Les cueilleurs amateurs les récoltent jalousement dans nos forêts. Les chefs cuisiniers leur rendent justice en les mettant de l’avant dans leurs plats. Les scientifiques les étudient et en expérimentent différents usages dans leurs laboratoires. Il n’y a plus de doutes possibles, la magie des champignons opère plus que jamais au Kamouraska. Et si ces minuscules petits parasols avaient non seulement le pouvoir de changer une région, mais aussi le monde ?
Le secret n’est pas encore trop ébruité, car les installations ne sont pas terminées. Dans l’ancien bâtiment de Viandes Kamouraska à Saint-Pascal, depuis racheté par le Groupement forestier du Grand-Portage qui y a aménagé une plateforme de conditionnement de la biomasse, Biopterre y a aussi fait son nid, ou plutôt celui de son Mycohub, lieu d’expérimentation unique dans l’application des mycotechnologies.
Si le Centre collégial de transfert de technologie (CCTT) du Cégep de La Pocatière se garde bien de dire qu’il s’apprête à changer le monde au sein de cette usine-pilote, il reconnaît néanmoins que le potentiel des champignons est infini. « Quand l’autoclave sera prêt, on pourra dire qu’on est vraiment opérationnel », indique Émilie Gingras Pilon, professionnelle de recherche chez Biopterre, qui dévoile pour la première fois ces nouvelles installations à un média de la région.
Un biofermenteur est aussi à venir, renchérit-elle, et cet équipement à lui seul devrait positionner le Mycohub de Saint-Pascal comme étant assez unique en Amérique du Nord. Mais déjà avec le pasteurisateur, l’ensacheuse, la salle d’incubation, celle servant à la fructification et une autre à pression positive, les infrastructures de Biopterre sont très bien pourvues et quelques expérimentations pour des entreprises ou des particuliers qui ambitionnent se lancer dans la culture de champignons ou le développement de mycomatériaux, entre autres, sont entamées.
Quelques applications
Ce jour-là, Émilie est justement à valider l’évolution de ses pleurotes bleus, l’un des quelques projets de recherches actuellement menés au sein du Mycohub. Elle ouvre la porte de la salle de fructification et une forte odeur de crème de champignons monte au nez, de quoi faire rêver n’importe quel grand chef. Les pleurotes sont là sur une tablette, se dévoilant dans toute leur splendeur à travers la brume et la chaleur humide de la pièce exiguë. Elle prend un sac et l’apporte dans la pièce voisine (salle à pression positive), que les chercheurs appellent entre eux la salle « blanche ». La grosseur des pleurotes impressionne, si telle est la caractéristique recherchée par le client.
« Si on dit que le Mycobub est une usine-pilote, c’est parce qu’on peut appliquer des protocoles de recherche à grande échelle. L’équipement nous permet d’optimiser un paquet de paramètres pour favoriser les cultures, leur croissance et bien orienter la production. Tester tout ça à l’échelle industrielle est une plus-value, car on peut ensuite bien orienter notre client sur ses procédés de production et les infrastructures que ça nécessite pour y parvenir », résume Émilie.
Elle sort ensuite une caissette moulée à partir de substrat de paille et liée par du mycélium qui n’a pas fructifié. Il s’agit d’un exemple parmi tant d’autres de ces mycomatériaux qui remplacent ici la styromousse et dont Biopterre peut contribuer à développer entre les murs de son Mycohub.
Juste à côté, Émilie dévoile une autre machine qui sert cette fois à faire des bûches de substrat compressé. Son fonctionnement s’apparente à celui d’une machine à rouler des cigarettes. Les bûches qui en ressortent serviront à expérimenter la culture du shiitake qui pousse en temps normal sur le bois.
« Il y a aussi la mycoremédiation qui pourrait être expérimentée. Il s’agit de décontaminer le sol, de l’eau ou même faire dégrader des plastiques à partir des champignons. Avec notre biofermenteur, on pourrait très bien prendre un substrat contaminé, faire des tests avant et après, et en venir à élaborer un protocole de décontamination précis. Il n’y a pas de limites aux mycotechnologies », reconnaît la professionnelle de recherche, de quoi relancer l’idée qu’il est peut-être possible de changer le monde, un champignon à la fois.




