Publicité

Frédéric Poulin: La vie après l’épreuve

Frédéric Poulin. Photo : José Dave Soucy

Frédéric Poulin tentera cet automne, pour une deuxième fois, de se faire élire député de Côte-du-Sud sous la bannière du Parti conservateur du Québec. Entrepreneur, autodidacte et ancien maire de L’Isle-aux-Grues, l’homme de 53 ans se décrit comme un « homme de solution » qui souhaite voir le Québec faire mieux. Son parcours personnel a toutefois été marqué par une dure épreuve : le décès de son épouse Karina Lemieux, le 5 février 2022. Un événement qui a bouleversé sa vie, mais qui l’a également fait grandir.

Atteinte d’un cancer des ovaires incurable, la mère de leurs deux enfants a choisi de recourir à l’aide médicale à mourir. Elle n’avait que 46 ans. Près de quatre ans et demi plus tard, Frédéric Poulin a accepté de revenir sur cette période de sa vie dans une entrevue accordée au Placoteux. Il y parle de la maladie, du deuil et de ses enfants, mais surtout des enseignements qu’il en a tirés.

« Dans la misère, dans le deuil, dans l’oubli de toi, par rapport à tes enfants, il y a beaucoup de beauté. Il y a beaucoup d’amour », explique-t-il.

Traitements, rémission et récidive

Les premiers signes remontent à 2019, alors que Karina commence à ressentir des douleurs au dos. Le diagnostic tombe : un cancer des ovaires de stade quatre, « un tueur silencieux », dit-il. Commence alors une période rythmée par les examens et les traitements. En raison de son jeune âge, Karina peut suivre un protocole qui donne des résultats encourageants, et une période de rémission s’amorce. « À ce moment, elle n’est pas tout à fait sauvée, car c’est cinq ans avant qu’on puisse dire si la guérison est complète », précise-t-il.

Pour célébrer cette bonne nouvelle, la famille s’offre un voyage de deux semaines et demie en Espagne à la fin du mois de février 2020. Elle revient au Québec en mars, au moment où la crise de la COVID-19 commence à bouleverser la planète. L’accalmie sera de courte durée.

Pendant le confinement, Karina commence à ressentir d’étranges tremblements dans les jambes. Elle croit d’abord à des spasmes musculaires. Une visite à l’hôpital de Montmagny permet toutefois d’établir qu’elle avait des convulsions. Les examens révèlent ensuite que des métastases ont atteint son cerveau. Le cancer s’est malheureusement propagé.

Malgré tout, Frédéric Poulin continue d’espérer. « L’espoir ne s’éteint jamais. Tu espères toujours qu’il va y avoir un miracle inexpliqué, comme il y a dans les films », raconte-t-il avec le trémolo dans la voix.

« Une victime, pas quatre »

La progression de la maladie oblige également Frédéric et Karina à préparer leurs deux enfants à une réalité qu’aucun parent ne souhaite devoir expliquer. Des psychologues sont notamment mis à contribution pour les accompagner.

Une idée devient alors centrale : le cancer peut prendre Karina, mais il ne doit pas détruire derrière elle la vie de toute la famille.

« Le seul moyen que le cancer fasse juste une victime dans la famille, c’est que les trois autres continuent à vivre », raconte-t-il.

Une date sur le calendrier

Lorsque la maladie ne laisse pratiquement plus d’issue, Karina décide de recourir à l’aide médicale à mourir. La date est fixée au 5 février 2022. Savoir exactement quand l’autre va partir change les rapports. « Tu ne peux plus être dans le déni. Tu ne peux plus cacher tes émotions », résume-t-il.

Frédéric et Karina parlent alors ouvertement des bons souvenirs, mais aussi des frustrations, et des choses qui n’avaient jamais été dites. « Même si ça blesse l’autre, tu le dis. Parce que […] tu vas ne jamais avoir l’occasion de lui dire, après. »

Les derniers mois sont particulièrement difficiles physiquement pour Karina, qui vit pendant environ trois mois avec un tube naso-gastrique. Avant de mourir, elle prend le temps de rencontrer ses proches individuellement, et garde notamment ses deux enfants pour la fin. Quelques mots adressés à Frédéric resteront profondément gravés dans sa mémoire : « Je te fais confiance ».

C’est une courte phrase qui prend un poids considérable pour un père qui sait que la mère de ses enfants est sur le point de partir. Pour Frédéric, la phrase devient une responsabilité, un devoir, voire une mission. « Il fallait que je sois digne. Elle m’a fait confiance pour ses enfants », résume-t-il. Le 5 février, Karina meurt entourée de ses proches.

De la beauté dans le pire

Lorsqu’il revient sur cette journée, Frédéric Poulin ne parle toutefois pas uniquement de souffrance. Il parle aussi de beauté et d’humanité. Il garde notamment un souvenir très fort de deux infirmières venues effectuer la dernière toilette de Karina. Leurs gestes, leur discrétion, et le respect avec lequel elles traitent son épouse le bouleversent.

Frédéric Poulin dit avoir rencontré, pendant cette épreuve, des gens « d’immense valeur ». Il découvre alors une autre facette du réseau de la santé : celle des personnes qui accompagnent les familles lorsqu’il ne reste plus rien à guérir.

Une crise cardiaque, puis la politique

Après le décès de Karina, Frédéric Poulin laisse à ses enfants le temps de vivre leur deuil. Après quelques jours, ce sont eux qui demandent à retourner à l’école. Le père avait tenu le coup pendant la maladie de son épouse, mais son corps avait également encaissé les derniers mois. Deux semaines plus tard, Frédéric Poulin se retrouve à son tour à l’hôpital après une crise cardiaque. Comble de chance, malgré tout, elle n’est que de faible intensité. Son corps, cependant, lui parle visiblement…

Quelques mois plus tard, le Parti conservateur du Québec souhaite le recruter comme candidat dans Côte-du-Sud. Sa première réponse est non. Encore en deuil, et occupé à prendre soin de ses enfants, la politique n’est pas sa priorité. Une discussion avec eux le fait toutefois réfléchir. Sa fille lui fait comprendre que s’il souhaite tenter l’expérience de la politique provinciale, le moment est peut-être venu. Il accepte. Le 3 octobre 2022, Frédéric Poulin termine deuxième dans Côte-du-Sud, derrière le caquiste Mathieu Rivest. Il a mordu la poussière, mais a tout de même bien performé. Il n’a d’ailleurs pas dit son dernier mot…

Continuer n’est pas oublier

Aujourd’hui, Frédéric Poulin le dit clairement : « Tu n’oublies jamais. » Il refuse cependant que le deuil devienne une prison. Il a refait sa vie et est retombé amoureux, sans considérer qu’il s’agit d’une trahison envers Karina. C’est également le message qu’il a transmis à ses enfants : personne ne remplacera leur mère, mais cela ne signifie pas qu’ils doivent fermer la porte à l’amour des autres.

Sa foi demeure également importante. Lorsqu’on lui demande si elle l’a aidé à traverser le deuil, il répond sans hésitation.

« Ça ne m’a pas aidé seulement dans mon processus de deuil, ça m’a également aidé partout dans ma vie ! ».

Frédéric Poulin repart maintenant pour une deuxième campagne électorale. Son tempérament et son goût pour le débat sont toujours présents, mais il affirme avoir évolué depuis 2022. Il se dit plus serein et plus expérimenté. Politiquement, il souhaite notamment voir le Québec développer une « mentalité de gagnant », réduire la bureaucratie et la réglementation qu’il juge inutiles, et redonner davantage de liberté et de pouvoir aux citoyens.

Quoi qu’il en soit, Frédéric Poulin se souvient encore des dernières paroles de Karina, ce qui l’aide encore aujourd’hui à avancer dans ce défi de taille : « Je te fais confiance ». Reste maintenant à savoir si les électeurs de Côte-du-Sud lui accorderont la leur le 5 octobre prochain.