La littérature et la bande-dessinée
Je suis le bédéiste récipiendaire du prix littéraire Philippe-Aubert-de-Gaspé 2012 et je réponds à la lettre d’opinion de Monique Miville-Deschênes publiée la semaine dernière.
Cette charge contre la bande dessinée et ses auteurs (écrivains et illustrateurs), et par ricochet contre ses lecteurs, les libraires, le jury, etc., témoigne d’une méconnaissance du 9e art qu’est la BD.
Au cinéma, si l’histoire est morne, le film le sera aussi. Il en va de même pour la BD : une bonne histoire faiblement dessinée est plus intéressante à lire qu’une autre au graphisme maîtrisé, mais desservant un texte mal construit.
Plus dessinateur qu’auteur? Quand le récit — par son découpage, sa mise en scène et ses dialogues — s’intègre parfaitement au médium, le dessinateur a alors rempli son mandat : la fluidité de lecture. Réalisateur et interprète au service du texte, il en est l’expression.
Mépriser la bande dessinée revient à mépriser le théâtre, le cinéma et ultimement la littérature! Quelques faits : Si on additionne le nombre de phylactères contenus dans une BD, on obtient… une nouvelle; La BD donne le goût de la lecture et fait partie du programme de lecture dans bien des écoles; Steven Spielberg vient d’adapter Tintin au cinéma; René Goscinny, scénariste d’Astérix et du Petit Nicolas, entre autres, est décédé il y a 35 ans. Il demeure un des auteurs les plus lus au monde.
S’il vivait aujourd’hui, Philippe Aubert de Gaspé, avec son imagination et son esprit structuré (à preuve ses descriptions détaillées dans Les Anciens Canadiens), serait probablement une sommité recherchée pour les adaptations cinématographiques et dessinées.
Je rêve d’une interprétation de son œuvre en BD par Hermann (Les Tours de Bois-Maury), un auteur louangé par Polanski, ou encore par Loisel (Magasin général). Le roman du dernier seigneur local est du domaine public et n’échappera plus très longtemps à l’attention d’un bédéiste.
Je clos ma petite « montée de lettres » par un rendez-vous en 2013 au prochain salon, là où, via de nouveaux textes masqués par de sombres dessins, je répondrai par la touche de mes crayons!
Michel Grant
