Il y a quinze ans, peu de gens auraient imaginé que le champignon deviendrait l’un des principaux moteurs de développement du Kamouraska. Pourtant, ce qui n’était au départ qu’une réflexion sur le potentiel des produits forestiers non ligneux est aujourd’hui devenu un vaste écosystème réunissant 180 entreprises, organismes et institutions.
« Tout a débuté il y a 15 ans, lors de la mise en place du Parc régional du Haut-Pays de Kamouraska. À l’occasion de ce projet, Biopterre a été amené à faire une étude afin d’analyser le potentiel des produits forestiers non ligneux dans le Haut-Pays du Kamouraska. C’est le champignon qui était alors ressorti comme le produit vedette. Tout part de là », raconte Pascale G. Malenfant, conseillère en développement mycologique et innovation à la MRC de Kamouraska.
À l’époque, les intervenants savaient déjà que des filières mycologiques existaient ailleurs dans le monde. « Nous voulions alors dynamiser la région, et le potentiel de développement avec le champignon était extraordinaire », explique-t-elle.
Le projet prend véritablement son envol lorsqu’une rencontre réunit élus, organismes de développement et chercheurs de Biopterre. « Le centre de recherche proposait carrément de faire de notre région une destination champignon. Les gens ont embarqué. Depuis 15 ans il y a eu plein d’étapes de développement, et on se retrouve aujourd’hui, en 2026, avec une filière super dynamique, un écosystème de 180 entreprises, organismes et institutions impliqués. C’est quand même gros quand on y pense », souligne Mme Malenfant.
Aujourd’hui, la filière touche une multitude de secteurs. Production alimentaire, transformation, commercialisation, inventaires forestiers, tourisme et recherche se côtoient dans un même réseau de développement. « Parce que c’est ça le but aussi. De dynamiser et faire rayonner le territoire, les communautés ainsi que notre économie », résume-t-elle.
Vaste consultation
Avant d’en arriver là, il a fallu définir une vision commune. « On a consulté près d’une centaine d’intervenants du Kamouraska. Comment vous voyez ça ? Qu’est-ce qu’il faudrait faire ou ne pas faire ? On a vraiment pris le temps, à ce moment-là, pour établir la vision et élaborer un plan pour y arriver. »
Les projets se multiplient ensuite, chacun ouvrant la porte au suivant. L’un des jalons importants survient en 2015 avec la création du Festival des champignons forestiers du Kamouraska, qui devient rapidement une vitrine majeure pour la filière.
Puis, en 2018, neuf représentants du Kamouraska se rendent en Espagne afin d’étudier des modèles déjà établis. « Ça a été majeur. Non seulement parce qu’on était hyper inspiré de ce qu’on a visité en Espagne, mais nous sommes revenus très crinqués, enthousiastes, et la tête pleine d’idées. En plus, une relation de confiance s’était établie entre les participants, et ça nous a toujours servis par la suite », note Mme Malenfant.
L’année suivante marque un autre tournant avec le transfert du leadership de la filière de Biopterre vers la MRC de Kamouraska. « C’est très révélateur, parce que le centre d’innovation a fait du transfert vers les entreprises et les communautés, a tenu le flambeau aussi longtemps que nécessaire jusqu’à ce que le territoire soit suffisamment mature pour reprendre le leadership. Et c’est ce qui s’est passé en 2019 », explique-t-elle. La création d’un poste de coordination mycologique permet alors d’assurer les communications, la recherche de financement, le développement de projets, le rayonnement, et le maillage entre les partenaires.
Selon Mme Malenfant, cette étape a permis d’obtenir des financements à plus long terme, et de donner davantage de profondeur au développement de la filière. Aujourd’hui, le Kamouraska mycologique repose sur trois grands axes : le mycoalimentaire, le mycotourisme et les mycotechnologies. « Dans chacune de ces filières, il se fait beaucoup de travail chaque année », affirme Pascale G. Malenfant, évoquant notamment le développement de produits, les formations, le soutien aux entreprises et l’avancement des connaissances.
Et les ambitions demeurent importantes. « On veut devenir un territoire leader au niveau des mycotechnologies. En ce moment, on travaille fort. On aimerait ça que dans dix ans, il y ait une grappe industrielle autour des mycotechs, qu’il y ait plusieurs entreprises qui se soient installées, développées, et qu’on devienne vraiment bon aussi dans ce domaine. »
Le pari du champignon : Le Kamouraska voit encore plus grand
Au-delà du succès actuel de la filière mycologique, le Kamouraska regarde déjà vers l’avenir. Pour les artisans du projet, l’objectif ne se limite pas à produire davantage de champignons, ou à attirer plus de visiteurs. Il s’agit de démontrer qu’un territoire peut se transformer en misant sur une ressource non traditionnelle, et sur un modèle de développement collectif.
« Je pense que la mission principale de tout ce projet territorial, c’est avant tout de démontrer qu’une région est capable de se développer en misant sur un modèle de filière, et en misant aussi sur une ressource qui est non traditionnelle », explique Pascale G. Malenfant.
Pour elle, cette démonstration demeure au cœur de la démarche. « C’est montrer que ce modèle-là est vraiment un bon modèle pour développer les régions du Québec. Ça, c’est une mission importante. » Elle tient à mentionner que les partenariats et les collaborations sont au cœur de ce développement, et y trouvent une place importante dans le succès de ce secteur d’activités. Pascale souligne notamment l’engagement des 14 organisations et entreprises formant le comité Kamouraska mycologique.
Les orientations sont clairement établies. « On souhaite toujours continuer à augmenter le nombre et la qualité des produits myco, on veut devenir une destination mycotouristique reconnue et continuer de la consolider, et on veut devenir un territoire leader au niveau des mycotechnologies », précise-t-elle.
Volet touristique
Le volet touristique prend d’ailleurs une importance grandissante. L’an dernier, plus de 5000 mycotouristes ont fréquenté le territoire. Le Festival des champignons forestiers du Kamouraska demeure l’événement le plus visible de cet univers. Présenté du 18 au 20 septembre à la Place de l’Expo de Saint-Pascal, il permet au grand public de découvrir un secteur économique souvent méconnu.
« Le Festival, c’est la vitrine par excellence. C’est l’événement phare, ce qui rayonne le plus. C’est ce qui crée aussi le lien entre le grand public et tout ce qui se fait dans la filière et qui est peu visible », souligne Mme Malenfant.
Cette année, plusieurs lauréats des Lauriers de la gastronomie québécoise y ont été mis en valeur, dont le Festival des champignons forestiers lui-même.
Le développement des mycotechnologies représente l’un des plus grands chantiers des prochaines années. Bien que ce secteur soit moins mature que les volets alimentaire et touristique, il suscite déjà de grandes attentes. « Il y a très peu de commercialisation de mycotechs aujourd’hui au Kamouraska. Mais on veut quand même devenir un territoire leader », affirme Pascale G. Malenfant. Les résultats obtenus jusqu’à maintenant encouragent les promoteurs à poursuivre leurs efforts, et la présence d’acteurs clés, comme Biopterre et la Formation continue du Cégep de La Pocatière, fait la différence.
« On a de belles réalisations, des prix, des reconnaissances, une certification, ça commence vraiment à rayonner de belle façon », se réjouit-elle. Cette reconnaissance a notamment pris une dimension internationale en 2025, lorsque le Kamouraska est devenu le premier territoire mycologique à intégrer la certification internationale Fungi Friendly Forest de l’Institut mycologique européen.


