La Charte des valeurs telle que décrite dans le projet de loi 60 : « Une visée politique à saveur de non-dit. »
Telle est la conclusion qui se dégage d’une réflexion faite par un groupe de trente-quatre personnes, citoyens et chrétiens de foi catholique, provenant de Saint-Paul-de-Montminy, Sainte-Apolline-de-Patton, Sainte-Euphémie-sur-Rivière-du-Sud et Notre-Dame-du-Rosaire; municipalités faisant partie du territoire de la MRC de Montmagny, dans la circonscription de la Côte-du-Sud.
Invitées à prendre la parole, ces personnes se sont interrogées sur la signification d’une charte des valeurs et des implications sur la vie de foi catholique vécue individuellement et communautairement. Pour les participants à cet échange, l’évocation d’une éventuelle charte signifiait enfin un terme aux accommodations religieuses déraisonnables des dernières années. Cette charte aurait pu devenir un instrument de récupération du patrimoine religieux chrétien galvaudé.
Une évidence leur est rapidement apparue : les objectifs du document dépassaient leur compréhension de la charte annoncée et des attentes mal définies qu’ils en espéraient. C’est un projet de charte ambigu, niant l’expérience religieuse chrétienne. Il n’y avait plus rien à y comprendre pour d’humbles citoyens.
Dès l’annonce du projet de loi, des voix se sont élevées provenant de personnalités connues, de groupes sociaux, d’organismes religieux et politiques, d’universités et d’individus sensibilisés à ce projet. Une résistance s’est organisée pour dénoncer ce que pourrait être une charte des valeurs selon ce que l’on en comprend.
Et nous chrétiens de foi catholique, comment allons-nous exprimer notre foi dans le contexte d’une telle charte? Notre patrimoine religieux est-il en train d’être défiguré et humilié? Sommes-nous en train de perdre des droits acquis et l’héritage religieux de nos ancêtres? Inquiétudes, incompréhensions, colères, voilà l’appréhension qui se manifestait dans notre groupe de réflexion. Comment pourrons-nous résister à l’envahissement d’un projet de loi qui ne semble pas nous ressembler ni nous rassembler?
Pendant les échanges, le groupe a pris conscience que toutes les résistances avaient quelque chose de rationnel, mais surtout portaient la couleur d’une grande émotivité. Nous nous sentons impuissants à vouloir protéger notre droit de pratiquer notre religion et d’en être publiquement des témoins dans une société au pluralisme religieux.
Nos échanges nous ont permis de discerner que nos résistances venaient du cœur et que le projet de loi avait une froideur rationnelle.
Nous adhérons à l’affirmation du professeur Robert Mager de l’Université Laval qui écrit que « l’ensemble du projet de charte a une vision négative de la religion, de toute religion, de l’expérience religieuse elle-même et des institutions qui les incarnent ». (1) Le choix politique, le non-dit est « probablement le combat de la religion sous toutes ses formes : signes, idées, croyances, les pratiques, les institutions (2) Mager Ainsi politiquement faire disparaître de nos discours et du paysage social les mots : foi, religion, religieux.
De notre cœur de citoyens et de chrétiens, nous disons oui à une charte qui porte les couleurs de la culture religieuse des Québécois, une charte qui tient compte de l’agir historique des Québécois, de la fierté de nos ancêtres, qu’elle n’ait pas honte de son histoire culturelle, qu’elle fasse la promotion de l’égalité homme-femme, qu’elle précise l’importance des droits des enfants, qu’elle soit respectueuse des différences religieuses à visée non politique.
Nous réclamons une charte à saveur de vérité et aux couleurs de nos saisons québécoises : variées, attrayantes, chaleureuses, invitantes et libres.
Le groupe «Prenons la Parole» des paroisses de Saint-Paul-de-Montminy, Sainte-Apolline-de-Patton, Sainte-Euphémie-sur-Rivière-du-Sud et Notre-Dame-du-Rosaire.
Par Justin Picard ptre, Jean-Pierre Després
Rolande Raby scsl. Paul-Aimé Laferrière, d.p
Saint-Paul-de-Montminy, Qc
1 Robert Mager, professeur titulaire (Théologie) Université Laval « Une vision négative de la religion à la base du projet »
Texte personnel à la suite du point de presse initial sur le projet de Charte des valeurs québécoises par le ministre Bernard Drainville le 10 septembre 2013.

