.

Dans ses premières années, la CGÎ comptera plus de 400 membres principalement de la région, mais également d’ailleurs au Québec et au Canada.

Grâce à la vice-présidente Marianna O’Gallagher, « l’historienne des Irlandais », des liens forts sont établis avec cette communauté. L’endroit représente pour les descendants une page importante et tragique de leur histoire. D’ailleurs, ce lien existe toujours, puisque l’un d’eux, M. James Donovan, est l’un des deux vice-présidents de l’actuelle Corporation.

Attraction touristique

« À cette époque (1984), de mentionner, Mme Jeanne L. Boulanger, qui a pris la relève à la présidence de 1998 à 2012, Montmagny vivait un contexte économique difficile. Le Conseil économique cherchait un produit qui donnerait un nouveau souffle à la région. »

L’on désirait que ce lieu historique devienne une attraction touristique particulière, qui relaterait, entre autres, l’histoire de la quarantaine humaine et la mémoire des Irlandais qui y sont décédés. Cet élément touristique unique au Canada, maintenant qualifié de produit « d’appel » avec Montmagny et les îles, allait démarrer.

Sous M. Dionne, puis avec Mme Boulanger, deux coordonnatrices se succédèrent. Mme Nicole Jean, et surtout Mme Clémence Bernier qui, durant plus de 25 ans, allait, entre autres, participer à la gestion de l’organisme et à la mise en place des équipes de jeunes guides. Elle gérera aussi le Centre des Migrations de Montmagny, qui allait devenir le port d’attache de la Corporation à partir de 1993.

 

Premiers pas

À compter de 1989, Parcs Canada fait des recherches historiques, ethnographiques et archéologiques approfondies, afin de se doter des connaissances nécessaires pour l’interprétation des lieux. Parcs Canada procède à la restauration de certains bâtiments et à la mise en place d’infrastructures adéquates pour accueillir les visiteurs.

La CGÎ a toujours été en lien avec Parcs Canada. Bien que l’organisme fédéral ait pris la gestion des opérations et formé des guides à partir de 1993, la Corporation, jusqu’à cette date, gérait les visites historiques guidées, mais restreintes, depuis 1984.

En 1993, Parcs Canada prend la gestion des opérations d’accueil, des horaires des visites, et établit un contrat de transport officiel vers le lieu historique national. Les départs en bateau pour les visites se feront désormais à partir de Berthier-sur-Mer.

De 1985 à l’année de l’ouverture du Centre éducatif des migrations, la CGÎ occupera le manoir Couillard-Dupuis, où les visiteurs pouvaient, entre autres, se documenter sur l’histoire de la Grosse-Île et voir des maquettes de bâtiments anciens, toujours existantes d’ailleurs.

Centre éducatif des migrations

Puis, en 1993, l’on ouvre le Centre éducatif des migrations. Avec l’exposition interactive Migrations et un spectacle son et lumière, l’on présente alors, en double thématique, la migration humaine – celle de l’histoire de la Grosse-Île –, et celle des oies blanches, emblème de la Ville.

La Corporation assurera la gestion du lieu de 2007 à 2013, année de la fermeture. L’exposition, présentée durant plus de 20 ans a été démantelée. La partie de l’équipement traitant de l’interprétation des oiseaux migrateurs a été donnée par la Ville de Montmagny à la Corporation touristique de l’Isle-aux-Grues, à sa demande.


L’équipe de comédiens animateurs fait revivre l’époque de la quarantaine.

Virage majeur

En 2004, la part de l’animation historique faite par la Corporation prend un virage majeur avec le projet Quand Grosse-Île prend vie.

Dès l’été suivant, de jeunes comédiens vêtus en costumes d’époque accueillent les visiteurs et leur font expérimenter ce que vivaient les immigrants à leur arrivée dans le grand bâtiment de désinfection.

Les guides de Parcs Canada, eux, continuent d’assurer les visites guidées, avec le train ballade, introduit par la Corporation dans les années 1990, et à pied. Des visites autoguidées sont aussi maintenant possibles dans les trajets historiques et naturels.

Retombées

Depuis 30 ans, la CGÎ s’est impliquée dans le développement du lieu historique en partenariat avec Parcs Canada, mais aussi dans le tourisme régional, par le fait même. Elle a également fait travailler bien des gens, dont plusieurs jeunes de la région.

En 2010, elle recevait du gouvernement fédéral 1,34 M$, afin, entre autres, de gérer la rénovation de l’ancien hôtel de première classe de l’île, où ont séjourné des immigrants.

À Berthier-sur-Mer, dans le sillage du renouveau, la Corporation du Havre, de même que la Municipalité récoltent plusieurs centaines de milliers de dollars pour l’aménagement du Parc fluvial, voué à devenir la vitrine promotionnelle du lieu historique national de la Grosse-Île.

En 2013, la Corporation annonçait qu’elle avait réussi à réunir plus de 100 partenaires, publics ou privés, et 1 500 citoyens (loterie) qui ont également participé au financement de l’ensemble de ce projet.

Aujourd’hui, la Salle Desjardins, du nom de ce partenaire majeur, peut accueillir jusqu’à 60 personnes dans l’hôtel, sans compter les deux petits salons de réunions. L’on y trouve les équipements nécessaires pour les projections et accueillir un traiteur. La gestion des lieux est sous la responsabilité de la CGÎ, en partenariat avec Parcs Canada. 

Reconnaissances

La Corporation a reçu plusieurs reconnaissances officielles. Entre autres, en 2010, le prix « Interprétation et diffusion » de la MRC de Montmagny, pour son programme d’animation historique, ainsi que le Mérite historique de la Côte-du-Sud, de la Société d’histoire du même nom.

* Un agent de développement, aussi chroniqueur historique, Richard Lavoie, et une secrétaire Jeanine Audet, puis Claudette Couillard.