La menace de nouvelles surtaxes douanières états-uniennes fait monter la pression dans le secteur manufacturier de Côte-du-Sud. À quelques jours de leur entrée en vigueur, prévue le 19 août, le député fédéral de Côte-du-Sud–Rivière-du-Loup–Kataskomiq–Témiscouata Bernard Généreux sonne l’alarme. Il demande une intervention urgente du gouvernement libéral afin de protéger les entreprises manufacturières de la région.
Plusieurs manufacturiers importants de la circonscription, dont Amisco, Innovair, Montel, Prolam, Teknion et Rousseau Métal, de même que des entreprises de leur chaîne d’approvisionnement, comme Plastique Gagnon, sont directement concernés par l’incertitude commerciale actuelle.
« Ce ne sont plus des scénarios hypothétiques. Nos manufacturiers prennent déjà des décisions dans un contexte d’incertitude qui menace leurs investissements et leurs emplois. Si de nouveaux tarifs s’ajoutent le 19 août, c’est toute une chaîne économique qui risque d’être frappée : nos usines, leurs fournisseurs, les transporteurs, les travailleurs, leurs familles et nos commerces », affirme le député.
Le secteur manufacturier constitue l’un des piliers de l’économie régionale, soutien-il. Déjà affectées par les vagues précédentes de tarifs, et par l’incertitude entourant les échanges avec les États-Unis, certaines entreprises de la région évaluent leurs pertes à plusieurs millions de dollars.
Un effet domino redouté
Chez Rousseau Métal, le président-directeur général Charles-Alexandre Paré estime que les conséquences pourraient largement dépasser les seuls exportateurs. « Les répercussions des nouveaux tarifs pourraient être critiques pour de nombreuses entreprises québécoises, tant directement qu’indirectement. Au-delà des manufacturiers exportateurs, c’est tout un écosystème de fournisseurs, de sous-traitants, de transporteurs et de travailleurs qui risque d’être touché », souligne-t-il.
Même inquiétude chez Amisco. Une partie considérable des revenus de l’entreprise provient de la vente aux États-Unis de produits de cuisine et de salle à manger. « L’imposition de tarifs de 50 % sur nos produits affecterait considérablement leur compétitivité par rapport à celle de manufacturiers de meubles non canadiens. Cette situation serait très néfaste pour notre organisation », affirme son président et chef de la direction, Luc Robitaille.
Chez Prolam, on prévient également que les conséquences pourraient se faire sentir des deux côtés de la frontière. L’entreprise fabrique notamment des planchers spécialisés utilisés par des manufacturiers états-uniens de remorques. Selon sa directrice RH et administration, Anne-Marie Pelletier, les tarifs feraient augmenter les coûts de ces fabricants, lesquels pourraient ensuite se répercuter sur les entreprises de transport, les chaînes d’approvisionnement, et éventuellement les consommateurs.
Le spectre de la délocalisation
La principale crainte concerne maintenant la possibilité que certaines entreprises transfèrent une partie de leur production au sud de la frontière afin de respecter leurs engagements envers leurs clients états-uniens, et d’éviter de perdre leur compétitivité. Une telle décision pourrait avoir un effet domino dans la région.
Selon Bernard Généreux, les conséquences ne se limiteraient pas aux emplois directement liés aux usines exportatrices, mais pourraient également toucher toute la chaîne commerciale des communautés où elles sont implantées.
Cette nouvelle menace, rappelons-le, survient alors que le secteur manufacturier doit déjà composer avec les incertitudes entourant l’avenir de l’ACEUM, les différentes mesures tarifaires états-uniennes, la concurrence internationale, et les difficultés de recrutement de main-d’œuvre. Le secteur forestier demeure également fragilisé par le conflit sur le bois d’œuvre.
Ottawa interpellé
Bernard Généreux réclame maintenant trois mesures d’Ottawa, soit une intervention diplomatique urgente auprès des autorités états-uniennes afin d’obtenir un moratoire, des exclusions, ou des exemptions sectorielles ; un soutien financier temporaire pour les entreprises touchées, et la désignation d’un interlocuteur gouvernemental chargé de coordonner les démarches et de transmettre rapidement l’information aux manufacturiers.
Des entreprises de la région ont également interpellé les ministres fédéraux concernés afin que leur situation soit prise en compte dans les discussions avec les États-Unis. « Chaque jour compte. Le gouvernement libéral doit agir rapidement pour éviter que des décisions prises à l’extérieur du pays entraînent des conséquences irréversibles pour nos travailleurs, nos entreprises et nos communautés », conclut Bernard Généreux.
Le député demande donc au gouvernement fédéral de présenter une réponse concrète d’ici le 17 août, soit deux jours avant l’entrée en vigueur prévue des nouvelles surtaxes états-uniennes.