Roméo Bouchard a récemment fêté ses 90 ans. Dans sa chronique, il a écrit que ça l’avait un peu désorienté. La vie a décidé qu’il avait encore de beaux chapitres à écrire sur cette terre qu’il a cultivée avec respect toute sa vie. Rencontre avec un sage à l’autre bout de sa vie.
Si le pas est plus lent, le sourire demeure franc, la pensée vive, la voix solide. Et les souvenirs remontent, souvent accompagnés d’une réflexion qui frappe juste. D’entrée de jeu, il parle de l’importance de sa chronique dans Le Placoteux. « C’est comme un dernier cordon ombilical qui me rattache à la communauté d’ici, où j’ai passé 50 ans de ma vie. C’est plus précieux que beaucoup de choses. Les commentaires me permettent d’oublier les gens qui gardent parfois un peu de rancœur. »
Parce qu’un militant, ça dérange. « Ça vient avec, ce n’est pas simple ». Ce qu’il comprend moins, c’est que certaines personnes lui reprochent encore des combats qui finalement se sont avérés positifs. « Quand ma gang et moi on a acheté le cabouron pour le protéger, et qu’on a fondé la Société des cabourons, plusieurs étaient contre. Aujourd’hui, la protection des cabourons est sur toutes les lèvres. »
Une enfance à l’eau bénite
Roméo Bouchard est un enfant du Lac-Saint-Jean. Né en 1936 à Normandin, il grandit dans une famille de défricheurs. « Sur notre ferme, il n’y a jamais eu de tracteur, que des chevaux. On a eu l’électricité lorsque j’avais 11 ans. On n’avait pas de toilettes intérieures, pas d’eau chaude, pas d’eau courante. C’était la pompe à bras. »
Aîné d’une famille de 11 enfants (deux sont morts à la naissance, un à quatre ans), il travaille fort sur la ferme, même s’il n’est pas vraiment quelqu’un de « manuel ». À la mort de son père, à ses 18 ans, sa mère décide de vendre la ferme, et lui dit de poursuivre ses études.
C’est ce qu’il fait, au séminaire de Chicoutimi. Puis, il choisit la prêtrise. « À l’époque, le seul métier d’animateur social, c’était être prêtre. Alors je ne me suis pas posé bien des questions. »
Études à Rome
Il part étudier à Rome, où il est ordonné prêtre. Plutôt que devenir missionnaire en Afrique, ses supérieurs l’envoient enseigner au Collège de Jonquière. Le milieu est très progressif et lentement, quelque chose se fissure. « Après cinq ans, j’ai complètement décroché de la foi. C’était les années 1960, la Révolution tranquille. Les institutions étaient remises en question. Les jeunes étaient des libres penseurs et je ne voyais plus aucune raison de jouer cette comédie. »
Avec un confrère, Charles Lambert, il quitte les ordres et cosigne le livre Deux prêtres en colère. « J’y explique que la science défait tous les mythes de la création de l’âme éternelle. C’est un livre sur l’explication de la fin de la religion, la mort de Dieu. Ça a été un best-seller à l’époque. »
Le retour à la terre
Roméo avait suivi ses convictions et quitté la prêtrise. Mais le professeur qu’il était se retrouvait aussi sans métier. Les collèges n’engageaient pas de défroqués. Au début des années 70, il part à Montréal étudier en sciences politiques. Il devient éditeur de la publication Le Quartier latin. C’est en 1975 qu’il retourne à la terre et choisit Saint-Germain. C’était l’époque hippie.
« On était des vrais. Je travaillais tout nu sur mon tracteur. On passait pour des extra-terrestres. On n’a pas été acceptés d’emblée. Il nous a vraiment fallu faire nos preuves », dit-il. Très tôt, le petit groupe commence à déranger, à questionner des pratiques et à s’impliquer dans des questions environnementales. « Moi, c’était l’agriculture biologique, il y a aussi eu la protection des arbres, des oies blanches, du fleuve. »
Le groupe s’est aussi opposé à la réfection du rang Mississipi. « Ça a fait des mécontents. Les cultivateurs voulaient un rang en asphalte et aussi l’argent du gouvernement qui les expropriait pour rénover le chemin. »
Dans la jeune trentaine, Roméo Bouchard était le plus âgé du groupe de hippies, les autres étaient dans la vingtaine, sans métier. « On a vécu en commune. »
Roméo avait acheté la ferme d’Isidore Levesque. « Il s’est créé entre lui et moi une sorte de lien de parentalité. Il m’a traité comme son fils. » Ce coin de terre, Roméo l’a baptisé « Le petit pays. ». La vie en commune a été courte et il s’est retrouvé seul avec la terre et les dettes qu’il a entièrement payé en deux ans, après avoir enseigné au cégep de Rivière-du-Loup et à l’Université du Québec.
Et en quelques années, il a remonté une ferme quasi abandonnée. « Lentement, du trèfle est apparu. C’est ce qui m’a permis d’avoir une certaine crédibilité auprès des gens d’ici. J’avais fait mes preuves. »
Il y vivra pendant vingt ans. « Les plus belles années de ma vie, je les ai passées sur ma ferme, à élever mes deux fils dont j’avais eu la garde. C’était un milieu de liberté, d’ouverture. Beaucoup de gens venaient acheter nos produits de la ferme. Ça a vraiment été un plaisir énorme de vivre sur la ferme avec mes enfants. »
Évolène Lüthi, qui a pris le nom de sa mère, une Suisse, possède Moderna Records. Géronimo travaille à Saint-Pascal comme menuisier et cultive la lavande aux Jardins du petit pays, dans le rang Mississipi.
Le paysan qui dérange
Les années suivantes marqueront le début de luttes où il défendra les villages et l’agriculture à échelle humaine. Celles-ci se profilaient au fur et à mesure qu’il découvrait son nouveau territoire.
« Je me suis approprié mon coin en cultivant, en découvrant le fleuve, les battures, la pêche. » À travers cela, il fonde le journal Les Côtes-Saint-Germain, publié durant dix ans. « Je faisais tout : les reportages, les illustrations, j’étais entièrement libre. Je crois que c’est ce qui a permis, à partir des années 90, tout le développement qui s’est fait à Saint-Germain : Le Théâtre des prés, le Symposium de peinture, la protection des cabourons, la Maison du Rendez-vous. Ici, il y avait 300 personnes. On a pris comme slogan “Saint-Germain, c’est beau”. Ça a fini par être vrai. »
Mais voilà qu’il voit s’installer dans son Kamouraska plusieurs porcheries. « Il s’en était construit 22 en l’espace de quatre ou cinq ans. À tel point que tous les cours d’eau dans le Kamouraska étaient en surplus de phosphore. Morts, à toute fin pratique. » La contestation s’organise.
Sauver les campagnes
En 1998, il fonde à Saint-Germain la coalition Sauver les campagnes, qui s’approprie différentes luttes environnementales tout en remettant en question le monopole de l’Union des producteurs agricoles (UPA). C’est ce mouvement qui a donné naissance à l’Union paysanne (UP), qu’il a fondée avec Maxime Laplante en novembre 2001. « On a déjà été 3000 membres. Nous étions forts et écoutés par le gouvernement. Cette période été l’expérience la plus importante de ma vie. »
Pourquoi a-t-il démissionné en 2005 ? « Ma démission est survenue plus tôt que prévu, à la suite de tensions internes provoquées par le décret par le gouvernement d’un moratoire et d’un BAPE sur l’industrie porcine, qui était alors au cœur des luttes menées par l’Union paysanne. C’est Maxime Laplante, mon ami et cofondateur de l’Union, qui a pris la relève et qui, encore aujourd’hui, tente de relancer la lutte pour une réforme en profondeur de notre modèle agricole qui nous a complètement échappé avec ce qu’on a appelé “la conquête des marchés mondiaux”. »
Parce que pour Roméo Bouchard, rien n’a changé. « Le modèle n’est plus rentable. La commission Pronovost, dans son rapport, en 2008, a prouvé de brillante façon qu’on pouvait ouvrir l’agriculture, la diversifier, et la redéployer dans toutes les communautés. Mais tout ça a été mis de côté. Ça fait 40 ans que je me bats sur l’agriculture. J’ai l’impression de n’avoir rien gagné. »
Ces luttes l’ont fait connaître du grand public. « Pour les intellectuels et les militants de la grande ville, je demeure un “indigène” des régions. Au début de l’Union paysanne, j’ai croisé Pierre Falardeau à Montréal. En me voyant, il a levé les bras et s’est écrié : “Wow ! Les farmers sont en ville !” Ça résume tout. »
La vie à 90 ans
« On ne meurt pas d’un coup. On s’efface tranquillement ». À 90 ans, Roméo Bouchard voit le temps autrement. Entre les souvenirs, les inquiétudes, les réflexions sur la vieillesse, l’ancien militant parle avec sagesse et lucidité.
Ses réflexions il les partage sur sa page Facebook, qui compte des milliers de fidèles. « Les gens ne sont pas toujours d’accord, mais personne ne me conteste jamais sur les questions agricoles. » De son propre aveu, il n’avait pas imaginé se rendre à cet âge.
« Mon père est mort à 43 ans, et je trouvais qu’il était vieux. Dans le temps, on dépassait rarement 60 ans. Alors pour moi, l’âge pour mourir, c’était 65 ans. » Si 70, 80, 85 ans étaient pour lui des étapes, 90 constitue un tournant. « Parce qu’on meurt lentement. On perd des morceaux, tranquillement. » Sa santé lui demande plus d’attention. Il a combattu un cancer, des problèmes de cœur. Il doit surveiller ses poumons.
Fier de Saint-Germain
Avec le recul, l’homme se dit très fier de ce qu’est devenu Saint-Germain. « Il n’y avait pratiquement rien au niveau culturel. On a consulté les gens, qui nous ont dit de miser sur le territoire pour développer. D’où l’idée de faire venir les peintres pour peindre Saint-Germain, d’où le choix de la vocation d’avenir comme village de nature, de culture et d’agriculture », dit-il, ajoutant avoir eu la chance de travailler avec Jean Gladu, qu’il considère comme l’un des meilleurs designers graphiques et artistes au Québec.
« Avec lui, nous avons créé les images de “Saint-Germain c’est beau” et de “Kamouraska le doux pays”. Territoire, image et culture se sont enchaînés pour donner l’envol à une explosion communautaire de nature et de culture : Théâtre des prés, Symposium de peinture, Héritage Kamouraska, Société et Sentier des cabourons, rang Mississipi, Maison du Rendez-vous, Plage de Saint-Germain, Cirque de la Pointe-Sèche, transformation de l’église en ateliers, et une dizaine d’entreprises maraîchères : Jardins de la mer, ferme le Raku, les Jardins du banquet, Jardins qui ravigotent, Jardins à tout vent, Jardins à Mathieu, Jardins du petit pays, etc. Et tout cela a essaimé à Kamouraska, où les boutiques, restaurants et marchés artisans de toutes sortes sont apparus, à Saint-André (Tête d’allumette, paroi d’escalade, Halte des battures), créant un centre régional d’attractivité sans précédent. »
Pour Roméo, l’âme de cette petite révolution a été la Corporation de développement des ressources de Saint-Germain qu’il a dirigée pendant plus de dix ans.
La relève
Roméo n’a aucune crainte pour l’avenir culturel de Saint-Germain. « Quand j’ai rencontré Élyme Gilbert [le fondateur du Cirque de la Pointe-Sèche], j’ai tout de suite constaté que j’avais un successeur au niveau culturel. Il a pris la vague et l’a portée plus loin, ailleurs. »
Se sent-il tassé ? « On se détache lentement du monde. Et le monde continue en se détachant aussi de nous. Il n’y a plus beaucoup de place pour les porteurs d’identité. Alors on ressent le besoin de se retirer.
Qu’est-ce qu’on lui souhaite ? « De pas trop… de pas être trop malade. J’ai plus peur de la souffrance que de la mort. J’ai fait ce que j’avais à faire, j’ai eu des succès et des insuccès, mais j’ai toujours été dans l’action. Toujours. »
Sous le regard de Roméo
Que pense-t-il d’un autre référendum sur la souveraineté ?
« Je crois de moins en moins à la stratégie du référendum classique. C’est un exercice qui a tendance à diviser en deux camps. Encore trop de gens ne sont pas guéris de l’identité canadienne pure et simple et ne sont pas capables de réfléchir à plus que ça. »
Que ferait-il s’il était au Parti québécois ?
« Je promettrais une assemblée constituante. Et le projet de constitution qui en sortirait, ce serait ça l’objet du référendum. C’est le peuple qui doit choisir. »
Croit-il encore au pays du Québec ?
« Je déteste le slogan “On veut un pays”. C’est à peu près le pire que le PQ colporte. On en a un, un pays. Il est là, en dessous de nos pieds. C’est notre pays, il existe. On n’a simplement pas la souveraineté politique de l’État. »
Que pense-t-il du projet de constitution du Québec ?
« Il faut écrire une constitution du Québec, mais il faut que ce soit le peuple qui l’écrive par une assemblée constituante. C’est ce que je suis allé défendre en commission parlementaire sur le projet de constitution du ministre Simon Jolin-Barrette. »
Que pense-t-il de l’intelligence artificielle ?
« On est en train de capoter. Nos capacités de penser, de réfléchir et de décider sont en train de migrer dans ces centres de données. Parce qu’on ne pense plus. L’intelligence artificielle pense pour nous, elle réfléchit, elle analyse, elle décide. C’est dangereux, ça. Elle décide. »
Quelque chose qu’il aurait aimé faire ?
« J’aurais aimé aller en Afrique et en Inde. Je suis fasciné par l’Afrique. Je trouve que les Noirs sont des êtres humains d’un autre ordre, d’une intensité vitale qui est pure. À Rome, lors de mes études, on était 125 de 22 nationalités, dont plusieurs africaines que j’aimais beaucoup. Pour l’Inde, j’ai été l’un des premiers à m’intéresser ici au Québec aux religions orientales, à donner des cours là-dessus. »
Roméo et moi
Roméo est un fil fascinant dans la trame qui tisse ma vie. J’ai fait sa connaissance alors que je codirigeais le magazine Bio-bulle, consacré à l’agriculture biologique. Dès 2001, Roméo y collabore, d’abord pour y présenter l’Union paysanne, et rapidement à titre de collaborateur régulier, pour partager sa vision du monde agricole et de la société en général.
Quand je l’ai connu, la bataille du rang du Mississipi avait été menée, et celle des porcheries ne faisait que commencer. En 2002, son livre Plaidoyer pour une agriculture paysanne m’ouvre les portes d’un monde autre, un monde possible pour peu qu’on s’y mette ensemble, un monde où le paysan nourrit avant tout sa communauté, dans le respect de la terre et des écosystèmes. Roméo est un visionnaire.
Il m’a ensuite entraînée dans son monde culturel. Durant quelques années, j’ai conçu avec lui le matériel promotionnel du Symposium de peinture de Saint-Germain-de-Kamouraska. Il m’a embarquée avec lui dans une aventure où le pays devient canevas, où les artistes le saisissent à pleines couleurs, l’interprètent avec sensibilité, et le retournent au monde, magnifié, sublimé. Roméo est un poète.
En 2003, Roméo fonde le Journal de l’Union paysanne, et me fait l’honneur de m’en confier la conception et le montage. L’aventure sera de courte durée, mais intense, comme Roméo. Fort de son expérience au Quartier latin, il structure rigoureusement le Journal, et en fait un organe de diffusion et de revendication pertinent et généreux, où les fermiers et les paysans prennent enfin toute la place. Roméo est un journaliste.
Roméo est aussi un auteur prolifique, un penseur hors du commun, un battant courageux, un bâtisseur infatigable. Il est temps que son Doux pays le reconnaisse. Pour ma part, je le remercie. Pour tout.
Éliane Vincent
L’incontournable Roméo Bouchard
J’ai fait ta connaissance, Roméo, alors que tu avais à peu de choses près l’âge que j’ai actuellement. Je cherchais des alliés pour résister à la montée fulgurante de l’industrie porcine, et je t’ai rencontré, haut en couleur, fonceur, articulé, rigoureux. Le mouvement Sauver les campagnes fut la scène de nos premiers contacts, un rassemblement ambitieux visant à défendre le milieu rural contre les invasions délirantes des projets industriels.
Je ne découvrais pas seulement l’univers des comités de citoyens engagés, mais également des leaders, des penseurs qui osent émerger de l’enlisement intellectuel pour entreprendre l’action. Tu es de cette trempe.
Tu as su m’inspirer cette énergie, canaliser ma frustration en matière d’agriculture au Québec, assez pour entreprendre l’organisation du colloque Repenser l’agriculture. 2001. Ce fut le tremplin pour une collaboration intense qui mena à la fondation de l’Union paysanne. Cette aventure épique nous plongea dans l’univers exaltant mais souvent sombre de l’agriculture québécoise, soudant notre complicité. Nous avions tous deux une bonne expérience agricole, mais nous allions de surprise en surprise en découvrant les méandres parfois boueux de ce monde. J’avais, en toi, déniché un impressionnant amalgame d’expérience du terrain et d’esprit d’analyse. La connivence était totale.
On ne s’ennuie jamais avec toi ! Tu n’as jamais été et ne seras jamais indifférent, neutre, ennuyant. Je n’ai aucune idée réaliste du nombre d’heures passées à discuter, de soirées au téléphone, les ondes passant du Kamouraska au comté de Lotbinière, des années durant.
Mais alors que je découvrais au départ un militant, un convaincu de la ruralité, de l’autonomie des peuples, j’ai découvert encore plus important : un ami. Merci Roméo.
Maxime Laplante
Pratiquement une légende !
Du plus loin que je me souvienne, c’est mon père qui me parlait avec éloge de toi, bien avant de prendre le Kamouraska comme terre d’accueil.
Lui, qui était maraîcher biologique marginal, s’identifiait et s’impliquait à sa manière dans l’Union paysanne de Roméo. Dès mon atterrissage au manoir Campbell-Rankin à Saint-Germain, les publications et les écrits de l’Union paysanne ont refait surface lors du grand ménage de ma nouvelle demeure. C’est comme si tu avais créé une partie de l’histoire de cette maison mystique. J’avais l’impression d’entrer dans un repaire de rebelles révolutionnaires.
C’est avec surprise et plaisir que tu es venu à la rencontre des nouveaux « étranges » que nous étions, pour nous souhaiter la bienvenue… Et sûrement un peu pour savoir quelles mains écriraient les prochaines lignes de l’histoire de la Pointe-Sèche ! Le premier contact fut agréable et harmonieux.
Roméo, tu as toujours su trouver les bons mots pour m’appuyer dans ma quête de nouvelles aventures. Ton regard approbateur et ton calme m’ont aidé à confirmer mes choix de vie, et m’ont apporté de l’énergie dans mes folies.
Malgré les années à porter sur tes épaules, et la vie à porter à bout de bras, l’homme devant moi est encore droit et fort !
Longue vie !
Elyme Gilbert
Le défenseur du Québec
Imaginez un homme cultivateur, intellectuel, jardinier, poète, influenceur, cuisinier, amoureux, polémiste, père, grand-père, citoyen, écrivain, journaliste, concepteur, rédacteur, auteur, professeur, lecteur, analyste, romancier, communicateur, animateur.
Un homme cultivé, bienveillant, un sage, un patriote luttant pour la survie de son « petit pays », pour les régions et pour le Québec. Un mystique parti de son école de rang qui se retrouva à Rome pendant sept ans, pour finir par publier Deux prêtres en colère. Eh bien, cet homme existe ! Il habite Saint-Germain-de-Kamouraska, et vient de fêter ses 90 ans !
Roméo Bouchard est mon ami depuis 1968, et mon complice professionnel. Nous sommes complémentaires. Lui le contenu, moi la forme. Lui les textes, moi les images. C’est un privilège et un honneur d’avoir collaboré avec lui toute ma vie professionnelle. Cela a donné, entre autres : Le Quartier latin magazine, Nous le monde ordinaire et On barre Cadbury pour la CSN, et plus récemment : Kamouraska Le Doux Pays ainsi que Saint-Germain, c’est beau !.
J’ai eu la chance de côtoyer, dans le cadre de mon travail, des héros québécois comme Michel Chartrand, Pauline Julien, Alfred Pellan, Maurice Richard, Marcel Pepin, et Gérald Larose. Roméo Bouchard est de ceux-là. C’est le plus grand défenseur de notre pays encore vivant !
Jean Gladu, artiste visuel
Roméo, mon mentor
Roméo, tu es mon mentor, mon grand sage, mon vaillant. Au fil des années, j’ai appris à te connaître, et j’ai découvert en toi un émerveillé colérique. Comme si tu oscillais toujours entre ton indignation devant un monde qui te déçoit à plusieurs égards, et ta capacité d’émerveillement grandissante.
Tu es un amoureux de la terre. Tu m’as appris le sens de la bataille pour le territoire. Autant tes emportements me déroutent quelquefois, autant je trouve que tu es une voix nécessaire dans le bruit d’un monde qui, particulièrement, se détourne de la parole des aînés, des sages. Je ressens pour toi une amitié sincère et profonde.
Lorsque je te regarde vieillir à distance, je prends la mesure de tout ce qui se passe en toi dans ce bilan que tu fais en ce moment. Et s’il y a une chose que je te souhaite pour tes 90 ans bien remplis à essayer de déchiffrer un monde qui va trop vite, surtout pour ceux nés à une autre époque, c’est une paix intérieure où tu pourras reconnecter au sens de ta valeur en admirant le fleuve et la terre.
Sois heureux, mon ami
Christian Bégin
90 ans déjà !
Que le temps passe ! Que de bons moments nous avons partagés ! À mon retour à Saint-Germain, quelle fut ma surprise d’entendre parler d’une gang de pouilleux venus s’installer au village.
Tu faisais partie de ce groupe, les fameuses années 70. On s’est rencontrés au Bar chez Tanguay, j’étais loin de m’imaginer que le sort du village changerait autant. Les projets se sont succédé, des idées de fou comme on le pensait à l’époque. Des projets dans lesquels je me suis impliquée.
Je suis devenue comédienne, présidente du symposium et autres. J’ai aussi la chance de connaître des artistes formidables, des politiciens, des touristes qui sont venus découvrir le Doux Pays. Cet héritage restera dans le cœur de ceux qui se sont investis, et les jeunes familles en profitent en adoptant notre village.
À toi, mon ami de longue date, continue de nous faire apprécier la région, et de nous faire réfléchir par tes écrits.
Michèle Laplante

