SAINT-PASCAL — Dans le Blues du businessman, Claude Dubois nous raconte le parcours d’un homme d’affaires malheureux qui aurait voulu être un artiste. Marie-Chloé Duval aurait pu connaître le même destin. Mais, à 25 ans, après des études en criminologie, elle a choisi de faire une demande dans une école américaine dans l’espoir de vivre de son art, voire d’avoir sa propre galerie d’artiste-peintre à Chicago.
Depuis six ans, Marie-Chloé habite à Montréal. Sa présence au Symposium de peinture du Kamouraska l’a ramené pour l’été à Saint-Pascal, sa ville natale, dans une jolie maison près de la voie ferrée. À mon arrivée chez elle, le visage à demi caché par sa longue chevelure brune, Marie-Chloé était assise à la table de la cuisine derrière son MacBook Pro. « Il ne me reste qu’un paragraphe à écrire pour terminer ma maîtrise », dit-elle. M’excusant d’être là cinq minutes trop tôt, elle avoue en faisant la moue avoir plutôt passé son temps à peindre au sous-sol. C’est là, dans un atelier improvisé qui n’a rien à voir avec un studio d’artiste, que Marie-Chloé travaille à sa prochaine création.
Son parcours professionnel est des plus atypique. Elle n’a, à part quand elle était enfant, suivi aucun cours de peinture. Elle a découvert cette passion en décembre 2013, durant une sabbatique, entre son bac et sa maîtrise, chez ses parents à Saint-Pascal.
« J’ai commencé à peindre sur des morceaux de bois, du MDF [panneau de fibres de bois de densité moyenne] et des cartons avec de la peinture à mur », me raconte la jeune femme de 25 ans. Marie-Chloé utilise toujours ce type de peinture pour réaliser ses œuvres.
Je la suis à l’étage où, défiant l’interdiction d’entrée posée sur la porte de la chambre de son frère, elle sort de son emballage protecteur une toile représentant un bateau sur une mer agitée. Dans sa chambre, qui n’a pas changé depuis son adolescence, comme celle de son frère, Marie-Chloé me montre une autre toile sur laquelle un train file à toute vapeur. Des œuvres de Marie-Chloé se retrouvent dans chacune des pièces de l’étage, encadrées au mur ou emballées. Et chaque fois qu’elle m’en montre une, je m’étonne de constater qu’elle ait pu réaliser tout cela sans jamais avoir fréquenté les Beaux-Arts.
Une femme lumineuse
Marie-Chloé Duval est une jeune femme lumineuse, pleine de soleil et accueillante. La légèreté de la blouse à motifs qu’elle porte par-dessus une camisole beige lui donne la grâce d’une ballerine pendant qu’elle se déplace pieds nus. Cette joie de vivre détonne avec ses toiles qui, bien que magnifiques, nous transportent dans un univers glauque où le noir et blanc décident de l’action, du mouvement. Elle n’utilise la couleur que pour ses œuvres de plus petit format, dont plusieurs sont inspirées de paysages du Bas-du-Fleuve.
Même pour ses études universitaires, Marie-Chloé a choisi la criminologie : un domaine où la vie s’écrie souvent là aussi en noir et blanc à la pointe du couteau. Après ses Sciences humaines au Cégep de Rivière-du-Loup, Marie-Chloé ne savait trop vers quoi se diriger. « Tout m’intéressait. J’aurais voulu tout faire », dit-elle. Puis finalement, elle a opté pour le baccalauréat en criminologie à l’Université de Montréal. Un travail à la Maison Thérèse-Casgrain, un centre de transition pour femmes, la convainc d’orienter sa formation dans le volet recherche plutôt que le volet intervention. Marie-Chloé préfère comprendre les phénomènes et alimenter le savoir plutôt que d’agir directement auprès des populations. Elle termine sa maîtrise sur la façon dont les médias couvrent les causes de justice à partir de l’affaire Guy Turcotte.
Un tournant
Marie-Chloé arrive du même coup à un tournant : s’inscrire au programme de doctorat en sociologie ou pousser la pédale de frein au bout et foncer sur un chemin de traverse. « Les sujets reliés à la criminologie m’intéressent, mais je ne me vois pas faire ma vie là-dedans », dit-elle. L’artiste a gagné. Elle se monte un porte-folio et fait une demande à la maîtrise en beaux-arts à la School of art institute of Chicago (SAIC) et à la Massachusetts institute of technology (MIT) — Master in art culture and technology. Si elle est admise dans l’une ou l’autre de ces universités, c’est là qu’elle ira cet automne.
« L’art me permettra de rejoindre plus de monde que des articles publiés dans des revues de criminologie destinées à un public très ciblé », dit-elle.
Marie-Chloé est aussi passionnée de voyages et de photographie. Elle a parcouru l’Ouest canadien, les États-Unis, le Mexique, l’Europe et même le Japon, ce qui lui a permis de se constituer une impressionnante banque de photos de voyage. Elle a en outre participé à un séjour humanitaire de quatre mois au Pérou.
Marie-Chloé Duval a lancé les dés. Il tourne toujours sur la table à destin. En attendant de voir où ils s’arrêteront, elle vit sa vie en couleur et peint en noir et blanc.
On peut suivre Marie-Chloé sur sa page Facebook : MCDuval. Arts.
