LA POCATIÈRE — Monseigneur Yvon Joseph Moreau voit dans la décision de Benoît XVI de quitter son pontificat un geste de courage et d’humilité. Au service de son Église, le pape a choisi de partir lorsqu’il a vu qu’il ne pouvait plus rendre ce service, dit l’évêque du diocèse de Sainte-Anne.
Mgr Moreau a-t-il été surpris de la démission de Benoît XVI ? Oui et non. Le cardinal Turcotte avait déjà parlé de l’éventualité d’un départ pour le pape le jour où il sentirait que ses capacités ne seraient plus suffisantes pour accomplir une tâche aussi lourde, raconte l’évêque de Sainte-Anne. « Je ne m’attendais pas à ce que ce soit à ce moment-ci, en pleine année de la foi et au moment où il avait promis une encyclique sur la foi », ajoute-t-il.
Selon Mgr Moreau, Benoît XVI aura plutôt choisi d’agir pour le bien de l’Église après avoir reconnu ses limites. Il est, dit-il, le premier pape à démissionner, librement, pour des raisons de santé.
En 1294, Célestin V, un moine bénédictin, avait abandonné la papauté après cinq mois seulement pour retourner à son monastère. Il est arrivé à quelques reprises depuis les débuts de l’Église catholique que des papes se retirent dans des circonstances historiques particulières, mais il ne s’agissait pas, ce que l’on pourrait appeler, d’une démission.
Ouverture à la modernité
Le geste de Benoît XVI a été perçu par certains comme une ouverture de l’Église à la modernité. « C’est surement un signal qu’il donne à ceux qui suivront », croit Mgr Yvon Joseph Moreau qui ne serait pas étonné de voir d’autres papes quitter lorsqu’ils jugeront ne plus avoir les capacités pour rendre ce service.
Mgr Moreau a souligné le courage de Benoît XVI tout au cours de son pontificat, et ce, malgré les périodes difficiles qu’il a traversées. Pensons à l’affaire VatiLeaks ou encore à la crise de la pédophilie. « Il ne s’est pas défilé et a fait face à la situation avec courage », dit-il. L’évêque diocésain rappelle aussi que le cardinal Ratzinger succédait à un homme charismatique qui avait été très populaire en la personne de Jean-Paul II.
L’évêque diocésain ne voit pas Benoît XVI comme un homme conservateur, mais plutôt comme « un homme qui cherchait comment avoir la plus grande ouverture tout en restant fidèle aux dépôts de la foi. » Il ne faut pas oublier que le pape a la responsabilité de toute l’Église, sur tous les continents. Or, les mentalités ne sont pas au même point partout, dit-il. « Son souci était de garder une cohésion dans tout cela », poursuit Mgr Moreau.
Diversité
D’ailleurs, pour l’avenir, Mgr Moreau croit qu’il faudra peut-être davantage penser à l’unité de l’Église sous la forme de la diversité selon les continents plutôt que de l’uniformité, et ce, tout en conservant la foi qu’apporte l’Évangile. Il aimerait que le successeur de Benoît XVI travaille en ce sens. Il voit aussi chez lui un homme d’ouverture, de dialogue, qui sait déléguer.
Mgr Yvon Joseph Moreau pense lui aussi que le cardinal Marc Ouellet a des chances d’être élu comme le prochain pape. Néanmoins, il aimerait que le Conclave choisisse un cardinal venant d’une église missionnaire, notamment d’Amérique latine. Les chances sont toutefois minces, reconnait-il. Trois autres noms lui viennent à l’esprit. Le cardinal Scola, archevêque de Milan, lui apparait à la lumière de ses écrits comme un homme tourné vers l’avenir et à l’origine du dialogue interreligieux avec les musulmans. Le cardinal Ravasi est, selon Mgr Moreau, un grand exégète de la Parole de Dieu, soucieux du dialogue avec le monde des artistes et de l’incroyance. Il mentionne aussi le Philippin Luis Antonio Tagle, archevêque de Manille, qui est, à 55 ans, l’un des plus jeunes cardinaux nommés par Benoît XVI.
