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Les journaux du Québec ont besoin d’aide pour poursuivre leur virage numérique

Réunie en coalition, une majorité d’éditeurs de journaux du Québec demande à l’État de créer un programme d’aide pour poursuivre le virage numérique imposé par la multiplication des plateformes.

Directeur du Quotidien Le Devoir et porte-parole de la Coalition dont fait partie Le Placoteux via Hebdos Québec, Brian Myles explique que les revenus publicitaires vont de plus en plus dans les poches de multinationales américaines comme Google ou Facebook au détriment des journaux québécois. « Les médias papier traditionnels ne sont pas des dinosaures qui ont laissé passer le train de la révolution. On a tous entrepris le virage numérique », dit-il en entrevue téléphonique.

Les journaux sont conscients qu’ils doivent aller chercher de nouvelles clientèles mobiles, dit-il. Pour Brian Myles, la difficulté des médias québécois face au virage numérique provient surtout de la baisse des revenus publicitaires. « On gère une décroissance du placement publicitaire traditionnel. Les revenus numériques sont en croissance, mais ils sont captés par des multinationales étrangères », insiste le directeur du Devoir.

Débat démocratique

« Les médias imprimés sont ceux qui ont le plus souffert de la révolution numérique, mais ce sont aussi ceux qui contribuent le plus au débat démocratique. On enlève les médias imprimés et on prive la presse électronique (la radio) d’une source première d’information », selon M. Myles. La coalition croit qu’il faut sauver cette presse parce qu’elle a une valeur essentielle pour la société démocratique.

« Nos quotidiens et nos hebdos sont importants pour préserver la diversité des voix, enrichir le débat d’idées et accompagner des communautés de lecteurs dans leur quotidien », affirme Brian Myles.

Devant cette réalité, la Coalition demande au gouvernement du Québec de mettre sur pied un programme d’aide financière temporaire de cinq ans pour les journaux du Québec. Elle réclame ce soutien sous la forme de crédit d’impôt remboursable couvrant la masse salariale et les investissements numériques. « L’aide que l’on demande est transitoire et destinée à faire le virage numérique », insiste Brian Myles.

Taxe sur le recyclage

La Coalition demande aussi d’en finir avec la taxe sur le recyclage pour l’industrie des journaux qui, selon M. Myles, a augmenté de 1 000 % en dix ans, de même que l’abolition des taxes de vente pour les journaux vendus. Enfin, les éditeurs réclament une augmentation significative des placements publicitaires gouvernementaux dans les journaux québécois.

Selon le porte-parole, en misant sur des critères de quantité plutôt que de qualité, le gouvernement ne tentera pas de s’immiscer dans le contenu rédactionnel. « On s’est doté de principes de rigueur dans le traitement journalistique au fil des ans. On préserve notre crédibilité quand on préserve la séparation entre le contenu rédactionnel et la publicité », dit-il.

La Coalition regroupe les journaux membres d’Hebdos Québec, le Quotidien Le Devoir, les journaux de Capitales Médias et de Transcontinental. Cette démarche démontre, selon Brian Myles, « qu’on est capable de s’entendre sur un objectif commun. » On compte deux absents : Québecor et La Presse +. « Notre coalition est ouverte et il y a de la place pour les autres », conclut Brian Myles.