Les deux jeunes filles qui ont été froidement abattues le 15 octobre dernier dans le stationnement du restaurant Normandin de Rivière-du-Loup, Cassandre Hamel Hardy, 19 ans, et Noémie Dionne, 24 ans, deux amies sans antécédents judiciaires, habitaient à Saint-Pascal.
Le drame s’est déroulé rapidement. Un témoin a rapporté avoir entendu des coups de feu aux alentours de 22 h, heure à laquelle les policiers ont été avisés. La sergente Audrey-Anne Bilodeau de la Sûreté du Québec affirme qu’à leur arrivée sur les lieux, à l’angle du boulevard Cartier et de la rue Plourde, les agents ont constaté que deux femmes qui se trouvaient dans un véhicule automobile étaient grièvement blessées. Le décès de l’une d’elles a été constaté sur place, et l’autre au centre hospitalier de Rivière-du-Loup.
« Puisque leurs décès sont considérés comme des meurtres, c’est le service des enquêtes sur les crimes contre la personne qui a la responsabilité de l’enquête », affirme la sergente Bilodeau, confirmant que les décès semblent avoir été causés par arme à feu. La Sûreté du Québec n’écarte pas l’hypothèse que ce drame soit lié au crime organisé.
Confrères de travail sous le choc
Noémie Dionne avait travaillé aux Pêcheries Ouellet de Kamouraska cet été. Sous le choc, l’équipe de l’entreprise lui a rendu hommage sur sa page Facebook.
« Noémie Dionne a travaillé avec nous à la poissonnerie cet été. On avait appris à la connaître, à l’apprécier, et elle était aimée de nos clients. Noémie, c’était une fille douce, attachante, qui faisait partie de notre quotidien », lit-on, l’entreprise ajoutant ne pas comprendre.
« On a de la misère à croire qu’une jeune femme qu’on côtoyait encore il y a quelques semaines puisse nous être enlevée de cette façon. C’est incompréhensible et tellement triste. Noémie avait son propre parcours, avec ses hauts et ses bas, comme chacun de nous. Elle méritait de poursuivre sa route, de vivre de belles choses et de profiter de la vie. C’est tellement difficile d’accepter qu’elle soit partie dans des circonstances aussi tragiques. »
Ma sœur n’était pas une trafiquante
Dans un vibrant hommage à Cassandre Hamel Hardy, sa sœur, originaire de Mont-Carmel, a déploré sur Facebook le traitement réservé à cette affaire, et le fait que les médias ont divulgué l’identité des victimes alors que ses proches n’avaient pas encore été avisés. Elle soutient par ailleurs que Cassandre et Noémie ont été utilisées, et ne sont pas des trafiquantes. « C’est la générosité et l’empathie [de Cassandre] pour les autres, son entêtement à ne voir que la beauté des choses qui auront eu raison de ma petite sœur. Non, ma sœur n’était pas une trafiquante, non ma sœur ne méritait pas ça ! », écrit-elle.
Aucune des deux n’était connue des policiers. Personne n’a encore été arrêté, et l’enquête se poursuit. Deux incendies suspects qui ont été allumés dans un bloc appartements et une résidence de Rivière-du-Loup, l’un le jour même du drame et l’autre le lendemain, pourraient avoir des liens avec cette affaire. Selon le bureau d’enquête de TVA, ce double meurtre serait relié au crime organisé, et aurait été commandé de l’intérieur d’un établissement carcéral.
Une population sous le choc
Solange Morneau, la mairesse de Saint-Pascal, connaissait bien les deux jeunes filles. Lorsqu’elle a appris la nouvelle, elle était sous le choc, et un sentiment d’incompréhension l’habitait.
« C’était presque mes voisines. Elles habitaient le même bloc appartements, qu’elles ont quitté, je crois, à la fin de l’été. On s’était souvent rencontré et salué, à l’épicerie, aux Pêcheries Ouellet, surtout Noémie qui possédait un chien. Lorsque je marchais avec le mien, on se saluait, on parlait de nos chiens. Lorsque j’ai eu la confirmation que les victimes c’était elles, je ne comprenais vraiment pas. Ça a été une grande surprise », dit-elle.
L’une de ses plus grandes inquiétudes était la réaction et l’anxiété des proches. « Elles avaient un grand réseau d’amies. En tant que mairesse de Saint-Pascal, je voulais vraiment m’assurer qu’on donnerait des outils à ces jeunes. Perdre des amies de cette manière, c’est difficile à comprendre pour des adultes, alors imaginez pour des adolescents et des jeunes adultes. Ça génère certainement énormément d’anxiété. J’ai donc rapidement parlé à la Sûreté du Québec, afin qu’ils s’occupent de ces jeunes dans les écoles. »
Le travailleur social de la Sûreté du Québec s’est rendu rencontrer les jeunes à l’école secondaire, de même que la famille des disparues.
Sentiment de crainte
À Rivière-du-Loup, où s’est produit le drame, une espèce de sentiment de honte généralisée semblait s’être installé au sein de la population. Plusieurs regardaient par terre, et parlaient peu de cet événement que l’on voit d’habitude dans les grandes métropoles, et qui s’est produit chez eux. À Saint-Pascal, c’était tout le contraire.
« À l’épicerie, samedi matin, les gens m’en parlaient beaucoup, et me faisaient état de leur inquiétude, surtout des personnes âgées. Dimanche aussi, c’était le sujet de conversation partout. Je veux les rassurer. Notre population est bien protégée à Saint-Pascal. Notre relation avec la Sûreté du Québec est dix sur dix, et on m’a assuré que notre population n’avait rien à craindre. Il n’y a aucun danger à Saint-Pascal. »


Cassandra Hamel-Hardy
