De Sainte-Hélène-de-Kamouraska à Hong Kong, la trajectoire de Rémi Leclerc continue de tracer un chemin improbable, quelque part entre la batterie, les consoles de son et les aéroports. Le Placoteux l’a joint en Chine, où il travaille à l’ouverture d’une nouvelle salle de spectacle d’envergure internationale.
« J’ai été dans plein de milieux, autant comme musicien que comme technicien. À un moment donné, tu te fais apprécier, tu te fais référer, et quand ça te donne l’occasion de voyager, c’est encore plus le fun. Moi, j’aime beaucoup voyager », dit le technicien et musicien autodidacte né en 1961 à Québec, et qui vit à Sainte-Hélène-de-Kamouraska. Force est d’admettre qu’il s’est forgé une vie professionnelle qui n’a rien du parcours typique.
Pour son séjour actuel à Hong Kong, il accompagne le collectif Vidéo Phase, qui offre une nouvelle forme artistique hybride combinant en un seul objet musique, vidéo et technologie. « Je les ai rencontrés lorsque je travaillais dans les Maisons de la culture à Montréal. Leurs performances qui mêlent projections, caméras et écrans m’ont immédiatement interpellé. Je leur ai dit : si jamais vous avez besoin d’un technicien, demandez-moi. »
Cette simple phrase lancée au bon moment s’est transformée en années de collaboration ponctuelle pour le pigiste. Vidéo Phase prend de l’ampleur, s’exporte, garde le contact. Résultat : des tournées internationales, dont une récente au Festival de Séoul, puis ce spectacle à Hong Kong.
« Hong Kong, c’est la deuxième fois. Mais l’Asie, je suis allé plus d’une dizaine de fois », rappelle Rémi. Parmi ses expériences marquantes : un quart de siècle de tournées avec l’Arsenal de la musique. « Chine, Italie, Brésil… On a fait du cirque, du théâtre musical. Vingt-cinq ans, ça a été vraiment un exploit de fidélité. »
Un théâtre neuf, immense et prestigieux
Sa mission actuelle se déroule au East Kowloon Cultural Centre, un complexe culturel fraîchement inauguré. « C’est immense. C’est un peu comme la Place des Arts. Il y a une grande salle de concert, un théâtre, une petite salle, des répétitions, des expositions. Tout est neuf, super high-tech, riche. »
La taille du lieu reflète aussi la démesure de la ville. « Il y a énormément de monde. On voit des tours d’habitation de 50 étages partout. Dans une seule tour, il y a plus de monde qu’à Sainte-Hélène. » C’est d’ailleurs dans cinq de ces tours résidentielles de la ville qu’a eu lieu récemment l’incendie meurtrier qui, selon le dernier décompte, a fait 159 morts.
Bouffe, langue et patience
La découverte se poursuit jusque dans les assiettes. « La bouffe est très bonne. Il faut savoir choisir. Les nouilles chinoises d’ici, ça a un rapport quand même avec celles qu’on connaît, mais pas tant. C’est délicieux. » Le vrai défi, c’est la langue. La vieille expression « c’est du chinois » prend tout son sens. « En anglais, on ne se comprend pas. On traduit les écritures avec le téléphone. C’est plus facile qu’avant. »
Plus facile, mais pas plus simple. « Quand tu es en Asie, tout est plus compliqué. Des fois, tu demandes une affaire, c’est long. Ils sont nombreux, ça parle beaucoup. Tu ne comprends pas ce qu’ils disent. Ça finit par arriver, mais il faut être patient. » Et le travail lui-même demande toute une adaptation. « Ici, il n’y a pas quatre ou cinq personnes avec nous, ils sont vingt ou trente. Tu te demandes ce qu’ils font. Ils sont six ou sept autour de la même affaire. C’est un travail très collectif. Ce n’est pas individuel du tout. »
Liberté et contacts humains
Voyager pour travailler donne à Rémi Leclerc un sentiment affirmé de sens et d’espace. « Ce que ça m’apporte ? La liberté. Le contact humain aussi. Dans une situation de travail, ce n’est pas pareil que voyager pour le plaisir. Tu as un projet commun. Tu rencontres des gens, tu partages quelque chose. C’est le fun », dit Rémi, qui reconnaît aussi la chance qu’il a.
« Vivre de la musique, ce n’est pas facile. Alors tu développes des à-côtés. Moi, mon à-côté, c’est la technique. On reste dans le domaine du spectacle. Et, oui, avec la musique et la technique, j’en vis. C’est merveilleux. »
Dans le Kamouraska, il est loin d’être inactif. « Il y a de la demande, notamment avec le Cirque de la Pointe-Sèche. C’est tellement magnifique ce qu’ils font. C’est une grande chance de faire partie de ce projet-là. Ça me permet d’en vivre. »
Malgré ses nombreux chantiers techniques, il demeure profondément musicien. Membre du groupe Miriodor depuis 1981, formation culte de musique inventive et inclassable, il fait aussi partie d’Allochtone, un projet improvisé aux sonorités expérimentales. Deux projets atypiques portés par une curiosité constante.
Une vie entre deux valises
Rémi Leclerc partira bientôt pour le Japon. « Je profite de mon passage ici pour faire une escale plus longue à Tokyo, mais en vacances. Je n’y suis jamais allé. C’est mon rêve d’aller au Japon », conclut le technicien-musicien qui mène une vie simple et complexe à la fois, ancré dans la nature de Sainte-Hélène, mais toujours prêt à traverser un océan, sa valise toujours prête. Une belle manière de garder l’équilibre. « On ne sait jamais ce qui peut arriver dans la vie. »

