Place aux lecteurs: S’unir plutôt que se diviser pour les îles du Kamouraskaadmin20140927

« Les îles : produit d’appel du Kamouraska ou de Rivière-du-Loup? »  Ce titre qui coiffe un article de l’édition du 24 septembre dernier du Placoteux m’a fait à la fois sourire et réfléchir. On se disputerait maintenant pour déterminer si les îles sont plus kamouraskoises que louperivoises! On argumente que l’île-aux-Lièvres et celle du Pot-à-l’eau-de-vie ne sont accessibles que par le quai de Rivière-du-Loup. On rétorque que c’est la faute du gouvernement fédéral qui a jadis détruit le quai de Saint-André!

Selon la géographe Lorraine Guay, il y aurait environ 2 700 îles sur le Saint-Laurent entre l’exutoire du lac Ontario et l’Atlantique. La présence aussi importante d’îles est même une des caractéristiques du Saint-Laurent. Rares sont les cours d’eau dans le monde qui comptent autant d’îles, îlots et rochers. Il devrait donc en avoir assez pour tout le monde, qu’on soit de Kamouraska ou de Rivière-du-Loup.

Là où les protagonistes de ce débat ont raison, c’est que les îles constituent une des grandes richesses de notre région. Elles possèdent une histoire passionnante qui est encore largement méconnue. Depuis qu’elles ont émergé de la mer il y a environ 8 000 ans, elles ont accueilli des Iroquoiens, on y a fait la première pêche commerciale aux bélugas, elles ont servi de port d’attache pour des navires qui faisaient la chasse aux baleines, on y a aménagé des stations de télégraphes optiques (sans électricité) pour avertir Québec de l’arrivée des vaisseaux ennemis, on y a construit des phares (puis on les a démolis), on y a fait de la contrebande d’alcool et, depuis toujours, on les a visitées pour leur grande beauté.

Plutôt que nous diviser, toutes ces richesses méritent que l’on s’unisse pour protéger les îles. Comme le célèbre écrivain français Jules Verne le faisait dans son roman « Famille-Sans-Nom » (1889), il ne faut pas hésiter à parler des îles « de la Rivière-du-Loup et de Kamouraska ». Pourquoi vouloir choisir entre les deux localités?

Aujourd’hui, alors qu’on s’apprête à transformer le fleuve en autoroute pour les pétroliers, toutes les villes et tous les villages du Bas-Saint-Laurent doivent se mobiliser pour protéger « nos » îles. Leur importance vitale pour la faune, notamment pour les oiseaux migrateurs, et leur apport incomparable à la beauté de notre paysage justifient qu’on laisse de côté les rivalités et les guerres de clocher.

Plutôt que de se diviser, nous devons tous faire front commun pour préserver les îles de cette nouvelle menace. Le pétrole, cette richesse des Albertains, ne doit pas menacer notre patrimoine historique, paysager et naturel.

Pierre Giard
Auteur de « Les îles de Kamouraska : une histoire au fil de l’eau », publié en juin 2014 à la Société historique de la Côte-du-Sud.
Kamouraska