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Saint-Cyrille-de-Lessard replonge dans la tourmente

Près de 75 citoyens ont assisté à la séance du conseil municipal du 1er juin dernier. Photo : José D. Soucy

Une nouvelle crise secoue la municipalité de Saint-Cyrille-de-Lessard. Près de 75 citoyens ont assisté à la séance du conseil municipal du 1er juin dernier, dont plusieurs pour exprimer leur mécontentement envers le maire Gilles Maltais. Dans une salle parfois houleuse, des citoyens ont réclamé ouvertement sa démission. La Municipalité fait actuellement face au départ annoncé de son directeur général, Loïck Odon S. Ahouansou, et à des tensions grandissantes entre le maire, le conseil municipal et une partie de l’administration.

Pour plusieurs résidents, le scénario rappelle de mauvais souvenirs. En 2022, le maire Michel Caron avait quitté ses fonctions en invoquant sa volonté de préserver son intégrité. Les années suivantes, un maire par intérim, un autre maire, ainsi que plusieurs directeurs généraux se sont succédé avant que la Commission municipale du Québec ne soit appelée à administrer provisoirement la Municipalité. Aujourd’hui, certains craignent de voir l’histoire se répéter, même que selon quelques citoyens présents à la séance, le départ de l’actuel directeur général pourrait entraîner d’autres employés municipaux à quitter leurs fonctions…

Beaucoup de frustration

Dès la période de questions, le ton a été donné. Plusieurs résidents ont directement demandé au maire pourquoi il refusait de quitter son poste, alors qu’une partie importante de l’assistance lui reprochait d’être au cœur des problèmes actuels. « J’ai pris un engagement de quatre ans comme maire, et je vais respecter mon mandat », a répondu Gilles Maltais, soutenant que les désaccords avec les conseillers municipaux font partie du fonctionnement normal de la démocratie municipale. « On est en démocratie. Quand le conseil n’est pas d’accord, il a le droit de voter contre », a-t-il ajouté.

Quelques citoyens ont également remis en doute sa capacité à collaborer avec le reste de l’appareil municipal. Certains ont même soutenu que les conseillers, les employés et plusieurs organismes locaux ne souhaitaient plus travailler avec lui, estimant qu’il a agi à maintes reprises avec zèle, ce qui aurait été perçu comme du harcèlement et de l’ingérence, notamment par le directeur général démissionnaire. « On me reproche de ne pas être à la Municipalité, mais ils reprochaient aux anciens maires présents à la Municipalité qu’ils faisaient de l’ingérence. Moi, je ne suis pas là, je ne peux pas faire d’ingérence avec les employés. Je ne leur dis pas quoi faire. Je ne suis pas là, car je n’ai même pas de bureau », a-t-il répondu.

À un moment de la soirée, un citoyen a même laissé entendre qu’un comité pourrait être formé afin d’explorer les moyens légaux permettant de provoquer son départ, tout en tentant de garder le directeur général en place.

« Vous n’avez pas les compétences pour diriger une municipalité », s’est exclamé un citoyen visiblement en colère. Des résidents auraient même porté plainte à la Commission municipale du Québec (CMQ), afin que le ministre des Affaires municipales Samuel Poulin l’éjecte de son poste.

« Je demande une reddition de comptes »

Rencontré après la séance du conseil, Gilles Maltais a livré sa version des faits au Placoteux. Selon lui, les tensions actuelles découlent principalement de son désir d’obtenir davantage de transparence dans la gestion municipale, tout en faisant respecter les règles de l’art encadrant le fonctionnement du conseil.

Le maire estime se baser sur les lois en vigueur, qui sont essentielles au bon roulement d’une municipalité. « Les règles que je demande d’appliquer ne sortent pas de ma tête. Elles sont dans les guides du ministère, de la FQM et de l’UMQ. J’ai pris le temps de les lire, et c’est sur ces documents que je m’appuie pour faire mon travail de maire. C’est comme un code routier que tu dois respecter. Je n’invente rien », a-t-il expliqué avec assurance.

De son point de vue, le conflit dépasse sa relation avec le directeur général Loïck Odon S. Ahouansou. Le maire soutient par ailleurs que ce dernier exerce une influence importante auprès des conseillers municipaux. « Le conseil marche à la main du DG, et le directeur général pense que c’est lui le boss de la Municipalité, et que le seul boss qu’il a, c’est le conseil municipal. Mais le maire aussi est un boss. Selon la réglementation en vigueur, je suis le chef exécutif de la Municipalité. Lui, il est le chef administratif », a-t-il affirmé, ajoutant que depuis le début, le DG travaille contre lui.

Le maire assure même avoir réclamé à plusieurs reprises des contrats de travail, des factures, des relevés bancaires, des rapports administratifs, et divers documents lui permettant d’exercer son rôle de surveillance, mais en vain, ou presque… « Ça a pris six mois avant d’être capable d’avoir accès aux relevés, aux opérations et à tous les achats ! »

D’après lui, ces demandes auraient créé des frictions importantes avec le directeur général, ainsi qu’avec plusieurs membres du conseil municipal. M. Maltais argue également que la démission de Loïck Odon S. Ahouansou est survenue peu de temps après une rencontre de médiation impliquant l’avocat de la Municipalité.

« Suite à ma médiation avec la Municipalité et le DG, il a donné sa démission. Lui, il a dit que c’était effectif maintenant. Dans son contrat, il y a toutefois une entente de préavis de deux mois », a-t-il expliqué, de sorte que le DG est toujours à l’emploi de la Municipalité.

Des dépenses qui soulèvent des questions

Au cours de l’entrevue, le maire a soulevé plusieurs interrogations concernant certaines dépenses municipales. Il affirme notamment avoir demandé des explications au sujet d’achats effectués sur Amazon, dont un abonnement Amazon Prime payé par la Municipalité. Selon lui, certaines factures ou pièces justificatives ne lui ont été remises que tout récemment, et ce, malgré de multiples demandes. « Moi, j’essayais d’avoir des réponses, et on ne voulait pas me les donner », a-t-il soutenu.

Le maire atteste avoir transmis certaines informations à la Commission municipale du Québec ainsi qu’à l’UPAC, afin que des vérifications puissent être effectuées concernant plusieurs achats, notamment sur Amazon. Une citoyenne a toutefois défendu le DG lors de la séance, en affirmant qu’acheter sur Amazon était beaucoup moins dispendieux.

Total des achats sur Amazon

Selon les informations figurant au relevé des achats Amazon en 2026, les dépenses totalisent 1340,42 $. Ces achats comprennent notamment un abonnement mensuel Prime, l’acquisition d’un bureau, du matériel informatique (webcam, téléphone fixe, piles et organisateur de bureau), des roues et roulettes pour les chaises des conseillers, des boîtes de rangement, un tableau, un pluviomètre destiné à l’usine d’eau, des détecteurs de gaz radon, etc.

Menaces, plaintes et climat de méfiance

Le maire affirme également avoir reçu des menaces qu’il juge préoccupantes. Il soutient entre autres que certaines personnes ont évoqué s’attaquer à sa résidence, et affirme avoir déposé une plainte en ce sens à la Sûreté du Québec. « On veut s’en prendre à ma maison si je ne démissionne pas, ou bien si je ne vends pas ! Il pourrait arriver quoi à ma maison ? », s’est-il interrogé.

M. Maltais dénonce également ce qu’il décrit comme une campagne visant à discréditer son leadership. Il estime qu’une partie des tensions observées à Saint-Cyrille-de-Lessard découle de rivalités locales, et de divisions déjà présentes dans la communauté avant son arrivée à la mairie, voire même dans la localité en 2018. « Une des choses qu’on me reproche, c’est que ça ne fait pas assez longtemps que je suis citoyen de Saint-Cyrille-de-Lessard. Le problème ici, c’est qu’il y a beaucoup de clans », a-t-il dit.

Il affirme aussi avoir été la cible de propos qu’il considère menaçants : un conseiller aurait tenu des commentaires lui ayant été rapportés, évoquant la possibilité « de lui casser certaines dents dans la bouche ». Des propos qu’il juge inacceptables. Cette affirmation n’a toutefois pu être vérifiée de façon indépendante, car M. Maltais n’a pas souhaité divulguer le nom de l’échevin concerné.

En terminant, le maire Maltais a rappelé qu’il a été élu sans opposition, après avoir attendu jusqu’à la fin de la période de mise en candidature pour se présenter. À ses yeux, s’il y avait eu une volonté de voir quelqu’un d’autre occuper le poste, d’autres candidats auraient pu se présenter à la mairie. « J’ai attendu au dernier moment pour me porter candidat comme maire. Visiblement, il n’y avait personne d’autre », a-t-il conclu.

Contacté par Le Placoteux, le directeur général Loïck Odon S. Ahouansou n’a quant à lui pas souhaité approfondir davantage la situation. « La seule chose que je peux vous dire, c’est que ma lettre de démission a bel et bien été faite en bonne et due forme », s’est-il contenté de répondre.

Le maire Gilles Maltais fait face à une contestation de son leadership. Photo : José D. Soucy