Été 1956. Henri Beaudout et sa bande quittent Halifax à bord d’un radeau avec pour objectif de traverser l’Atlantique Nord en se laissant porter par le courant marin du Gulf Stream. La traversée durera 88 jours. 60 ans plus tard, le Musée Maritime du Québec rend hommage à cette valeureuse expédition dans le cadre d’une toute nouvelle exposition.
Originaire de la France, Henri Beaudout a connu les horreurs de la Deuxième Guerre mondiale. À une époque où son pays est occupé par l’envahisseur allemand, deux choix s’offrent alors à l’adolescent : collaborer ou résister. Il joindra les rangs de la résistance française. « Quand on nous a démobilisés après la guerre, il n’y avait pas de psychologues comme aujourd’hui. On nous renvoyait chez nous, tout simplement », racontait-il.
Dans une France de l’après-guerre qui peinait à panser ses blessures, Henri Beaudout tentera de se reconstruire, comme son pays natal. Perte de poids, problèmes de santé, souvenirs de guerre difficile à chasser, le défi était énorme. Ne voyant plus d’avenir en sol européen, il immigrera à Montréal au début des années 50, avec femme et enfant.
L’idée
Lors de cette traversée vers l’Amérique, Henri Beaudout développa une passion pour l’hydrologie marine. « J’avais lu dans le Reader’ s Digest qu’un Amérindien avait déjà été retrouvé dans son canot, agonisant, sur une plage du Portugal », expliquait-il. C’est ainsi qu’il émit l’hypothèse qu’en lançant un objet flottant dans l’Atlantique, entre le 45e et le 50e parallèle de la côte nord-américaine, ce dernier se dirigerait inévitablement vers les côtes européennes, porté seulement par le vent et le courant marin du Gulf Stream. « Selon mes calculs, ça devait se faire en 100 jours », déclarait-il. Une hypothèse qu’il confirmera à bord d’un radeau, L’Égaré II, parti d’Halifax le 24 mai 1956 et arrivé à Falmouth en Angleterre le 21 août de la même année. « Mes calculs n’étaient pas si fous finalement », lancera-t-il en rigolant.
La traversée
Au total, le radeau franchira 4331 km dans l’Atlantique Nord, à une vitesse moyenne de 1,6 km/h. « Si on considère que la vitesse moyenne d’un homme qui marche est entre 4 et 5 km/h, il aurait été plus rapide de traverser l’Atlantique à pied », d’indiquer à titre d’exemple le conservateur du Musée, M. Alain Franck.
Néanmoins, tous ces kilomètres n’auront pas paru trop longs pour Henri Beaudout, qui cherchait aussi à guérir ses traumatismes de la guerre avec cette expédition. « Tout au long du voyage, j’ai regardé le bois du radeau blanchir. Pendant qu’ils se purifiaient, moi aussi je me purifiais », confiera-t-il.
L’exposition
Pour commémorer cette expédition historique, le Musée Maritime du Québec propose une exposition sous forme de journal de bord avec écran présentant un documentaire d’une quinzaine de minutes réalisé par Ryan Barnett et une réplique identique, à l’échelle 1:3, du radeau L’Égaré II, conçue par Raymond Anctil et Gaston Chouinard. « Plus de 300 heures ont été nécessaires pour réaliser la maquette. Cette exposition présente un bel exemple de dépassement de soi, de courage et de persévérance. Et nous sommes très reconnaissants de l’apport apporté par M. Beaudout dans sa réalisation, lui qui nous ouvert ses archives personnelles et livré plusieurs témoignages », de conclure Mme Sophie Limoges, directrice du Musée Maritime du Québec.
