RIVIÈRE-DU-LOUP — Le dernier long-métrage de Sébastien Pilote, « Le démantèlement », raconte l’histoire d’un éleveur d’agneaux qui vend sa ferme pour permettre à l’une de ses deux filles de garder sa maison et son niveau de vie alors qu’elle s’apprête à divorcer. Pour le réalisateur, c’est d’abord et avant tout un film sur le sacrifice et le don de soi.
« L’histoire du producteur agricole qui vend sa ferme est anecdotique », raconte Sébastien Pilote. L’idée, dit-il, c’était plutôt de montrer la fin de quelque chose. Il aurait pu mettre en scène un cordonnier qui range son marteau et son enclume que le message aurait été le même.
Néanmoins, le réalisateur, qui est aussi le scénariste du film, a choisi de planter sa caméra dans le quotidien d’un fermier à l’échelle humaine qui voit sa famille se démanteler.
Le portrait que Sébastien Pilote fait de ce drame tient parfois du documentaire tellement il est réaliste. Attention, prévient le réalisateur. C’est une illusion. Tout est construit. Tout est créé. D’avoir inclus des gens de la place comme figurants ajoute au réalisme.
« Tant dans Le vendeur, son remarquable film précédent, que dans Le démantèlement, une suite logique en quelque sorte, l’auteur-cinéaste parvient à circonscrire de façon magistrale l’état d’esprit d’une époque », écrivait dans La Presse, Marc-André Lussier.
« Pour moi, raconte Sébastien Pilote, la frontière entre la fiction et le documentaire est très poreuse. Tout ce qu’on fait peut être du documentaire d’une certaine façon. »
Le don de soi
« Autrefois, la société était basée sur la transmission du savoir, du patrimoine. Aujourd’hui, à peu près rien de ce qu’on consomme ne peut se transmettre. » Tout est jetable. Le film illustre bien cette réalité. Gaby, le père joué par Gabriel Arcand, vend non seulement sa ferme, mais aussi la maison ancestrale pour s’en aller vivre en ville dans un modeste appartement.
« Aujourd’hui, ce qui est au goût du jour, c’est qu’il faut faire ce qu’on aime. Quand tu fais ce que tu aimes, tu te sacrifies moins », dit-il. Or, dans ce long-métrage, le don de soi passe exclusivement par l’amour paternel. L’une des filles de Gaby est égoïste et se soucie peu de ce que vit son père. L’autre est égocentrique et s’en soucie parce qu’elle veut être aimée, parce qu’elle cherche son regard et son approbation.
Sortir de la ville
Parrain du festival « Vues dans la tête de Sébastien Pilote », présenté à Rivière-du-Loup, du 7 au 9 février dernier, le réalisateur de Chicoutimi s’était donné comme mission de proposer des films qui sortent des grandes villes. La programmation qu’il a élaborée pour l’événement se composait de films tournés en région.
« Pour moi, il est important d’occuper le territoire au niveau de l’imaginaire et pas seulement pour exploiter ses ressources naturelles », dit-il. « La culture n’est pas une spécialisation, n’est pas un domaine parmi d’autres, comme l’économie, par exemple », poursuit-il. Autrefois, raconte Sébastien Pilote, le religieux chapeautait tout. Aujourd’hui, on en a fait une spécialisation. Comme la culture. C’est l’économie qui chapeaute tout.
Sébastien Pilote croit en l’importance de faire vivre la culture en région. « Pour moi, dans le cinéma, ce qui est intéressant c’est quand il y a un effet de réminiscence, que ça nous ramène à des souvenirs, que ça nous ramène à notre mémoire. »
Aux Jutra
Le démantèlement a remporté le prix de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques (SACD), à Cannes, en 2013, il est en nomination dans sept catégories aux Jutra, dont celles du Meilleur film, de la Meilleure réalisation et du Film s’étant le plus illustré hors Québec.
Sébastien Pilote réagit à cela avec modestie. Ce qui lui fait plaisir, c’est quand le travail de proches collaborateurs est souligné. Il pourra donc se réjouir le 22 mars prochain à la cérémonie des Jutra puisque quatre d’entre eux sont sélectionnés : Gabriel Arcand (Meilleur acteur), Sophie Desmarais (Meilleure actrice de soutien), Gilles Renaud (Meilleur acteur de soutien), Michel La Veaux (Meilleure direction de la photographie).
« C’est flatteur et c’est bon pour le film, ça peut lui permettre de prendre son envol », dit Sébastien Pilote. En même temps, il essaie de s’en détacher. « On le prend quand ça passe, mais si ça n’arrive pas, il ne faut pas s’en faire avec ça. »
La diversité
« Le cinéma c’est la diversité », lance Sébastien Pilote. Certains films sont là pour nous divertir. D’autres pour nous raccrocher. C’est un art qui peut être très poétique, selon lui. « Je préfère des films qui divisent, qui ne plaisent pas à tout le monde. Je me suis toujours dit, si je fais un film un jour qui plait à tout le monde, je vais m’inquiéter. Ça voudra dire que j’ai fait quelque chose d’un peu plus paresseux. »
Sébastien Pilote déplore l’absence d’émissions consacrées au septième art au Québec. Cela permettrait de démystifier son langage, ses codes, son histoire. Au cinéma aussi, affirme le cinéaste, il y a de l’éducation à faire.
Quand les gens ont vu à la télé les Daniel Pinard ou Josée di Stasio parler de leur passion, ils se sont intéressés à une nouvelle cuisine. Même chose pour le vin et les bières de microbrasseries. « S’il y avait autant d’émissions de cinéma que d’émissions de cuisine, ce serait fantastique. »
