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Dynamitage du Cap au Diable : Québec ouvre officiellement une enquête

Les dommages causés au Cap au Diable vus des airs. Photos : Pierre Lahoud

Le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs (MELCCFP) a complété la cueillette d’information dans le dossier du dynamitage du Cap au Diable, qui a été transmis à la Direction des enquêtes et du renseignement le 21 septembre. C’est dire qu’une enquête officielle est ouverte.

Selon Ghizlane Behdaoui du MELCCFP, au terme de cette enquête, des recommandations pourraient être faites au Directeur des poursuites criminelles et pénales, et il appartiendra à ce dernier de déterminer s’il y a lieu d’enclencher des poursuites pénales pour des infractions à la Loi sur la qualité de l’environnement ou à ses règlements.

« Le Ministère n’exclut pas de prendre tout autre recours à sa disposition, ajoute Mme Behdaoui. Considérant l’enquête en cours, le Ministère doit limiter ses commentaires à ce sujet. » Au moment d’écrire ces lignes, le maire de Saint-Denis, Frédéric Landry, n’avait toujours pas répondu à l’invitation du Placoteux de commenter l’avancée du dossier à la municipalité.

Parce que si le MELCCFP a ouvert une enquête afin de déterminer s’il y a eu manquement à la Loi sur la qualité de l’environnement, la Municipalité doit de son côté vérifier seulement si les travaux respectent le permis de déboisement accordé et sa réglementation, notamment sur l’excavation, le remblai et le déblai. Le maire, qui habite lui-même le secteur, affirme avoir été informé de la situation à la mi-juin. Il a depuis reconnu que les travaux dépassaient le permis accordé. Près de quatre mois plus tard, certains observateurs trouvent que les vérifications municipales s’étirent en longueur, d’autant plus que la municipalité peut faire respecter sa réglementation sans attendre les conclusions de l’enquête gouvernementale.

Mais au-delà du dynamitage, c’est toute la question du développement passé et futur de ce secteur qui devra être clarifiée. Malgré le luxe de plusieurs résidences, aucune ne bénéficie de services municipaux d’aqueduc ou d’égout, ni de collecte des ordures à domicile. Des problèmes de conception et de drainage ont aussi été signalés sur la montée des Domaines, qui donne accès au Domaine de nos étés. Des préoccupations ont aussi été soulevées quant à son entretien, sa durabilité à long terme, et l’accès difficile pour les services d’urgences, comme constaté lors de l’incendie de juin 2021. Les résidents disent n’avoir obtenu aucune confirmation d’une étude d’ensemble évaluant la capacité du secteur à soutenir ce développement, notamment quant à l’eau, à l’érosion et à la stabilité des sols.

Véritable horreur

Dans les pages du quotidien Le Soleil, le photographe aérien et historien renommé Pierre Lahoud a dit être venu dans notre région pour constater les dégâts, et photographier le Cap au Diable du haut des airs. Il a qualifié le dynamitage de véritable horreur. « C’est épouvantablement triste ! On dénature ici cette signature unique de notre paysage. […] On a raison de protéger ces cabourons, puisque je vous dirais qu’ils sont parmi les lieux emblématiques du Québec, au même titre que le rocher Percé », écrit-il.

M. Lahoud sera l’un des invités à l’événement Dialogue paysage-territoire qui aura lieu à la fin octobre à Saint-Germain-de-Kamouraska, et qui est organisé par la Société des cabourons. Les détails et la programmation seront précisés bientôt.

Plusieurs plaintes

Rappelons qu’en juillet et en août, plusieurs plaintes ont été déposées au MELCCFP suite à des travaux de dynamitage qui ont laissé une longue cicatrice du haut en bas du Cap au Diable. Bien que la MRC de Kamouraska ait ensuite fait un point de presse pour dénoncer la situation, elle ne mène aucune enquête sur cette affaire.

« La MRC ne fait pas d’enquête. Elle n’est pas l’autorité compétente pour le faire. Au niveau local, le citoyen a enfreint les règlements de la municipalité de Saint-Denis. Les instances compétentes [NDLR Le MELCCFP et la Municipalité de Saint-Denis-De La Bouteillerie] font le suivi approprié concernant les travaux », commente la préfète Nancy Dubé.