Les opposants « choqués » et non surpris par la fuite sur la stratégie de TransCanada

CÔTE-DU-SUD – Les opposants au projet d’Oléoduc Énergie Est de TransCanada se disent plus « choqués » que « surpris » de la stratégie de communication mise au grand jour dans les médias nationaux, pour faire accepter socialement le projet.

« Nous aurions vraiment préféré des débats publics francs et ouverts plutôt que cette guerre sournoise », soulignait Odette Lussier, de Stop-Oléoduc Montmagny-L’Islet. « Comment les citoyens pourront-ils à présent croire qu’une lettre d’opinion publiée dans les journaux vient réellement d’une personne favorable au projet? Ne l’aura-t-elle pas écrite simplement pour être payée? ». À Stop-Oléoduc Kamouraska, Simon Côté renchérit. « Quand je vois TransCanada capable de payer des partisans, je demande aux gens à qui faites-vous confiance ? Il y a tellement d’argent là-dedans. Ils sont prêts à tout ».

Stratégie agressive

Rappelons que l’on apprend dans ces documents, produits par la firme Edelman, dont certaines des stratégies ont déjà été mises en place, que l’idée de créer de toutes pièces en 2014 une mobilisation citoyenne pour le projet a été transmise à TransCanada, stratégie qui amènerait quelque 35 000 personnes à commenter favorablement sur les blogues, articles de presse, en écrivant des lettres aux journaux et en publiant des messages sur Facebook et Twitter, entre autres.

Les documents prescrivent, entre autres, que s’allier à des personnalités influentes connues comme le maire de Montréal Denis Coderre serait « une bonne idée », tout en suggérant que les médias locaux ont une importance particulière pour TransCanada, puisqu’ils reflètent les préoccupations des populations locales, ce qui n’est pas le cas dans les médias nationaux.

TransCanada réplique

« Il est impératif de comprendre que TransCanada n’a jamais payé quiconque pour appuyer le projet Oléoduc Énergie Est, et que cette pratique n’est pas non plus recommandée par Edelman. Ceux qui ont obtenu notre stratégie ont faussement interprété un coût d’achat de bannières publicitaires destinées à diriger le public vers notre site Web de Réseau d’action Énergie Est », a souligné, quelques jours après la divulgation des documents, le porte-parole Tim Duboyce.

« Nous effectuons de la recherche pour comprendre ce que les opposants disent de notre projet ainsi que l’information qu’ils partagent au grand public. Cette recherche repose entièrement sur des documents et des commentaires publics. Cela nous permet de mieux prendre part au débat en donnant aux médias, aux gouvernements, aux chercheurs, aux partenaires industriels et aux membres de la communauté de l’information factuelle sur le projet. Aucune recherche n’est faite sur des individus ».

Les scientifiques de St-Bruno?

Dans le document stratégique de TransCanada livré au grand jour la semaine dernière, la firme de communications cible cinq régions potentiellement sensibles, dont… Saint-Bruno-de-Kamouraska.

On peut y lire ce qui suit : « Destination touristique importante de la région. Les résidents qui ont choisi d’y vivre ont une « haute sensibilité environnementale », écrit TransCanada. Beaucoup de scientifiques, surtout de l’Université Laval, y ont une résidence secondaire. Par ailleurs, il y a eu plusieurs tremblements de terre dans le secteur, ce qui inquiète ».

Contacté par Le Placoteux, le maire Roger Lavoie voulait remettre les pendules à l’heure. « Nous avons fait un saut », admet monsieur Lavoie. Il s’explique mal qu’une communauté de scientifiques de l’Université Laval aurait un pied-à-terre à Saint-Bruno. « Première nouvelle! Peut-être que sporadiquement, certains se rendent sur des lots à bois leur appartenant, mais sinon… ».

Qui plus est, le maire précise que Saint-Bruno n’est pas plus une région sujette aux tremblements de terre qu’ailleurs. « C’est de valeur que l’on soit ciblé ainsi. Peut-être parce que l’oléoduc passerait près du village, au sud. Lors de la présentation de TransCanada, il n’y avait pas de forte présence de résidents saisonniers », a-t-il indiqué.

Oléoduc : nos territoires divisés

Les municipalités de notre territoire touchées par le passage du pipeline Énergie Est de TransCanada sont pour le moins divisées.

Rappelons qu’en février, la MRC de L’Islet a adopté une résolution d’opposition au projet. En août dernier, le maire de Montmagny et son conseil adoptaient une résolution qui donne un avis favorable à la Commission de protection du territoire agricole du Québec, afin qu’Oléoduc Énergie Est puisse construire et faire passer sa canalisation sur le territoire municipal. Cette recommandation est conditionnelle au paiement par Énergie Est d’une juste compensation auprès des propriétaires fonciers concernés, à l’assurance par Énergie Est que la sécurité des citoyens et de l’environnement magnymontois seront préservés et à l’intégration de la Ville de Montmagny au plan d’intervention ou plan des mesures d’urgence d’Énergie Est advenant une défectuosité survenant sur le territoire de Montmagny.

Quant à la MRC de Kamouraska, le mois dernier, les maires ont adopté une résolution incluant une dizaine de conditions, considérant les nombreux questionnements suscités notamment en regard de la compatibilité du projet avec le développement du Parc régional du Haut-Pays et la présence de marais sur le territoire.

Voici quelques exemples des conditions émises : que le tracé de l’oléoduc n’entraîne pas de contraintes majeures à l’aménagement du territoire, que l’on considère essentielle une recommandation favorable du BAPE, que l’on obtienne des garanties fermes au sujet de la sécurité, que l’on exige la mise en réserve par le promoteur d’une sécurité financière pour la remise en état des lieux en cas de déversement, que l’on exige l’installation sur l’oléoduc de deux valves (avant et après) lors de traverses de cours d’eau afin de minimiser les impacts des déversements et que l’on exige une compensation initiale et annuelle pour la perte de la valeur d’une propriété.