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Noël sans toi 

Cette année, autour de la table des Fêtes, mon frère Steeve, sa petite Flavie et moi serons là. Mais une chaise sera vide. Photo : Courtoisie 

Noël arrive toujours avec son cortège de lumières, de chansons qu’on connaît par cœur, et de traditions qu’on répète presque machinalement. Et pourtant, chaque année, Noël ne dit jamais exactement la même chose. Ça dépend de l’âge qu’on a. De ce qu’on a vécu. De ceux qui sont encore là et de ceux qui ne le sont plus. 

Je lisais la chronique de notre bon sage Roméo Bouchard la semaine dernière. Il y décortiquait la naissance de Jésus, qu’il attribuait à une légende, un récit fondateur dont il fallait surtout retenir les leçons d’humanité et d’espoir. Il y allait de son interprétation, avec cette profondeur tranquille qui force à s’arrêter deux minutes. Si ce n’est déjà fait, allez la lire. Si vous l’avez lue, allez la relire. 

Avec l’âge vient une certaine sagesse. On va au-delà de l’apparence. On tente de comprendre. On gratte sous la surface. Et notre bon Roméo m’a fait réfléchir. Beaucoup. Sa conclusion du récit des saintes Écritures concernant la naissance de Jésus ? Aimez-vous les uns les autres. 

En y regardant bien, tout est effectivement là. En basant sa vie, ses actions, ses décisions sur cette affirmation, il ne peut en résulter que du bon. Du bien. Parce que le geste aura été posé dans l’amour du prochain, avec la volonté sincère de faire le bien. Tout le contraire de ce qui se passe actuellement dans le monde, direz-vous ? Vous n’avez pas tort. On n’y peut rien ? C’est là que l’on se trompe. 

Mon paternel, disparu en janvier, me disait souvent : « Ça va mal dans le monde ». Pourtant, il continuait de chantonner, d’offrir des sourires à la tonne. Ça faisait du bien au monde.  

Ce sera mon premier Noël sans lui. Et plus la fête approche, plus son absence prend de la place. Comme si chaque lumière installée, chaque chanson qui rejoue pour la millième fois venaient rappeler qu’il manque quelqu’un d’essentiel. 

Toujours est-il que… 

Ma mère disparue depuis plusieurs années, les traditions de Noël, chez nous, c’était lui. Le petit voyage au monastère des Petits Frères de la Croix pour aller voir leur magnifique crèche, c’était lui. Les appels répétés pour être certain que je n’oublie pas d’acheter la dinde, c’était lui. Les préparatifs, l’agitation, les dizaines de cadeaux, souvent des peccadilles enveloppées juste pour le plaisir de les développer, et de nous rappeler que dans son temps, lui n’avait eu que des pommes et des oranges, c’était lui. 

Vous savez, toutes ces choses qui, à force de se répéter, finissaient par nous taper sur les nerfs ? C’est exactement ça qui me manque aujourd’hui. 

Noël, quand on est jeune, c’est la fête. Plus tard, ça devient la mémoire. Et cette année, la mémoire est lourde. La chanson, je l’ai toujours trouvée tellement triste et nostalgique. Je l’avais même mentionné à son auteur, Alain Morisod, lors d’une entrevue. Il m’avait répondu candidement : « Vous êtes encore jeune. Un jour, vous comprendrez. » Il avait raison. Je comprends. 

Cette année, ce sera Noël sans toi, papa. On va quand même célébrer. Parce que tu aimais cette période-là. Parce que tu aimais la joie, les rassemblements, le bruit, la vie. On va rire, on va se souvenir, on va parler de toi au présent, comme si tu étais juste dans la pièce d’à côté. 

Et on va s’aimer. Fort. En contraste avec ce qui se passe dans le monde. Comme un petit geste de résistance tranquille. Un sourire à la fois. C’est comme ça que notre monde changera, deviendra plus beau. Ce sera grâce à nos câlins, nos sourires, nos je t’aime !  

Dites à vos proches que vous les aimez. Maintenant. Parce que c’est important. Parce qu’on ne sait jamais. L’an dernier, je ne savais pas que je vivais le dernier Noël de mon père. Le samedi, il était en grande forme. Le dimanche, il était parti. Je lui avais dit que je l’aimais. Heureusement. 

Amusez-vous, chantez, dansez et abusez. Aimez. Ça devrait arriver plus qu’une fois par année. 

Joyeuses Fêtes.