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La gestion de l’offre telle « gérée » n’a pas que des vertus…admin20141214

Comme ancien professeur, je ne suis pas sûr que je donnerais un « A » au devoir des deux étudiants Michaud et Lehoux sur la gestion de l’offre, publié dans le dernier Placoteux. Je m’interroge aussi sur l’objectivité de leur professeur…

Je ne suis pas contre la gestion de l’offre qui existe dans le lait, le poulet, le dindon et les œufs au Québec et au Canada : c’est incontestablement une protection souhaitable pour nos producteurs contre la concurrence déloyale des produits étrangers à bas prix. Mais les auteurs de l’article semblent oublier que la gestion de l’offre, telle que pratiquée présentement, a un prix, un gros prix : le prix des quotas.

La façon dont les Fédérations de l’UPA gèrent la production et la mise en marché des produits sous gestion de l’offre a pour effet de réserver de plus en plus ces productions contingentées à un club fermé de gros producteurs et intégrateurs, et de décourager les petites fermes et la relève, dans les régions surtout. En effet, le prix exorbitant des quotas de production ($26,000 pour une vache, près de 3 $ pour une poule ou un poulet), vendus au plus offrant, oblige beaucoup de petites fermes déjà endettées à se retirer de la production au profit des plus gros du centre du Québec et fait grimper artificiellement la valeur des fermes à tel point qu’elles deviennent pratiquement intransmissibles à la relève familiale et aux jeunes. De plus, contrairement à ce qui se fait ailleurs au Canada, les Offices de producteurs, sous le contrôle des Fédérations de l’UPA, n’autorisent pratiquement aucune production ni mise en marché hors quota dans les productions concernées, ce qui interdit toute vente locale de ces produits par des petits fermiers de proximité.

Autour de moi, à Saint-Germain, je suis entouré de sept étables laitières vides : il y avait 18 fermes laitières quand je suis arrivé dans ce village en 1975 : il en reste trois et demie. Comment nos étudiants peuvent-ils affirmer innocemment que la gestion de l’offre préserve nos fermes familiales ?

Deux raisons expliquent ces effets pervers de la gestion de l’offre telle que gérée par les Fédérations de l’UPA. La première, c’est le coût élevé des quotas, vendus à l’encan au lieu d’être distribués gratuitement et équitablement (comme au début) à la relève, aux producteurs de toutes les régions, aux petites fermes qui occupent le territoire, aux fermes écologiques qui préservent le territoire, aux fermes qui veulent faire de la transformation, et d’autoriser un pourcentage de production hors quota pour la mise en marché de proximité. La deuxième, qui explique la première, c’est que, en raison du monopole syndical illimité que détient l’UPA, ce ne sont pas les producteurs concernés eux-mêmes qui gèrent les plans conjoints sous gestion de l’offre, mais les Fédérations syndicales de l’UPA, lesquelles sont naturellement contrôlées par les gros et les dirigeants supérieurs, qui préservent leur chasse-gardée… et leurs prélevés ! En refusant tout changement, l’UPA ne préserve pas les fermes familiales, elle les condamne à disparaître et à voir leurs terres rachetées par des méga-fermes ou des Fonds d’investissement, qui n’ont plus rien de familial.

Si les professeurs de ces jeunes étudiants les avaient référés à l’étude que vient de publier l’Union paysanne sur le sujet (unionpaysanne.com), ou simplement au Rapport Pronovost, ils auraient pu faire preuve d’un peu plus d’esprit critique et de réalisme, ce dont nous avons bien besoin pour comprendre ce qui arrive à notre agriculture.

Roméo Bouchard

Saint-Germain