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Reconstituer les Régions

Photo : Wikipedia.org.

Maxime Paradis posait avec raison la semaine dernière la question des frontières inadaptées de certaines régions, dont celles qui séparent artificiellement le Kamouraska de la traditionnelle Côte-du-Sud. Mais, plus profondément, n’est-ce pas le concept même de « Région » qu’il faut remettre en cause ? C’est ce dont il sera question dans ces chroniques au fil de l’actualité régionale.

Durant les années qui ont suivi le Plan du BAEQ (Bureau d’aménagement de l’Est du Québec), on a commencé à doter les 17 régions dites « administratives » de premières instances démocratiques : Conseil de planification et de développement économique (CPDQ), Conseils économiques régionaux (CER) ou Conseils régionnaux de développement (CRD), Centres locaux de développement (CLD), Conférences régionales des élus (CRÉ), Centres locaux de services communautaires (CLSC), etc. Ces instances demeuraient celles de régions administratives, et non politiques comme telles, et donc, des instances de concertation, de consultation et de représentation. Mais, même si elles n’étaient pas encore des instances élues et autonomes, elles ont permis une prise de conscience et une prise en charge non négligeables du développement régional et local, particulièrement dans les régions périphériques.

Ces instances de concertation ont été pratiquement toutes détruites sous le règne de Charest et de Couillard. Il n’est resté que les MRC, administrées par les maires locaux, lesquelles ne couvrent, comme le dit leur nom déphasé (Municipalités régionales de comté), que des territoires municipaux centrés sur l’appartenance et les services dits de proximité, mais inaptes à s’occuper de planification du développement, des services et équipements collectifs et, encore moins, des resssources naturelles de l’ensemble plus grand de la Région. La Région comme telle, au grand plaisir du gouvernement central qui préfère régner tout puissant sur 95 MRC domestiques que d’avoir à collaborer avec des instances régionales représentatives, est disparue de la carte politique. La Région n’est plus qu’une frontière administrative qui sert au gouvernement central et à chacun de ses ministères pour déconcentrer certains de ses services et programmes et faire semblant de consulter.

On ne pourra pas changer l’état de dépendance et de sous-développement des régions actuelles sans une véritable décentralisation du pouvoir de décision et des ressources autonomes au niveau régional, en un mot, sans « constituer » les Régions en véritables instances démocratiques, avec de véritables gouvernements régionaux élus au suffrage universel de la région, dotées de pouvoirs et de ressources financières autonomes, et de mécanismes démocratiques sérieux de participation des citoyens, comme l’initiative populaire par exemple. Et c’est la population de chaque région, selon ses caractéristiques propres, et non les fonctionnaires de Québec, qui doit être appelée à définir les modalités de cette démocratie territoriale.

Si nous voulons sortir du carcan de l’extrême centralisation qui nous étouffe et nous condamne à la dépendance, il est essentiel de favoriser le développement de communautés locales et régionales autonomes et durables, et le gouvernement central doit cesser d’être le seul centre de décision pour se faire davantage celui qui coordonne et rassemble des gouvernements locaux et régionaux vivants, dans le respect de leur souveraineté. La souveraineté du peuple doit s’exercer de bas en haut et non l’inverse.

L’avenir est dans une vraie démocratie territoriale et celle-ci ne viendra pas de « Chartes des régions » qui gardent jalousement tout le pouvoir à Québec. Le jour où chaque région du Québec aura son président et son conseil élu au suffrage universel, le Québec ne sera plus le même.