SAINT-GERMAIN – Dans les années 1920 à 1940, le Gaspésien Esdras Minville a mis en place un modèle de développement prônant la libération économique et la décentralisation territoriale. Roméo Bouchard s’est intéressé à la pensée de cet économiste qu’il résume dans son plus récent livre : « La reconquête du Québec. »
Esdras Minville entreprit en 1938 de mettre en application le modèle de restauration économique et politique préconisant la prise en main locale et régionale de l’exploitation des ressources naturelles par et pour les communautés, au moyen du modèle coopératif.
Pour Roméo Bouchard, il est clair que ce modèle pourrait très bien s’adapter à la réalité d’aujourd’hui. « Il faut se réapproprier nos ressources naturelles, que ce soit les communautés régionales qui développent l’économie », dit-il.
À partir des années 1960, c’est le modèle industriel qui a pris le dessus au Québec. Les travailleurs deviennent salariés. « L’idéal, c’est que les gens produisent, pas qu’ils soient salariés », ajoute-t-il.
La décentralisation demeure l’enjeu principal pour Roméo Bouchard. « La Révolution tranquille n’a pas fait la décentralisation », constate-t-il. « On ne peut espérer un réel développement des régions tant qu’on ne leur donne pas une autonomie », poursuit monsieur Bouchard.
Sortir de l’ombre
Roméo Bouchard a donc décidé de faire sortir de l’ombre le grand penseur qu’était Esdras Minville à son époque. Il a relu ses écrits et interrogé des témoins de l’époque. Le livre qu’il a produit résume non seulement la pensée de cet homme, directeur des Hautes études commerciales (HEC) de 1938 à 1962, mais il s’en éclaire pour porter un regard sur le Québec moderne.
L’auteur termine son ouvrage en dévoilant les clés d’Esdras pour le Québec d’aujourd’hui, tant au chapitre de l’indépendance nationale, de la démocratie territoriale, de la réappropriation des ressources naturelles que de la redéfinition du développement.
Pour Roméo Bouchard, « nous devons tirer de nombreux enseignements de la pensée d’Esdras Minville qui reste visionnaire et inspirante, car elle offre plusieurs clefs pour le Québec de demain. »
Prise en main
« Réaliser la prise en main locale et régionale de l’exploitation des ressources naturelles par et pour le bien des communautés, au moyen du modèle coopératif, voilà le modèle hérité de Minville qu’il convient de restaurer », affirme monsieur Bouchard. Selon lui, « la planification du développement devra réconcilier économie, écologie et équité sociale, en collaboration avec les Premières nations, pour mettre fin à la mainmise d’une oligarchie sur les richesses. »
Comment la pensée de Minville peut-elle s’appliquer à une région comme le Kamouraska? Dans l’agriculture, répond Roméo Bouchard. « Les grands intégrateurs s’approprient les terres, la ressource est en train de nous échapper », constate-t-il.
Publié chez Écosociété « La reconquête du Québec – Esdras Minville et le modèle gaspésien » est un livre inspirant pour toute personne qui s’intéresse au développement régional et peut représenter un bel outil de réflexion pour les décideurs et les élus.
