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Place aux lecteurs: Mot de M. Claude Roy, ex-député de Montmagny-L’Islet

Y a-t-il une vie après la politique ?

Je me souviens que lors du passage de la commission itinérante sur le potentiel d’une nouvelle carte électorale, j’avais reconnu le travail de mon prédécesseur qui était alors M. Norbert Morin, en disant que le travail de député peut parfois, et même très souvent, être mal reconnu, que les sacrifices faisaient partie de cette vie de politicien que les gens ne reconnaissent que très rarement.

Plusieurs personnes me disaient comment M. Morin l’avait pris personnel, alors que c’était la conjoncture électorale qui avait joué contre lui, tout comme cette fois contre moi.

La drogue éditorialiste que l’on nous injecte chaque matin, chaque jour qui passe, laisse des traces. Une caricature, dont les gens rient nous brise le cœur, celui de nos proches et celui de nos amis.

Un article de journal souvent anodin nous redonne le courage de corriger la situation, afin de confronter les adversaires avec sérénité. 

Il n’y a que très peu de place pour l’émotion, car la carapace, qui nous envahit jour après jour, blinde notre idéologie en nous rendant parfois cyniques avec la vie.

Le regard méfiant et inquisiteur des gens qui ne sont pas de la même allégeance que vous, vous pousse à devenir meilleur à leur endroit. Vous en faire des amis est chose impossible et c’est à regret que j’en fais le constat : il vous ferme leur cœur sans même vous connaître.

Après la défaite, il y a le questionnement, les interrogations et les nuits blanches. Il y a les journaux que vous ne voulez plus lire, de peur d’avoir encore plus mal donc, vous les lisez en cachette tel un alcoolique en manque.

Il y a le regard souriant des gens qui sont heureux de votre défaite et les autres déçus de vous voir partir. Il y a les gens qui vous ont découvert avec le temps et les autres qui n’ont jamais cessé de vous détester, sans que vous n’ayez pourtant rien fait de répréhensible.

J’avais des amis d’enfance qui ont partagé mes moments d’euphorie et d’autres qui se sont réjouis lors de ma défaite.

Quoi qu’il en soit, je veux continuer à les considérer comme des amis. La vie de politicien est une vie extraordinaire, non pas pour la gloire, mais bien pour ce qu’elle vous apprend ; je regrette seulement d’avoir commencé trop tard.

Je n’aurais jamais pensé que la passion de la politique aurait supplanté ma passion pour la pêche, la chasse et la nature.

Vous souhaitez pouvoir enfin fermer les yeux afin de jouir d’une vraie nuit de sommeil, mais les textes de loi vous envahissent, les rencontres multiples vous manquent et le contact avec le public n’occupe plus vos journées.

Je vous comprends maintenant M. Morin. Je veux vous souhaiter la meilleure des chances et au plaisir de refaire une campagne ensemble pour l’avenir du Québec. 

Claude Roy
Ex-député de Montmagny L’Islet
Candidat de l’Action démocratique du Québec