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La rivière gruge sa terre

RIVIÈRE-OUELLE – Le 29 octobre dernier, de forts vents combinés à de fortes marées faisaient gonfler la rivière Ouelle, allant jusqu’à gruger une partie des terres qu’elle traverse. Pierre Lizotte, propriétaire de la Ferme La Jongleuse à Rivière-Ouelle, habite à son embouchure. C’est avec impuissance qu’il du assister à ce triste spectacle.

Lorsqu’on se retrouve sur les terres de Pierre Lizotte, là où la rivière Ouelle et le fleuve Saint-Laurent se rencontrent, il est difficile de ne pas être estomaqué par la beauté du paysage. Malheureusement, ce décor de rêve s’érode de plus en plus et amène bien des inquiétudes à son propriétaire.     « J’ai la ferme depuis 1995 et j’ai toujours vu ça se dégrader. En moyenne, je perds de 3 à 4 pieds de terrain par année. Cette année, j’en ai perdu 10 », de s’exclamer le propriétaire de La Jongleuse à Rivière-Ouelle.

Depuis qu’il s’est porté acquéreur de la ferme il y a 20 ans, Pierre Lizotte a signé une dérogation à trois reprises pour permettre à Hydro-Québec de déplacer un de ses poteaux qui devenait toujours plus vulnérable à la montée des eaux. C’est dire à quel point la rivière Ouelle est de plus en plus gourmande. Chaque fois qu’elle déborde, elle amène son lot de débris avec elle : bois, bouteilles, vieux plastiques, sacs d’épicerie, etc. « Le mois passé, on a mis quatre jours à tout ramasser et on a eu besoin de deux tracteurs pour fournir à la tâche. Ce sont des problèmes avec lesquels on apprend à vivre, mais ce n’est pas l’idéal », dira-t-il, avec résilience.

Aboiteaux

Pierre Lizotte n’est pas ingénieur, mais il comprend bien la Ouelle, surtout dans son secteur. Située sur la rive nord de la rivière, la Ferme La Jongleuse fait face à un aboiteau qui se trouve du côté sud. Ce dernier a ses avantages et ses inconvénients. « C’est bon pour les producteurs qui possèdent ces terres-là, car elles ne sont plus envahies par l’eau. Mais naturellement, quand l’eau montait dans la rivière, c’est là qu’elle allait. Aujourd’hui, l’eau monte de mon côté parce que l’aboiteau fait son travail de l’autre côté », de déclarer Pierre Lizotte.

De plus, l’accumulation de sable qui se fait au fond de la rivière Ouelle n’aide pas.

« La rivière est de moins en moins profonde, mais elle élargit toujours. C’est comme ça qu’elle gagne du terrain », ajoutait-il.

Enrochement

Devant les sautes d’humeur de la Ouelle dans ce secteur, un seul remède : l’enrochement et le reboisement des berges. Mais la facture, elle, est toute aussi salée que l’eau du fleuve à proximité. « Il y a 10 ans, j’ai réuni des biologistes, des gens du Ministère de l’Environnement, d’Environnement Canada, de l’UPA et de la municipalité, pour qu’ils participent à un plan d’enrochement. Le premier plan était sorti autour de 200 000$ pour seulement la moitié des terres touchées. Ils n’ont jamais donné suite », d’indiquer Pierre Lizotte, qui avoue comprendre la municipalité de Rivière-Ouelle, qui est déjà dans la même situation avec certains chemins.

Bref, il en revient ainsi à chaque agriculteur de régler sa situation, puisque Pierre Lizotte n’est pas le seul de Rivière-Ouelle à être touché. En effet, au cœur du village, là où les méandres de la rivière sont très prononcés, certains producteurs auraient jusqu’à 18 pieds d’enrochement à faire pour éviter l’érosion de leurs terres. Et normes environnementales sévères obligent, le type de roche utilisé et les travaux eux-mêmes ne peuvent être exécutés par les agriculteurs. « On parle beaucoup de l’importance de l’environnement, mais la terre grugée, c’est une source de pollution », de manifester Pierre Lizotte, visiblement déçu du manque d’appui des agriculteurs dans cette situation. « En Gaspésie, un monsieur a perdu son puits à cause de l’érosion des berges. Nous, dans la tête des gens, c’est peut-être juste des champs, mais quand la rivière nous gruge, on doit reculer pour respecter les normes et notre rendement est affecté. C’est quand même de notre revenu dont il est question. »