Déjà quatre semaines loin de mes proches. La dynamique des Québécois au service des Guatemaltèques est super bonne. Il y a de nouvelles personnes qui arrivent chaque semaine et le groupe s’agrandit. Nous sommes un groupe d’environ 60 personnes à travailler sur les chantiers que je vous ai énumérés dans mon article le mois passé. La plupart des gens viennent donner de leur temps cinq semaines, mais d’autres viennent pour quatre et parfois trois semaines. C’est plaisant d’apprendre à connaître des gens, mais c’est triste que sans même avoir la chance de solidifier l’amitié avec elles, d’autres personnes viennent les remplacer. C’est un éternel recommencement.
Pierre Mignault
J’ai travaillé quatre semaines à l’orphelinat Hogar Shalom. J’ai réalisé que c’était peu, comparé à ce que j’aurais aimé faire. Ici, tout comme dans notre vie personnelle, il faut regarder à long terme le résultat de nos réalisations. À mon départ, Bernarda la cuisinière et femme de ménage, m’a donné une lettre qu’elle a pris le temps de faire de ses mains « en espérant que Dieu te garde et qu’il te guide sur la bonne voie. Je te souhaite beaucoup de succès partout où tu vas. » Venant d’une femme de son âge vivant dans la pauvreté avec qui le moyen de communiquer était limité par mes connaissances restreintes de l’espagnol, nous échangions une accolade pleine d’amour chaque matin et en fin de journée. Je n’ai aucun orgueil de vous dire que j’ai pleuré comme une madeleine sachant que les chances sont minces que je revois cette femme.
La ville de Mixco à proximité de Guatemala City c’est bien. Il y’a plein de commerces, Wal-Mart, Mc Donald, du trafic et plein de feux de circulation. On a internet à la casa, le dépaysement n’est pas trop pire comparer à une ville du Québec. Il y a des policiers, mais ils font plus la circulation que d’autre chose. La plupart des conducteurs de moto n’ont pas de casque et se retrouvent parfois à trois ou même à quatre sur la même moto, des autobus surchargés de gens, des passagers assis dans des boîtes de pick-up. On y retrouve beaucoup de pollution parce que le diesel n’est pas aussi bien raffiné qu’au Québec. Le diesel est moins cher que chez nous, on y retrouve du souffre et celui-ci ne brûle pas bien dans les moteurs et les voitures, particulièrement les autobus émettent beaucoup de boucane.
J’ai pris la décision de partir à Chacalté. Pour ceux qu’ils ne m’ont pas lus le mois passé c’est une ferme au nord du pays. On se trouve à 45 minutes de Rio Dolce. Ici il n’y a aucune pollution, il y a plein de grands espaces, des palmiers, des animaux, du gazon et le rythme de vie est beaucoup plus calme. Les gens sont aussi sympathiques qu’en ville, mais ils sont plus pauvres. Ils vivent simplement, aucun confort, se nourrissent principalement de tortillas faites à base de maïs et de « beans » noires appelés friolez. La plupart des femmes portent la jupe traditionnelle, il n’y pas de maison plus belle que les autres et leur principale préoccupation est de se nourrir. Il y a toujours une femme sur le chemin avec un plat de maïs sur la tête se dirigeant au dépanneur du coin pour aller le faire moudre. Plusieurs n’ont pas d’eau à la maison et doivent aller à la rivière pour faire leur lavage. La plupart des maisons sont trop petites pour la quantité d’enfants et sont construites sur la terre battue. Des poules, des coqs et cochons décore-le devant des maisons.
Ici les gens vivent heureux parce qu’ils ne courent pas après la richesse et s’en tiennent aux valeurs essentielles de la vie. Ce qu’ils ne connaissent pas ne peut leur manquer. Bien que les gens en ville soient plus enrichis, il y a beaucoup de pauvres qui vivent dans la grosse misère.
Il est mieux de vivre pauvre à la campagne puisque ceux-ci réussissent toujours à survivre.
Dans ma première semaine, j’ai aidé les compasinos (fermiers) à refaire le toit d’un rancho, on a coupé et transporté des branches de palmier. On a fendu les feuilles de palmiers en deux de façon à avoir deux côtés de feuilles et une fois sur le toit il suffisait de les attacher avec de la corde de façon à évacuer l’eau lorsqu’il pleut. Quatre épaisseurs étaient suffisantes pour assurer l’étanchéité et on m’a dit que c’est bon cinq ans.
Dans ma fin de semaine je suis allé visiter un site archéologique dans le village Naj Tunich. Des grottes Maya ont été trouvées au début des années 70 et un village a pris forme tout prêt du site par la suite. Un super de beau site qu’ils essaient de développer, cependant la route pour s’y rendre n’est pratiquement pas carrossable. On a même dû pousser notre van pour monter une côte. Lorsque je suis rentré dans la grotte, je ressentais l’énergie qui s’y trouvait. Notre guide nous a expliqué que leurs ancêtres vivaient ici, qu’à l’époque ils avaient des dons et la force psychologique pour déplacer des rochers et que maintenant nous avions perdu ces pouvoirs et que nous devions travailler à la sueur de notre front pour arriver à nos fins. C’était très intéressant.
La deuxième semaine fut aussi bien occupée, mais différente. J’ai cueilli des limes pour un client de la ferme, de la cardamome que l’on fait sécher et que l’on vend en épice. J’ai mou de la cannelle avec un moulin manuelle. Au fait la cannelle c’est l’écorce d’un arbre que l’on déshabille. Je suis allé au marché pour l’épicerie de la semaine, quelle belle expérience, mais encore une fois j’ai constaté que mon espagnol doit s’améliorer. J’ai nettoyé des enclos au poulailler et étendu du fumier ensaché au champ. J’ai désherbé avec une machette locale les pieds des ramboutans, un arbre fruitier tropical d’Asie.
Il y avait des ananas, mais je n’ai pas eu la chance d’en ramasser puisque la saison n’est pas à son meilleur. En novembre après la saison des pluies lorsque c’est plus chaud c’est plus propice pour la culture des ananas.
J’ai bien aimé mon séjour à la ferme. C’était une belle expérience de travail pour apprendre les façons de cultiver ici. J’ai moins aimé le fait que le contact avec la population était limité. Je n’avais pas anticipé que d’être seul dans un champ à travailler me donnerait moins l’impression d’aider la population. C’est juste une impression parce que le travail que j’ai fait était nécessaire. Lorsque j’étais à Hogar Shalom, j’étais directement avec des gens et j’avais plus l’impression d’être utile.
Plus tôt je vous ai parlé qu’il y a des gens qui sont venus trois semaines. Une de ces personnes m’a confié avant de partir quel n’avait pas eu l’impression de vraiment aider ce pays et quel n’avait pas eu le sentiment de faire grand-chose. Je lui ai tout de suite répondu que je n’étais pas d’accord avec elle et je lui ai expliqué pourquoi. En si peu de temps on ne peut pas voir les résultats de nos efforts, suite à notre présence ici, c’est seulement des résultats à long terme qu’on peut voir. C’est comme si on venait dans ce pays pour y planter un arbre, il faut creuser un trou, y planter un plant, il faut l’arroser à l’occasion, l’entretenir et quelques années par la suite il va commencer à donner des fruits. Cela représente bien les résultats de nos efforts.
À suivre…
