La Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) a traité 3342 signalements au Bas-Saint-Laurent en 2025-2026, une hausse de 6,5 % par rapport à l’année précédente. Ces informations proviennent du CISSS du Bas-Saint-Laurent.
Les signalements retenus pour évaluation représentent un peu moins d’un enfant sur trois. Les principaux motifs de signalement dans la région demeurent la négligence ou le risque sérieux de négligence, les abus physiques ou le risque sérieux d’abus physiques, ainsi que l’exposition à la violence conjugale. Les enfants âgés de 6 à 12 ans constituent le groupe le plus souvent visé par les signalements.
À l’échelle du Québec, 144 321 signalements ont été traités au cours de la dernière année, ce qui représente une augmentation de 1,4 % comparativement à l’année précédente. Comme au Bas-Saint-Laurent, moins du tiers de ces signalements ont été retenus pour une évaluation approfondie par les directions de la protection de la jeunesse.
À l’occasion du dépôt de leur bilan annuel 2025-2026, les directeurs de la protection de la jeunesse du Québec lancent un appel à la réflexion collective sous le thème : Les enfants sont-ils toujours une priorité ? Ils soutiennent que les situations auxquelles sont confrontés les enfants et les familles se complexifient, et que les besoins augmentent dans un contexte social en profonde transformation.
Le bilan souligne notamment la fragilité de la santé mentale des jeunes. Selon les données citées, plus de la moitié des élèves présentent des signes d’anxiété sociale, une réalité qui influence leur bien-être, leur développement et leur réussite scolaire.
Importants défis
Les DPJ soulignent également que les réseaux de la santé, des services sociaux et de l’éducation doivent composer avec d’importants défis de capacité et d’adaptation. Selon le bilan, des prises en charge tardives entraînent souvent une détérioration des situations, ce qui nécessite ensuite des interventions plus complexes.
Dans ce contexte, les directeurs de la protection de la jeunesse estiment que faire des enfants une priorité passe notamment par des investissements dans les besoins de base tels que l’alimentation, le logement, et un revenu adéquat. Ils plaident également pour la consolidation des services existants, le renforcement des interventions préventives, et le soutien des milieux de vie des enfants, notamment les écoles et les centres de la petite enfance.
Le bilan régional révèle aussi qu’au Bas-Saint-Laurent, les signalements provenant du milieu scolaire ont augmenté de 2,8 % pour une deuxième année consécutive. Comme lors des années précédentes, une proportion importante des signalements provient du milieu familial et de la communauté. À l’inverse, la région observe une diminution des signalements provenant du milieu policier.
Les DPJ rappellent enfin que la stratégie nationale pour la protection de l’enfance, Grandir en confiance, mise notamment sur la responsabilité collective pour assurer la protection des enfants. Elles soutiennent que les décisions prises dans les domaines de l’éducation, de la santé, de l’économie, du logement ou des politiques sociales doivent continuer de placer le bien-être des enfants au cœur des préoccupations.
Les préjugés persistent aussi au Kamouraska
Comme le stipule l’enquête, même si la pauvreté touche aujourd’hui des profils de plus en plus variés, les préjugés demeurent profondément ancrés dans l’imaginaire collectif. Pour la directrice générale de Moisson Kamouraska, Mireille Lizotte, le défi consiste justement à déconstruire ces perceptions qui réduisent souvent la pauvreté à des choix individuels.
« Les gens ont peur d’avoir une étiquette au-dessus de la tête quand ils franchissent notre porte pour la première fois », explique-t-elle. Cette crainte d’être jugé représente parfois un obstacle plus important que le besoin alimentaire lui-même. Plusieurs personnes hésitent à demander de l’aide de peur d’être perçues comme des profiteurs, ou comme des gens qui ne font pas suffisamment d’efforts.
Pourtant, la réalité est souvent beaucoup plus nuancée. Une perte d’emploi, une maladie, une séparation, une dépression, ou une diminution des heures de travail peuvent rapidement faire basculer un budget familial. Selon Mireille Lizotte, personne n’est véritablement à l’abri d’un événement qui fragilise son équilibre financier.
« Des fois, c’est la maladie qui nous amène là, ou un accident, ou c’est parce que les gens sont moins scolarisés. Chaque parcours est différent. » Les préjugés prennent parfois une forme particulièrement sévère lorsqu’il est question des jeunes adultes ou des étudiants. « Le fait qu’ils possèdent un téléphone cellulaire ou une voiture alimente encore certains jugements, même si les étudiants travaillent, vont à l’école, et que plusieurs doivent parcourir de longues distances. Pourtant, il y a encore des gens qui pensent qu’ils n’ont qu’à travailler davantage », poursuit la directrice générale, qui rappelle également que la pauvreté n’est pas toujours visible. Une personne peut se présenter à une banque alimentaire au volant d’une voiture récente, tout en vivant une situation financière extrêmement difficile. « On ne connaît jamais toute l’histoire qui se passe dans une maison », souligne-t-elle.
Cette réalité apparaît parfois jusque dans l’entourage immédiat des citoyens. Plusieurs personnes découvrent qu’un parent, un voisin, ou même un ami a besoin d’aide alimentaire, alors qu’elles ne l’auraient jamais soupçonné.
Les préjugés s’estompent
Selon Mireille Lizotte, les préjugés s’estompent souvent dès que les gens prennent contact avec la réalité du terrain, et franchissent la poste de l’organisme où l’humain prend toute la place, et où l’accueil est toujours sans préjugé aucun. « On entend parfois des personnes nous dire : je ne pensais pas que c’était comme ça. Je ne pensais pas que les gens étaient accueillis de cette façon. »
Elle observe également un paradoxe dans la perception sociale de la pauvreté. Durant la période des Fêtes, la générosité de la population est immense. Les dons affluent, et les campagnes de soutien mobilisent largement les citoyens. Pourtant, cette compréhension semble parfois s’effriter le reste de l’année. « Les besoins sont présents douze mois par année. La pauvreté, ce n’est pas seulement à Noël. »
Pour la directrice générale, la lutte contre les préjugés demeure un travail de longue haleine qui nécessite des rencontres, des échanges, et une meilleure compréhension des réalités vécues par les personnes en situation de précarité.
La pauvreté change de visage
L’image traditionnelle de la pauvreté ne correspond plus à la réalité observée par Moisson Kamouraska. Depuis plusieurs années, le profil des personnes qui demandent de l’aide alimentaire s’est profondément transformé. La précarité financière touche désormais des travailleurs, des familles, et des citoyens qui, il n’y a pas si longtemps, appartenaient à la classe moyenne.
Pour Mireille Lizotte, cette évolution est l’un des phénomènes les plus marquants observés sur le terrain. « La pauvreté touche maintenant la classe moyenne », affirme-t-elle. L’inflation, la hausse des loyers, le coût de l’essence et l’endettement figurent parmi les principales raisons invoquées par les personnes qui sollicitent un soutien alimentaire. Dans plusieurs cas, il ne s’agit pas d’une situation permanente, mais d’un passage difficile qui déséquilibre temporairement le budget familial, comme une augmentation du loyer, des dépenses imprévues en médicaments, ou une réduction des heures de travail qui peuvent suffire à créer un effet domino.
« Les gens nous disent souvent qu’ils n’arrivent plus à joindre les deux bouts. Ils doivent faire des choix entre plusieurs dépenses essentielles. » Cette nouvelle réalité modifie également les attentes des bénéficiaires. Les familles recherchent des produits frais et de qualité qui correspondent à leurs habitudes alimentaires. « Les gens veulent des légumes frais, des produits de qualité. Les besoins ont changé. »
Cette diversification de la clientèle entraîne aussi de nouveaux défis. Moisson Kamouraska accueille davantage de personnes issues de l’immigration, et doit parfois répondre à des besoins alimentaires particuliers. Certaines familles recherchent des produits spécifiques à leur culture, alors que d’autres doivent composer avec des allergies alimentaires importantes.
Pour répondre à cette demande grandissante, l’organisme doit constamment jongler avec ses ressources financières et ses approvisionnements. Le financement demeure essentiel, tout comme les dons et l’implication des bénévoles.
« Une banque alimentaire fonctionne avec trois éléments : les bénévoles, les denrées et les dons financiers. Quand il manque un des trois, ça devient plus difficile. » Au cours de la dernière année, les organismes de six MRC du Bas-Saint-Laurent, dont le Kamouraska, ont récupéré l’équivalent de plus de 5,6 millions $ en denrées alimentaires. Ils en ont redistribué pour 5,2 millions $. C’est énorme. Cette récupération constitue une source majeure d’approvisionnement, mais ne suffit pas toujours à répondre à l’ensemble des besoins.
Un autre phénomène complique désormais la situation : la multiplication des applications de récupération alimentaire comme FoodHero. Cette plateforme permet aux consommateurs d’acheter à prix réduit des produits approchant leur date limite de consommation directement auprès des commerces. Autrefois, une partie de ces produits invendus était acheminée vers les organismes communautaires. Aujourd’hui, une proportion croissante est écoulée directement auprès des consommateurs par l’intermédiaire de ces applications. Résultat : certaines denrées qui auraient auparavant été données doivent maintenant être achetées par les organismes lorsqu’elles sont disponibles.
Pour compenser, Moisson Kamouraska doit parfois se tourner vers le réseau provincial des banques alimentaires, et utiliser des fonds gouvernementaux afin d’acquérir des produits essentiels comme des céréales, de la farine ou d’autres denrées de base.
Dans un contexte où les besoins augmentent, et où la clientèle se diversifie, la gestion de l’aide alimentaire devient de plus en plus complexe.
De l’humain, pas seulement des « cannes » Moisson Kamouraska mise sur l’accueil pour briser les barrières
Pour combattre les préjugés entourant la pauvreté, Moisson Kamouraska a choisi une approche simple : créer des occasions de rencontre, et offrir des services qui dépassent largement la simple distribution alimentaire. L’objectif est de faire en sorte que les personnes qui franchissent la porte de l’organisme se sentent accueillies, respectées et valorisées.
Au fil des années, l’organisme a développé plusieurs initiatives visant à favoriser l’inclusion, et à réduire la stigmatisation associée à la demande d’aide alimentaire. « On veut que les gens soient bien quand ils viennent chez nous », résume la directrice générale, Mireille Lizotte.
Parmi les projets mis en place figure un café communautaire où les citoyens peuvent se réunir, discuter et tisser des liens dans un environnement accueillant. L’endroit devient un espace de socialisation, où les personnes rencontrent d’autres citoyens vivant parfois des réalités semblables.
Moisson Kamouraska organise également des repas communautaires, des barbecues, des activités festives, et différentes journées thématiques qui permettent de créer un sentiment d’appartenance. « Quand les gens arrivent, on veut qu’ils se sentent un peu comme à la maison. »
Épicerie sociale
Au-delà de l’aspect social, ces activités servent aussi de porte d’entrée vers d’autres formes d’accompagnement. Les participants peuvent être orientés vers différents services, rencontrer des intervenants, ou découvrir des ressources susceptibles d’améliorer leur situation. L’approche de Moisson Kamouraska repose aussi sur la participation active des bénéficiaires. C’est notamment l’objectif de son épicerie sociale.
Contrairement à une formule où un panier préassemblé est remis aux usagers, les personnes peuvent choisir elles-mêmes les produits qui composeront leur panier. « Quand ils prennent leur panier, et qu’ils choisissent ce qu’ils mettent dedans, ils deviennent acteurs de leur démarche », explique Mme Lizotte, ajoutant que cette philosophie vise à redonner du pouvoir aux personnes tout en préservant leur dignité.
Une fois les besoins immédiats comblés, les intervenants encouragent également les citoyens à découvrir d’autres solutions favorisant l’autonomie alimentaire. Certains se tournent vers les cuisines collectives, les frigos communautaires, ou encore les jardins collectifs présents dans leur milieu.
Sensibilisation
L’organisme multiplie aussi les activités de sensibilisation auprès du grand public. L’an dernier, un jeu éducatif a notamment été développé afin d’amener des participants à réfléchir aux réalités vécues par les personnes en situation de pauvreté. L’exercice visait à provoquer des échanges, et à créer des rencontres entre des personnes provenant de milieux différents. « On a réuni des gens qui ne se connaissaient pas pour qu’ils puissent comprendre certaines réalités, et déconstruire les préjugés. »
Selon Mireille Lizotte, ces initiatives produisent des résultats concrets. Plusieurs participants ressortent de ces expériences avec une vision différente de la pauvreté, et une meilleure compréhension des défis vécus par les personnes qui fréquentent les organismes communautaires. Elle rappelle que les banques alimentaires sont aujourd’hui bien plus que des lieux de dépannage : « Ce sont des services de proximité essentiels dans une communauté ».
À travers ses activités, ses espaces de rencontre et ses projets éducatifs, Moisson Kamouraska cherche ainsi à rappeler une idée simple : derrière chaque demande d’aide se trouve une personne avec son histoire, ses défis et son potentiel. Parce qu’au-delà des denrées distribuées, c’est d’abord une question d’humanité.