L’été est enfin arrivé. Pour plusieurs, c’est la plus belle période de l’année. Les vacances approchent, les terrasses se remplissent, les BBQ reprennent du service, et les longues soirées nous donnent l’impression que le temps ralentit un peu. Après tout, l’été est fait pour ça : décrocher.
On cherche tous une façon de s’évader. Certains partiront à l’autre bout du monde, d’autres resteront à la maison. Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise façon de profiter de l’été. Au fil des ans, j’ai aménagé ma cour arrière à mon goût. Coin feu, spa, BBQ au charbon, espace lecture, quelques oiseaux qui me rendent visite, et même une rocaille dont je suis beaucoup trop fier pour un homme de mon âge. À certains moments, je me demande pourquoi je paierais une fortune pour retrouver ailleurs ce que j’ai déjà chez moi. Puis je me rappelle qu’on ne voyage pas seulement pour voir autre chose. On voyage pour penser autrement.
À mes débuts, quand j’animais à la radio, je travaillais souvent six jours sur sept. Un jour, un patron m’a fait remarquer que je racontais toujours les mêmes histoires. Il avait raison. Lorsqu’on ne sort jamais de son environnement, on finit par tourner en rond. Le monde continue de bouger, mais nous un peu moins.
Toujours est-il que
Pendant que nous planifions nos escapades, que nous cherchons le meilleur emplacement pour notre chaise longue, ou que nous nous demandons si la météo sera assez belle pour le week-end, je ne peux m’empêcher de penser à un endroit que je fréquente depuis près de 45 ans : Cuba.
Parce que c’est aussi l’été à Cuba
Le même soleil. La grande chaleur — fait chaud l’été à Cuba. Les mêmes journées qui s’allongent. Sauf que là-bas, l’été 2026 n’aura pas tout à fait le même visage. Nous cherchons un coin d’ombre pour l’apéro ? Là-bas, ils cherchent un endroit où il y a de l’électricité. Nous remplissons nos glacières pour la plage ? Là-bas, la nourriture pourrit parce que les réfrigérateurs cessent de fonctionner. Pendant que nous cherchons à décrocher, les Cubains cherchent simplement à tenir le coup. Et les virus et maladies inhérentes à la crise qui sévit provoqueront une situation humanitaire sans précédent.
C’est Cuba
Souvent, lorsqu’on demande aux touristes de nous parler de Cuba, la réponse concernant la nourriture est toujours la même. « C’est Cuba. » Ils ont toujours fait de leur mieux avec ce qu’ils avaient. Et avec le sourire. Là, ils n’ont plus rien. Et au-delà des plages magnifiques et de l’eau azur, ce sont les sourires de gens qui sont devenus des amis qui me viennent à l’esprit. Leur sourire qui est mis à rude épreuve. Le tourisme fait vivre une bonne partie de la population. Or, les hôtels ferment, de grandes compagnies aériennes y ont suspendu leurs liaisons, l’économie continue de s’enfoncer.
Nous avons raison de vouloir décrocher. Nous en avons besoin. Mais entre deux moments de bonheur, prenons aussi une seconde pour nous rappeler que ce même été qui nous invite au repos n’offre pas les mêmes privilèges à tout le monde.
À quelques heures d’avion, sous le même soleil qui réchauffera nos terrasses, des milliers de Cubains passeront leur été à contourner des amas de déchets, à attendre le retour du courant, et à espérer des jours meilleurs. Et tout à coup, nous apprécierons notre sangria un peu chaude.

