Le dernier clou du cercueil Énergie Est

Billie Marcuzzo-Roy, Simon Côté, Thomas Hiessler et Dominique Pépin-Guay, militants de la première heure des mouvements STOP Oléoduc en Côte-du-Sud. Photo : Maxime Paradis.

La chose peut sembler anecdotique, mais pour les militants de la première heure du mouvement STOP Oléoduc la symbolique est forte. En plein milieu du Verger de l’Évolution à Sainte-Louise est désormais plantée une pancarte rappelant la mobilisation citoyenne régionale contre le projet Énergie Est, dernier clou du cercueil de cet oléoduc mal-aimé qui n’aura finalement jamais vu le jour.

Nous sommes dans l’arrière-pays de Sainte-Louise, sur la route Gamache. Un « local » pourrait pratiquement croire que c’est une erreur et qu’on se trouve plutôt dans le territoire de Saint-Damase-de-L’Islet.

À la frontière de ces deux villages se tiennent depuis bientôt un an les ateliers écoéducatifs Le Semoir : Verger de l’Évolution, un projet développé par Arbre-Évolution et s’adressant aux classes de 4e à 6e année du primaire de la Côte-du-Sud. L’école est terminée depuis environ un mois, mais le Verger grouille de vie. Des employés d’Arbre-Évolution font la récolte des petits fruits qui seront transformés en jus, un groupe de jeunes filles du Camp Trois-Saumons y passent l’avant-midi.

« L’oléoduc aurait passé ici. Tout ce que vous voyez dans ce champ, ça n’aurait pas existé. Ce n’est que tout récemment qu’on a découvert que le Verger se trouvait sur le chemin du dernier tracé d’Énergie Est », raconte Simon Côté, coordonnateur général d’Arbre-Évolution et militant de la première heure des mouvements STOP Oléoduc sur la Côte-du-Sud.

Quand il a entendu parler pour la première fois du projet Énergie Est de TransCanada — aujourd’hui TC Énergie —, nous étions en 2012 et Simon venait d’assister à une mobilisation pratiquement similaire dans la Baie-des-Chaleurs qui avait porté fruit. Il était convaincu qu’en se mobilisant, la région pouvait tenir tête à la multinationale.

Avec l’aide d’autres citoyens et le soutien d’organisations de défense de l’environnement sont nés les mouvements STOP oléoduc un partout au Québec, dont ceux sur la Côte-du-Sud — Kamouraska, Montmagny-L’Islet — ont été à l’origine de la mobilisation provinciale. Simon Côté agissait à l’époque à titre de porte-parole du mouvement sud-côtois.

« La mobilisation a été intense pendant trois ans. Les locaux d’Arbre-Évolution et de LINÉAIRE Écoconstruction à L’Islet étaient en quelque sorte le quartier général où transitait les centaines de pancartes Coule pas chez nous qui ont été placardées un peu partout », se souvient Dominique Pépin-Guay, président de Linéaire Écoconstruction et vice-président d’Arbre-Évolution.

Malgré des manifestations courues qui ont même forcé la compagnie à annuler une soirée d’informations à Saint-Onésime-d’Ixworth, la partie n’était pas gagnée d’avance. Thomas Hiessler, trésorier et chargé de projets chez Arbre-Évolution, se rappelle d’une soirée tenue par TC Énergie à Sainte-Louise. L’opinion générale n’était pas si défavorable au projet, au départ.

« On était dans l’après-tragédie à Mégantic. Même si on avait des arguments environnementaux béton contre le projet et que la compagnie manquait beaucoup de transparence en ne répondant pas à toutes les questions des gens, c’est nous qui portions l’odieux de dire à la population qu’un pipeline ce n’était pas mieux qu’un train », dit-il.

Points tournants

Les arguments économiques portés par TC Énergie et les « pro-oléoduc » n’ont finalement pas fait le poids. Après des débuts plus ardus, le vent a tourné et l’opinion publique et politique a fini par se ranger du côté des militants.

« Le premier gain a été le port de Cacouna qui devait servir de terminal à l’exportation. Ensuite, il y a eu le passage de Gabriel Nadeau-Dubois à Tout le monde en parle qui a permis d’amasser 380 000 $ en 24 h et qui ont servis à mettre sur pied la fondation Coule pas chez nous qui elle a permis de financer des conférences un peu partout pour informer les gens », poursuit Simon Côté, qui agissait également à titre de trésorier au sein de cette fondation.

À la même époque, la MRC de L’Islet est devenue la première au Québec à s’opposer au passage de l’oléoduc au début 2015. Dans la région de Montréal, maires et élus ont ensuite emboîté le pas. À la suite de l’élection des Libéraux à Ottawa, l’appui au projet était désormais moins vigoureux qu’à l’époque des Conservateurs. Même chose à Québec, où les partis les mieux en vue chez les électeurs — PLQ et CAQ — demandaient désormais à la compagnie de respecter certaines conditions environnementales avant de donner leur assentiment au projet.

TC Énergie a finalement enterré Énergie Est à l’automne 2017, en évoquant « une analyse approfondie des nouvelles exigences ». Pour les militants de STOP Oléoduc, il n’y a pas de doutes possibles, la mobilisation citoyenne a sonné le glas de ce projet, en plus de créer un précédent. « L’argument qu’on ne peut pas gagner contre des gros, ce n’est pas vrai. Énergie Est en est l’exemple criant », enchaîne Simon Côté.

Aujourd’hui, là où devait couler un oléoduc s’étend un verger où des enfants viennent travailler une parcelle dans une approche écoéducative. « L’information, la connaissance, c’est l’arme ultime », déclare Thomas Hiessler. Et quoi de mieux qu’une pancarte permanente pour rappeler qu’ici, la connaissance a triomphé au nom de l’environnement.