On entend souvent dire que peu de gens s’intéressent à la politique municipale, surtout des femmes. Ann-Sophie Marin est l’exception. La jeune femme de 26 ans a été élue conseillère à Sainte-Hélène-de-Kamouraska avec un résultat sans équivoque de 73,99 % des votes. Portrait d’une passionnée qui n’a pas fini de surprendre.
« Je viens d’un petit village, Saint-Noël, entre Rimouski et Matane. J’y ai grandi à partir de mes sept ans », raconte Ann-Sophie, dont le parcours est tout sauf linéaire. Après des études en santé animale au Cégep de La Pocatière, elle s’est rendu compte que ce domaine n’était pas fait pour elle. Elle a cumulé les emplois divers, avant de trouver sa passion en comptabilité. Elle occupe un emploi dans ce domaine tout en complétant sa formation.
Son intérêt pour la politique est né presque par accident. L’ancienne mairesse de Saint-Hélène Louise Émond, qu’elle connaissait bien, a vu en elle une future élue. « Elle me disait : “Je suis sûre que tu aimerais ça, tu rencontrerais du monde, tu pourrais donner ton avis”. » L’idée a germé. Installée depuis deux ans à Sainte-Hélène, Ann-Sophie Marin cherchait ce qu’elle n’avait pas trouvé à son arrivée : un sentiment d’accueil, un village où les nouveaux se sentent attendus. « Quand je suis arrivée, je ne connaissais personne. Il n’y avait pas vraiment d’activités, pas d’accueil. J’ai trouvé que ça clochait », dit-elle.
Sa candidature n’était donc pas un geste impulsif. C’était un besoin de changement. Et une volonté d’apporter ce qu’elle aurait elle-même aimé recevoir. « Je me suis dit que je pouvais offrir un œil nouveau, celui d’une jeune, d’une future maman. »
Pas de porte-à-porte
À la différence des campagnes électorales conventionnelles, la sienne s’est déroulée surtout en ligne. Pas de porte-à-porte, mais une présentation sur Facebook, relayée par des gens influents qu’elle connaissait déjà, dont le conseiller Marc Landry et la conseillère Cynthia Ouellet. « Ils m’ont contactée tout de suite. Ils m’ont dit : “T’es full dynamique, ça va faire du bien, un vent de jeunesse”. Ils ont partagé mon post au max. Ils ont presque fait ma campagne pour moi », dit-elle en riant.
Restait à savoir si les électeurs seraient sensibles à cette énergie renouvelée. Au soir du vote, l’attente interminable sème le doute. « À dix heures, je commençais à être triste. Je voyais toutes les municipalités sortir leurs résultats, sauf la nôtre. Mon chum disait : “C’est parce que t’as pas été élue, et qu’ils ne savent pas comment te le dire” », raconte-t-elle.
Le verdict tombe finalement par courriel, en même temps qu’un message du directeur général. Elle l’a emporté largement sur son adversaire qui occupait le siège numéro 5 depuis une dizaine d’années. « C’était fou. J’avais des papillons dans l’estomac. » Même si son chum à ses côtés lui disait de se calmer, que ce n’était que de la politique, pour elle, c’était un monde tout nouveau qu’elle s’emploie désormais à changer, une résolution à la fois.
De l’euphorie aux responsabilités
Budget de novembre, séances extraordinaires, rencontres hebdomadaires, vie professionnelle, études, grossesse, si Ann-Sophie Marin est entrée en politique de plein fouet, elle voit déjà ses efforts porter fruit.
Parmi ses priorités se trouvait l’accueil des nouveaux arrivants. Et le conseil a déjà adopté une nouvelle pratique : chaque mois, des membres du conseil municipal iront saluer les nouveaux résidents, leur présenter les services, les activités, la politique familiale. « Moi, juste ça, ça m’aurait fait me sentir plus dans la communauté. C’est gênant d’aller vers le monde, mais quand le monde vient vers toi, c’est autre chose », explique-t-elle.
Son initiative a été accueillie avec enthousiasme. « Tout le monde a dit : “Ben oui, ça fait mille ans qu’on est ici, on ne pensait pas que ça allait changer quelque chose”. Mais pour du monde qui arrive de l’extérieur, c’est sûr que c’est le fun de se faire dire bienvenue. » À sa grande surprise, sa jeunesse est un avantage plus qu’un obstacle. « Je pensais que mon avis allait moins compter. Au contraire, ça apporte quelque chose. Ils se disent : “C’est vrai, on ne voyait pas ça de même”. »
La mairesse, Annie Levasseur, est très fière de sa nouvelle conseillère. « Dès notre première rencontre, j’ai senti sa belle énergie positive, sa capacité à écouter et à saisir rapidement les enjeux en lien avec le rôle de conseillère. Ann-Sophie a un horaire très chargé, entre le travail, les études et la famille, mais a tout de même décidé de s’impliquer dans sa communauté, elle a toute mon admiration. En peu de temps, nous avons déjà développé une belle collaboration et une complicité », dit-elle.
« En tant que mairesse, je me trouve très chanceuse de l’avoir dans l’équipe pour nous partager sa vision, et bénéficier de son aide afin d’avancer les projets qui nous tiennent à cœur. Nous travaillons toujours vers cet objectif d’offrir aux citoyens de Sainte-Hélène-de-Kamouraska un milieu où l’on cultive le bonheur, et où il fait bon vivre. Bravo Ann-Sophie ! »
Ann-Sophie Marin souhaite maintenant inspirer d’autres jeunes à suivre ses traces en politique municipale. « Il ne faut pas juste écouter ce qu’on dit. Ce n’est pas vrai qu’on entend juste chialer. Il y a tellement de beaux projets ! » La jeune conseillère sourit lorsqu’on lui fait remarquer que son discours et son attitude positive donnent presque envie de se lancer en politique. Déjà, ses idées circulent autour de la table, et son regard neuf influence la culture municipale.
Sainte-Hélène compte près de 900 habitants. Dans les yeux d’Ann-Sophie Marin, c’est un terrain fertile où chaque geste peut changer quelque chose. À seulement 26 ans, elle agit déjà pour faire une différence. Son attitude positive est contagieuse, condition première pour réaliser de nouveaux projets.

