À l’attention de Monsieur le Ministre [Réjean Hébert, Santé et des Services sociaux],
Les résidents, les résidentes et leur famille sont convoquées au Centre Thérèse-Martin à une rencontre importante. On ne sait ni le sujet ni le programme : le nouveau directeur général du CSSS de Kamouraska annonce la fermeture du centre, car semble-t-il, l’édifice ne répond plus aux normes gouvernementales. Pourtant de nombreuses rénovations ont été effectuées, à grands frais, ces dernières années.
Surprise, stratégie ou subterfuge, peut-être les trois sont employés. Le personnel ayant appris la nouvelle était soumis à la loi du silence vis-à-vis les résidents et leur famille. La crainte, la révolte, l’insécurité et l’angoisse animent chacun, chacune. Où va-t-on déménager cette quarantaine de personnes qui ont choisi le Centre Thérèse-Martin pour leur dernière demeure ?
Peut-on dire la vérité et les bonnes raisons de cette fermeture ? Ce n’est pas l’édifice qui est non-conforme, mais bien les critères exigés qui sont les mêmes en milieu rural quand milieu urbain et pourtant la réalité est différente. La densité de la population, la distance entre les centres d’hébergement, les moyens de transport, etc. sont des éléments de cette différence.
On dit que l’argent récupéré sera redistribué en service à domicile. On ne ferme pas un service pour en mettre un autre sur pied, les deux sont essentiels. Les personnes en CHSLD doivent être prises en charge de façon sécuritaire par une ressource gouvernementale ; l’aide à domicile est un support à la personne afin de prolonger son autonomie à la maison et l’entreprise privée est-elle la solution ?
Ma fille a quarante et un ans, vit avec une déficience intellectuelle, ses besoins sont similaires à ceux d’une personne atteinte d’un AVC sévère auquel il faut ajouter les besoins liés à sa déficience. À l’âge de douze ans, elle est entrée en centre d’accueil D.I. qui logeait une quarantaine de personnes réparties en pavillon selon l’âge des bénéficiaires. Quelques années plus tard, de petites résidences (duplex) furent mises sur pied en accueillant quatre personnes chacune. Le personnel et l’administration relevaient du ministère et du CSSS. Ce projet jugé trop couteux fut abandonné. Pour la même clientèle, on met sur pied un PPP avec un couple responsable de répondre à l’ensemble des besoins des bénéficiaires (cuisine, surveillance et hygiène). Au moment de renouveler le contrat, la partie privée se désiste. On change de personnel et une entente partenariale est signée sans durée fixe. On change encore de milieu, de personnel, et cela pour quelques mois seulement. Ceci démontre bien que les ententes avec le privé, quand le privé décide de changer de cap, ne règlent pas tout, cela nous laisse encore en situation de crise que l’on n’a pas vu venir. Le lien de confiance n’est plus.
Nous apprenons qu’on envisage de déménager notre fille à plus de deux cents kilomètres de chez nous. Profondément lésés dans notre besoin de garder un contact régulier avec Caroline, une demande d’hébergement est faite en CHSLD, elle est acceptée au C.T.M..
À première vue, le foyer pour personnes âgées n’est pas un choix, mais une obligation. Ce n’est pas facile au début, on évalue les besoins, on s’apprivoise mutuellement, une chimie s’installe et aujourd’hui Caroline semble heureuse dans son milieu de vie adapté à ses besoins. Notre devoir est de choisir le bien-être, à tout le moins d’empêcher l’augmentation du mal-être.
Redéfinir de nouvelles structures en ne tenant pas compte de la qualité des services offerts et du bénévolat que l’on peut obtenir dans un milieu comme le nôtre. On nous assène des normes mur à mur, si elles sont applicables dans les grands centres, elles ne sont pas du tout la solution pour des milieux ruraux comme le nôtre. Et quand on dit que l’être humain doit être au cœur de nos préoccupations, le croit-on vraiment ? A-t-on pris la peine de mesurer les impacts d’une telle décision pour la santé émotive des personnes hébergées. Les citoyens ruraux seront-ils éternellement soumis aux mêmes règles que s’ils habitaient une grande ville ?
Serait-il possible de consolider les services existants au lieu de recommencer et de recommencer ? Un moratoire apporterait un répit et permettrait une étude plus approfondie des réalités rurales.
Merci de considérer cette réalité du recommencement et d’y voir une profonde inquiétude pour les personnes vieillissantes et leur famille.
Recevez monsieur le ministre mes meilleures salutations,
Nicole Audet
Saint-Roch-des-Aulnaies
c.c : Madame Pauline Marois, première ministre
c.c : Monsieur Norbert Morin, député Côte-Sud
c.c : Le Placoteux
c.c. : Le Soleil
c.c. : Journal de Québec
