Une rupture temporaire de services est survenue dans la nuit du 30 au 31 janvier au laboratoire de l’Hôpital Notre-Dame-de-Fatima de La Pocatière, en raison d’une absence imprévue de dernière minute au sein du personnel. Les services ont été interrompus entre minuit et 6 h 30.
Selon Gilles Turmel, responsable des communications au CISSS du Bas-Saint-Laurent, cette situation s’est produite dans un contexte bien précis. « La personne qui devait prendre le relais ne s’est pas présentée, et celle qui aurait pu la remplacer terminait déjà un temps supplémentaire. Ce n’était donc pas une option », explique-t-il. Devant l’impossibilité de trouver une relève immédiate, l’établissement a dû déclarer une rupture de services, une décision qualifiée de « vraiment pas idéale ».
Dès la confirmation de la rupture, des corridors de services ont été activés, comme c’est le cas lors d’enjeux similaires, notamment en obstétrique. « Toutes les équipes sont informées, incluant les ambulanciers. Advenant un accouchement ou une situation urgente, les patients auraient été immédiatement redirigés vers les établissements hospitaliers de Rivière-du-Loup ou de Montmagny. »
Le même principe s’applique aux services préhospitaliers d’urgence. Les ambulances avaient été avisées de la rupture, et si un accident grave ou une urgence majeure étaient survenus durant la nuit, les usagers auraient été transportés vers un autre centre hospitalier disposant des services requis.
« Heureusement, aucun accouchement n’était prévu durant cette plage horaire, et aucune activité n’a eu lieu au bloc opératoire. Il ne s’est rien passé cette nuit-là. On n’a pas eu à gérer d’événement critique », souligne M. Turmel.
Le CISSS rappelle que ces mécanismes de réorganisation sont prévus pour assurer la sécurité de la population lorsqu’une rupture survient, même si ce type de situation demeure exceptionnel et non souhaitable.
Une situation inacceptable
Pour la Dre Marie-Ève Oreilly-Fromentin de La Pocatière, la situation est très déplorable, d’autant plus qu’elle ne découlait ni d’un manque de médecins ni d’un manque d’infirmières, mais bien de l’absence d’un technicien de laboratoire.
Pour la médecin, l’enjeu est loin d’être banal. Un hôpital, dit-elle, ne peut tout simplement pas fonctionner sans laboratoire. « Le problème majeur, c’est l’accès au sang. S’il arrive un patient qui saigne abondamment, et qu’on a besoin de faire une transfusion, c’est impossible sans le laboratoire », explique-t-elle.
Elle reconnaît le contexte exceptionnel évoqué par le CISSS du Bas-Saint-Laurent, soit l’absence imprévue d’un employé, et l’impossibilité de demander au technicien déjà à l’horaire, après 16 heures de travail consécutives, de prolonger encore son quart. « On ne peut pas demander à quelqu’un de faire 24 heures de suite, ça, je le comprends très bien », souligne-t-elle.
Toutefois, la Dre Oreilly-Fromentin déplore l’absence d’un plan B. À son avis, aucune solution de rechange n’avait été prévue pour pallier une situation aussi critique. « Il n’y avait pas de garde en disponibilité à la maison, quelqu’un qui aurait pu être appelé en cas d’urgence. C’est ça qui est problématique », dit-elle.
Elle précise que pour certaines analyses de base, les infirmières à l’urgence peuvent se débrouiller avec les moyens disponibles. Mais l’accès à la banque de sang demeure un point de rupture majeur. « C’est vraiment là qu’il y avait un trou de service », affirme-t-elle.
Même si l’urgence est demeurée ouverte durant la nuit, la capacité réelle de soigner des cas sérieux était limitée. « On ne pouvait pas fermer l’urgence, mais toute personne qui se serait présentée avec un problème le moindrement important aurait fort probablement dû être transférée dans un autre centre hospitalier », explique la médecin, ajoutant que cela aurait inévitablement entraîné des délais supplémentaires.
La Dre Oreilly-Fromentin reconnaît que la mise en place d’une garde en disponibilité entraîne des coûts pour le réseau. Toutefois, elle estime que ces frais auraient été moindres que ceux associés à un transfert interhospitalier. « On fait parfois des économies en se disant qu’il n’arrivera rien. Là, on a été chanceux. Mais on ne peut pas toujours fonctionner en espérant qu’il n’arrive rien », conclut-elle, appelant à une meilleure planification pour éviter que ce type de situation se reproduise.
