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Une vie normale… ou presque

La Semaine de la déficience intellectuelle qui s’est ouverte dimanche est l’occasion de démontrer à la population qu’une personne ayant une déficience intellectuelle peut fonctionner aisément en société, voire occuper un emploi. Marco Anctil, de La Pocatière, et Émilie Beaudry, de Saint-Pascal, le vivent au quotidien.

Vêtu de sa combinaison marine, Marco Anctil s’apprête à nourrir les moutons de la bergerie du Centre de production ovine du Québec (CEPOQ), à La Pocatière. Un peu plus tard, il nettoiera les enclos, déterminé à monter le plus haut possible la pile de litière dans sa brouette,  et donnera le biberon à des agneaux.


Marco Anctil nourrissant un agneau au biberon
Photo: Maurice Gagnon

Marco fait partie de l’équipe du CEPOQ depuis environ huit ans. Sylvain Blanchette, gérant de la ferme, dit que ce que fait M. Anctil en milieu de stage est très utile à l’entreprise. « Marco voit même des choses qu’on ne voit pas », ajoute-t-il.


Marie-Claude L’Italien, Marco Anctil, Sylvain Blanchette et Jennifer Ouellet (CRDI) dans la bergerie du CEPOQ (absent : François Dionne)
Photo: Maurice Gagnon

Marie-Claude L’Italien travaille à la bergerie. Elle apprécie la présence de Marco Anctil. L’important, dit-elle, c’est qu’il ait sa routine. « On tire autant de bénéfice au plan personnel que lui », poursuit M. Blanchette.

Émile Beaudry

Même son de cloche de la part de Diane Chouinard du restaurant Chez Diane de Saint-Alexandre, où travaille Émilie Beaudry. Cette dernière fait de la plonge, du remplissage et du nettoyage. « On développe une confiance et c’est pour nous une belle fierté de voir qu’elle a évolué », dit Mme Chouinard.

Diane Chouinard ne cache pas qu’il faut faire preuve de patience et qu’au début, elle devait répéter plus souvent. Émilie a besoin de se sentir en confiance, de savoir que ce qu’elle a fait est correct. « Quand elle part, Émilie est toujours fière de ce qu’elle a fait », ajoute la propriétaire du restaurant.

Rieuse, Mme Beaudry raconte qu’elle aime beaucoup le travail qu’elle fait depuis deux ans Chez Diane. Sa relation avec Mme Chouinard est excellente. « On peut se taquiner. Ici, c’est comme une 3e famille. On s’aime », dit Émilie Beaudry. Elle ajoute : « ce n’est jamais un défi pour moi de me lever pour venir travailler. »

Stagiaire et employée

Marco Anctil est au CEPOQ dans le cadre d’un stage en milieu de travail. Il est supervisé par Jennifer Ouellet, intervenante au Centre de réadaptation en déficience intellectuelle (CRDI) du Bas-Saint-Laurent. C’est elle qui voit à ce que tout se passe bien, qui assure le lien entre le participant et l’entreprise.

Le cas d’Émilie Beaudry est différent. Elle est employée par le restaurant. Elle reçoit un salaire et produit une déclaration fiscale. Son travail est encadré par le Service spécialisé de main-d’œuvre (SEMO) du KRTB.

Le SEMO est un organisme destiné aux personnes qui souhaitent entreprendre une démarche vers le marché du travail, mais qui rencontrent des difficultés d’intégration en raison de limitations fonctionnelles physiques, sensorielles, intellectuelles, psychiques ou de trouble envahissant du développement (TED). « Il assure aussi le lien avec la famille », ajoute Francine Caron. Elle parle d’un arrimage entre le milieu professionnel et le milieu de vie.


Mélanie Beaulieu (CRDI) et Francine Caron (SEMO)
Photo: Maurice Gagnon

Mélanie Beaulieu est intervenante au CRDI. Elle insiste sur l’implication de divers partenaires. « On ne parle plus d’intégration, mais de participation sociale. » La personne ayant une déficience intellectuelle est considérée comme un citoyen à part entière.

L’Envol

Après avoir vécu en famille d’accueil, Émilie Beaudry a aménagé récemment à la résidence L’Envol à Saint-Pascal. Dix personnes présentant une déficience intellectuelle ou physique peuvent y habiter. Le projet a été mené par l’Association des personnes handicapées du Kamouraska-Est. Il s’agit d’un milieu de vie alternatif.

« Les personnes disposent chacune de leur propre appartement. Un service de cuisine collective est mis à leur disposition, de même que des services d’aide à la vie quotidienne et domestique », résume la directrice générale de l’Association du Québec pour l’intégration sociale, Diane Milliard.

Même si elle avoue s’ennuyer un peu de sa famille d’accueil et des animaux de compagnie, Mme Beaudry note que d’habiter à l’Envol l’a rendue plus autonome. « Ce n’est pas le même style de vie », dit-elle.

La Semaine de la déficience intellectuelle se poursuit jusqu’au 19 mars. Outre les activités qu’il tiendra avec ses clients, le CRDI remettra un certificat de reconnaissance à L’AMIE, jeudi, au point de service de La Pocatière.