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Les éboueurs du Capital Chronique de Roméo Bouchard

Roméo Bouchard. Photo : Archives Le Placoteux

C’est le titre d’un petit livre-choc que vient de publier un professeur de
l’École des Hautes Études commerciales (HEC) de l’Université de Montréal,
Yves-Marie Abraham. Un éboueur, selon le dictionnaire Larousse, est une
personne chargée de ramasser les poubelles, et selon ce professeur critique
de notre économie capitaliste, les travailleurs communautaires bénévoles
ou salariés sont, en réalité, ceux qui ramassent les poubelles de notre
économie capitaliste et de notre politique libérale.

Les laissés pour compte de notre système capitaliste

«Il n’y a jamais eu de capitalisme vert ou juste, écrit le professeur Abraham,
et il n’y en aura jamais. L’accumulation du capital n’est possible que dans la
mesure où une partie des coûts de l’activité économique n’est pas acquittée
par celles et ceux qui en tirent profit. C’est le cas notamment des nombreux
dégâts que cette activité cause sur le plan écologique (pollutions,
destruction du cadre de vie, maladies…) et sur le plan social (pauvreté,
exclusions, inégalités et tensions sociales…). Ces dégradations risquent de
finir par entraver le processus capitaliste lui-même. Il faut donc s’en
occuper. C’est le travail de celles et ceux que j’appelle les éboueurs du
Capital. Leur rôle est de nous éviter d’être envahis par les poubelles du
capitalisme qui ne cessent de déborder. »

Un bon exemple présentement est celui de l’itinérance résultant de la crise
du logement, de l’exclusion sociale, des maladies mentales, de l’abus des
drogues, etc. Mais les laissés pour compte de notre système économique et
politique sont nombreux. Au Kamouraska seulement, on compte 35
organisations communautaires autonomes qui s’occupent de leur mieux
des analphabètes, des chômeurs, des accidentés, des aînés, des malades
chroniques, des handicapés, des victimes de violence, des jeunes, des
suicidaires, des pauvres, des toxicomanes, des malades mentaux, des
familles, de ceux qui ont faim, des hommes en difficulté, des sans logis, etc.

Le communautaire est à boutte

Naturellement, nos éboueurs sont mal payés et mal traités. Leur
financement est un problème constant. Il vient d’une part des dons de
philanthropes ou de fondations, qui récupèrent une grande partie de leurs
dons par des exemptions d’impôt, et d’autre part des gouvernements, qui
accordent au compte-goutte et sur une base de programmes non
récurrents, un financement qui constitue une aubaine pour eux, une sorte
de fonction publique au rabais, mais ne permet pas à ces groupes de
planifier leurs opérations et de payer décemment leur monde.

L’an passé, ces groupes communautaires ont tenté de faire la grève pour
obtenir un meilleur financement : «Le communautaire est à boutte »,
disaient leurs pancartes. Mais ils ont du rentrer sans obtenir gain de cause
parce qu’ils assurent des services essentiels à des personnes démunies.
En définitive, tous ces travailleurs communautaires bénévoles ou mal
payés, qui font un travail essentiel pour rendre la misère tolérable et
répondre à des besoins que ni l’entreprise ni l’État ne veulent combler,
permettent à nos dirigeants économiques et politiques d’éviter l’explosion
sociale et de continuer à maintenir leurs profits et leur pouvoir. Ils sont
précieux pour tous les laissés pour compte et les victimes de notre société
capitaliste, mais ils le sont surtout pour nos dirigeants économiques et
politiques. Les entreprises dites d’économie sociale, comme les
coopératives, tentent de s’autosuffire financièrement mais obéissent
finalement à la même logique.

Malgré tout, le nombre et les besoins des personnes démunies et laissées
pour compte ne cessent d’augmenter…