Dramaturge prolifique et metteuse en scène, Melissa Bouchard présente cet été avec Le Théâtre de La Bacaisse, sa plus récente création, La Ruse, au Théâtre des Prés de Saint-Germain. Son parcours théâtral est déjà impressionnant. Derrière son masque d’Arlequin se trouve une jeune femme talentueuse, dynamique et passionnée par son métier.
On a choisi la terrasse de la microbrasserie Tête d’allumette de Saint-André pour l’entrevue. Comme la plupart des gens qui travaillent dans l’ombre, Melissa Bouchard peine toujours un peu à parler d’elle-même. Bien qu’on se connaisse depuis quelques années, elle m’avoue être stressée par ce foutu stylo qui s’agite sur les pages du calepin. Melissa n’a pas l’habitude d’être le personnage principal, même quand il s’agit de raconter sa propre histoire. Ce jour-là, le soleil, presque à son zénith, est un spot trop puissant pour éclairer la scène. Ouverture du rideau!
Acte 1
Melissa Bouchard est née à Saint-Pascal où elle a fait ses études primaires et secondaires avant de s’inscrire à l’Option théâtre du Cégep de La Pocatière. Elle a ensuite fait son baccalauréat et une maîtrise en théâtre à l’Université Laval.
Elle a commencé tôt à s’intéresser au théâtre. La première pièce qu’elle se souvient avoir vue a été Les grandes chaleurs, présentée en 2003 à La Roche à Veillon de Saint-Jean-Port-Joli. « Jeune, je voulais tout faire. Avec le théâtre, je peux tout faire. Je peux aller n’importe où, n’importe quand. »
Rapidement, elle réalise que ce n’est pas tant le jeu qui l’intéresse, mais la dramaturgie et la mise en scène. « En secondaire 3, je m’étais inscrite à la ligue d’improvisation, mais j’ai lâché après deux semaines », dit-elle. En revanche, en secondaire 4, elle écrit sa première pièce. « Couvent Beaudet, nouvelle génération », une comédie, parrainée par le club Optimiste, sera jouée lors de la première édition du Festival Bonjour La Visite de Saint-Pascal.
Acte 2
Aujourd’hui Melissa vit à Québec. L’amour pour sa région natale l’habite toujours. Depuis la terrasse ensoleillée de la microbrasserie, elle jette un regard sur le fleuve. Elle se perd dans une brève contemplation au bout de laquelle elle lance : « le Kamouraska, c’est le plus beau pays au monde. »
Melissa a fondé le Théâtre de La Bacaisse en 2014 avec Jocelyn Paré, Philippe Rivard, Marie-Pier Lagacé et Marie-Luce Gervais dans l’intention de créer ses pièces au Kamouraska. Par son théâtre, Melissa a tissé sa toile d’araignée entre la ville et la campagne. « Notre mandat est de faire vivre la région avec des spectacles ludiques alliant le burlesque et le drame », dit-elle.
À 28 ans, Melissa Bouchard a écrit une vingtaine de textes, dont la moitié ont été mis en scène. À sa 2e année de Cégep, elle a entre autres adapté la Farce de maître Pathelin, une pièce composée au Moyen-Âge, et écrit Camping pour les nuls, destinée au jeune public. Elle a aussi écrit L’affaire Kamouraska et Le fleuve de mon grand-père, deux pièces présentées à l’ancien Palais de justice de Kamouraska. Dans L’affaire Kamouraska, Melissa était aussi comédienne. C’est après cela et après avoir personnifié Le petit prince à l’université qu’elle a décidé de se consacrer à l’écriture et à la mise en scène.
Entracte
En parallèle avec ses études théâtrales à l’université, Melissa s’inscrit à des cours de psychologie. « À ce moment-là, je chevauchais entre la psycho et le théâtre », confie-t-elle. À sa 2e année, elle part visiter l’Europe. « Je n’ai pas écrit de pièce cette année-là », dit-elle. C’est en voyant La reine Margot au théâtre de La Bordée à Québec où elle travaille que la jeune femme comprend que le théâtre est vraiment ce qu’elle veut faire dans la vie. Au lieu d’attendre bien sagement que le ciel lui ouvre son rideau, elle fonde La Bacaisse avec ses amis. Elle pourra ainsi créer et produire ses œuvres.
Où la dramaturge trouve-t-elle son inspiration? « Je suis très ouverte à tout ce qui m’entoure », répond-elle. Pour Melissa Bouchard, l’écriture d’une pièce relève avant tout de la sensibilité et de la curiosité. « Il faut se laisser imprégner de ce que l’on observe, de la vie des gens », ajoute-t-elle.
Melissa a un faible pour l’Histoire. Elle raconte avoir commencé à s’intéresser au terroir en lisant le roman d’Arlette Cousture Les filles de Caleb. Bien qu’elles demeurent actuelles dans leur forme et leur contenu, ses productions s’inspirent librement d’éléments historiques. En 2014, La Truie nous transportait dans un cabaret, en 1948. En 2015, La Brute imaginait une course à l’or noir au Bas-Saint-Laurent en 1903. Cette année, La Ruse s’articule autour d’une intrigue policière touchant le monde politique en 1880. Les mises en scène sont chaque fois parsemées d’anachronismes volontaires et de clins d’œil à l’actualité dans le but avoué de faire rire le public.
Toujours assise à la terrasse, pendant que le soleil lui fait plisser les yeux, Melissa Bouchard fait l’inventaire des différentes pièces qu’elle a écrites et produites pour les jeunes, pour le Centre-Femmes et pour les personnes âgées du Manoir du Verger de Saint-Augustin-de-Desmaures où elle dirigeait des comédiens de 65 à 92 ans. Cette pièce lui a permis de se réconcilier avec la vieillesse. « Le fait de vieillir me rend triste; l’idée de perdre ses facultés aussi. Je trouve que le temps passe tellement vite », lance-t-elle. Melissa fait une pose et jette un regard sur le fleuve comme si elle scrutait l’éternité dans son étendue. Elle ajoute : « À les voir si vivants et pleins de projets, j’ai réalisé que vieillir c’était juste la vie qui était différente. »
Acte 3
De son mémoire de maîtrise, Melissa a produit Les frères Velivolum, une œuvre inspirée du cinéma muet à mi-chemin entre le théâtre, la danse et la musique, montée à Québec en 2014. « On l’a rejouée au Festival de théâtre de l’Université Laval au printemps 2016 et au Festival d’été de Québec », dit-elle. Le spectacle sera à nouveau présenté au Cercle, à Québec, le 23 octobre et en novembre à L’Espace La Risée à Montréal.
Pour la suite des choses, Melissa a déjà commencé à travailler à sa prochaine création pour l’an prochain. Elle consacre toujours trois ou quatre mois à la recherche avant de s’attaquer aux dialogues. Melissa aimerait bien aussi que ses pièces soient jouées ailleurs au Québec, voire à travers le monde. Pour ceux qui auraient raté La Truie, il y a deux ans, elle reviendra à Saint-Germain pour les cinq ans de La Bacaisse. Soyez patients…
Comme l’entrevue s’achève, les autres membres de la troupe arrivent et s’installent à une table voisine de la nôtre. Une courte détente avant la représentation du soir. J’en connais déjà plusieurs. On se salue. On échange quelques mots. Puis je laisse Melissa en leur compagnie. Ils ne s’en doutent pas, mais à plusieurs moments de notre rencontre, elle a exprimé toute sa reconnaissance à leur endroit. « J’ai une équipe fabuleuse », disait-elle.
