Nathalie (nom fictif) était une jeune fille pleine d’entrain aspirant à découvrir la vie et à devenir financièrement autonome. À 18 ans, elle décide de tenter l’aventure du marché du travail.
Durant plusieurs années, elle prend de l’expérience dans différents emplois : serveuse aux tables dans la restauration, commis de vente au détail, commis de bureau, etc. Elle essaie plusieurs métiers différents, mais aucun ne semble lui convenir. Plusieurs années plus tard, elle décide de faire un retour aux études dans une discipline pour laquelle elle s’est découvert une passion, le travail social.
De belles études, de beaux rêves… Mais voilà qu’à la suite de l’obtention de son diplôme, elle n’arrive pas à se dénicher un emploi malgré toutes ses démarches. Ses expériences de travail seraient-elles trop diversifiées ? Les employeurs potentiels craignent-ils un manque de stabilité ? N’ayant plus droit à l’assurance-emploi, elle ne sait que faire et se résigne à faire une demande d’aide sociale, qualifiée d’aide de dernier recours, de mesure d’aide temporaire. C’est le début de la dégringolade de Nathalie…
Pour arriver à payer son loyer, elle vend sa voiture, mais la solution du problème est temporaire. Espérant améliorer son sort, diminuer ses frais de logement et dénicher un emploi, elle décide de quitter la ville pour s’installer à la campagne, dans un petit village de la MRC de L’Islet. N’ayant plus de moyen de transport, elle peut difficilement se déplacer pour des entrevues d’emploi et elle est incapable de se payer des vêtements seyants qui lui permettraient de mieux paraître lors d’une entrevue.
De plus, comment bien se préparer à une entrevue lorsqu’on se lève le matin et que le réfrigérateur est vide ! Et lorsque les employeurs lui demandent de quoi elle vit et qu’elle répond qu’elle est bénéficiaire de l’aide sociale, elle les sent se fermer instantanément. Difficile dans de telles situations de garder le moral, elle se sent dévalorisée, inutile et seule…
Pour ajouter à son calvaire, Nathalie doit faire de l’autostop pour faire ses courses, car elle habite à l’extérieur du village, et plusieurs fois, elle s’est fait offrir d’utiliser son corps pour se faire un peu d’argent. On a même déjà cogné à sa porte pour lui demander ses services ! Bonjour les préjugés !
Ayant frappé un mur, Nathalie a fait appel à différents services d’aide offerts par des organismes communautaires. Elle doit même se résoudre à demander des dépannages alimentaires pour être capable de se nourrir. On lui offre de participer à divers groupes d’entraide, des programmes d’aide à la recherche d’emploi auxquels elle a adhéré plusieurs fois, ou des groupes de cuisines collectives. Mais, solitaire et découragée, il est difficile pour elle de joindre un groupe pour cuisiner, elle préfère de loin faire la cuisine chez elle! Et voilà l’impasse…
Selon la charte des droits et libertés, « Toute personne dans le besoin a droit, pour elle et sa famille, à des mesures financières et à des mesures sociales, prévues par la loi, susceptibles de lui assurer un niveau de vie décent. » Peut-on vraiment atteindre ce niveau de vie lorsque le montant reçu de l’aide sociale ne couvre même pas les dépenses de logement, d’habillement et de nourriture?
Pour ceux et celles qui croient que les gens sur l’aide sociale sont bien et payés à ne rien faire, détrompez-vous ! Ils ne peuvent se permettre aucun loisir, aucune sortie, aucune gâterie, ils sont jugés et catégorisés, ils se sentent dévalorisés, seuls et incompris. Obligés de raconter leur histoire chaque fois qu’ils demandent de l’aide, ils vivent dans une misère quotidienne et il ne leur reste que leur instinct de survie… Et personne n’est à l’abri d’un malheur qui survient et qui oblige à demander de l’aide… Soyons donc compréhensifs et n’oublions pas que nous avons rarement en main toutes les données pour porter un jugement.
Isabelle Bourgault
Coordonnatrice
Maison de la Famille de la MRC de L’Islet
Pour le GRAP Montmagny-L’Islet
