LA POCATIÈRE – Monseigneur Yvon Joseph Moreau a connu deux des moines dont l’histoire est racontée dans le film « Des Hommes et des Dieux ». Lundi soir dernier, 15 ans après les événements, il a assisté à la projection de ce long-métrage au cinéma Le Scénario de La Pocatière. Il a ensuite livré un témoignage émouvant.
Durant les années 1990, huit moines cisterciens vivent en harmonie avec leurs frères musulmans dans un monastère perché dans les montagnes du Maghreb. La terreur s’installe dans la région le jour où une équipe de travailleurs croates est massacrée quelques jours avant Noël par un groupe islamiste.
Les moines refusent la protection de l’armée et, devant la menace grandissante qui pèse sur eux, se demandent s’ils doivent retourner en France. Leur volonté de rester est plus forte que la peur.
Primé à Cannes, ce film réalisé par Xavier Beauvois, s’inspire librement de la vie de ces moines de Tibhirine en Algérie, de 1993 jusqu’à leur enlèvement en 1996. Neuf moines se trouvaient dans le monastère lors de la visite des Islamistes. Sept d’entre eux seront assassinés, à part deux qui auront réussi à se cacher.
Le silence
Lorsque les lumières s’allument, un silence pèse lourd sur les spectateurs. Le film renvoie chacun à ses propres interrogations. L’ancien abbé d’Oka s’approche discrètement, prend le micro pour partager ses impressions. Visiblement, ce film a été un choc pour lui.
« On ne sait pas comment ils sont morts et qui est responsable de leur mort », raconte Mgr Moreau. Seules les sept têtes ont été retrouvées. L’enquête, toujours en cours, n’a pas permis de retrouver les corps, ni d’établir les circonstances.
Au delà des événements troublants, Mgr Moreau retient toute la symbolique du don à l’intérieur de ce film. Pour lui, ces hommes ont donné leur vie à Dieu, à l’Algérie, à ce peuple. « Ils étaient très proches des gens et c’est ce qui les a incités à ne pas partir », dit-il.
Un frère martyr
Mgr Moreau a connu les frères Christian et Jean-Pierre. Dans un texte rédigé à l’époque, il dit considérer Dom Christian comme un ami. « Les Algériens le pleurent comme on pleure un frère », écrivait-il alors.
Pour Mgr Yvon Joseph Moreau, ces moines sont des martyrs. « Ils étaient des hommes de cœur, de foi et d’espérance », ajoute l’ancien abbé.
Selon Mgr Moreau, des gens habitent encore ce village. Il n’y a pas eu d’autres moines qui ont résidés en permanence au monastère, bien que le souhait demeure présent.
